Titulature mariale : le Vatican fait le ménage
Bernadette Sauvaget.

La note doctrinale du Vatican intitulée Mater populi fidelis (mère du peuple fidèle), publiée le 4 novembre, a fait l’effet d’une douche froide chez les plus fervents mariolâtres. Signée par Victor Manuel Fernández, le préfet du dicastère pour la Doctrine de la foi, elle clôt le débat – du moins, elle tente de le faire – sur la figure de Marie et les titres que l’on peut lui attribuer. Approuvée par le pape le 7 octobre, la note réprouve clairement le fait que l’on puisse définir la Vierge Marie comme « co-rédemptrice », coupant court aux revendications de milieux catholiques ultraconservateurs.
Depuis plusieurs décennies, ces derniers tentent de faire proclamer un nouveau dogme marial reconnaissant à la Vierge Marie ce titre de « co-rédemptrice ». Ce que réfute, de manière argumentée, le document du cardinal Fernández. La Vierge Marie peut, selon la note doctrinale, être appelée « mère des croyants », « mère spirituelle », « mère du peuple fidèle », voire « médiatrice », mais dans une acception très restreinte « glorifiant la puissance du Christ ». Les lefebvristes de la Fraternité Saint-Pie-X figurent parmi les plus favorables à la proclamation d’un nouveau dogme marial.
Ce débat épineux avait été évoqué lors du concile Vatican II. Au cours de son long pontificat, Jean Paul II avait, lui, laissé planer l’ambiguïté. Selon la note doctrinale, le pape polonais a lui-même employé au moins sept fois le titre de « co-rédemptrice » concernant la Vierge Marie, mais, d’après le cardinal Fernández, sans en spécifier réellement les contours. Pour couper court à la contestation qui pourrait surgir, la note doctrinale affirme, de manière un peu alambiquée, que Jean Paul II l’utilisait « en le rapportant en particulier à la valeur salvifique de nos souffrances offertes avec celles du Christ, à qui Marie est unie avant tout sur la Croix ».
Gardien du dogme sous le pontificat de Wojtyła, le théologien allemand Joseph Ratzinger, marqué par une théologie christocentrique, était très réservé sur le fait de proclamer un nouveau dogme marial. En 1996, le dossier avait été ouvert à la congrégation pour la Doctrine de la foi, les discussions portant sur l’opportunité de l’attribution ou non de nouveaux titres mariaux. Ratzinger avait conclu par la négative. Ferme sur cette position, le futur Benoît XVI avait pris publiquement position en 2002 contre l’utilisation du titre de « co-rédemptrice » attribué à la Vierge Marie. « La formule co-rédemptrice est trop éloignée du langage des Écritures et de la patristique et provoque ainsi des malentendus », expliquait alors le théologien.
Très favorable à la piété populaire, revalorisée pendant son pontificat, le pape François était cependant opposé à une mariologie excessive. Selon la note doctrinale du cardinal Fernández, l’un des proches du jésuite argentin, Bergoglio s’est exprimé au moins à trois reprises contre l’attribution du titre de co-rédemptrice à la Vierge Marie.
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