Tout ravin sera comblé
Christine Fontaine.

Le comble
L’an quinze du règne de l’empereur Tibère alors que les princes maîtrisent le monde et que les grands-prêtres vont à leurs offices, un homme dont le nom est Jean reçoit la parole de Dieu et la livre.
Un homme seul annonce le bouleversement du monde : tout ravin, dit-il, sera comblé, toute montagne et toute colline abaissées, les passages tortueux deviendront droits, les routes déformées seront aplanies…
Jean promet une révolution telle qu’aucun prince de ce monde n’est capable de la réaliser. En effet, quelle que soit la maîtrise que l’on exerce sur notre terre, il faut tenir compte des lieux. Nul prince ne peut, pour aplanir le terrain sous ses pas, supprimer montagnes et ravins. Tout maître qu’il est, sa maîtrise vient buter sur la réalité du monde qui l’entoure. S’il l’oublie, l’empire qu’il veut construire sera miné de l’intérieur, raviné à la base.
L’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Jean livre une parole de la part de Dieu. Il annonce la maîtrise de Dieu. Devant cette Seigneurie, les princes et les grands-prêtres devront s’incliner.
Le désert
Plusieurs siècles après le règne de l’empereur Tibère, nous recevons la parole de Jean et nous constatons que cette parole ne s’est pas réalisée !
Les princes ne s’appellent plus Hérode, Philippe ou Lysanias, mais, si leurs noms ont changé, leur pouvoir a tenu bon. Ils ont eu raison de la révolution annoncée par Jean-Baptiste. Le pouvoir du monde est plus fort que la Seigneurie de Dieu. Ravins, montagnes, collines et passages tortueux ont la vie dure. Il vaut mieux en tenir compte et sortir du rêve pour négocier prudemment ascensions et passages, sinon nous buterons sur plus forts que nous et nous serons brisés.
En ce monde, la parole de Dieu ne comble pas ceux qui la reçoivent. Au lieu d’aplanir le terrain, elle vient plutôt mettre le chaos à l’intérieur. Nous nous sentons coupables d’emprunter des passages tortueux et nos torts nous minent. Nous tombons dans les ravins de l’angoisse et de la peur en constatant que le salut de Dieu est hors d’atteinte. « Il y a, disait Thérèse de Lisieux, autant de différence entre ma vie et celle que Dieu propose qu’entre un grain de sable perdu dans la plaine et une montagne dont le sommet se perd dans les cieux. » Nous sommes écrasés par la culpabilité, par le sentiment de notre impuissance à vivre selon l’Évangile.
La parole de Dieu ne nous a pas rendus maîtres de la marche du monde, et elle nous a fait perdre la maîtrise de nous-mêmes. Elle laisse démunis, sans réponse, sans assurance. Au lieu de nous combler, elle nous met en plein désert.
Le chemin
L’an quinze du règne de l’empereur Tibère…, la parole de Dieu fut adressée à Jean, fils de Zacharie, dans le désert… Aujourd’hui comme hier dans le désert, au milieu du chaos, une voix crie : « Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. »
C’est à nous, qui sommes accaparés par les soucis quotidiens, plongés dans les discours des princes de notre temps, que la parole de Dieu est donnée. Sa parole annonce la délivrance pour ceux qui ne savent plus où ils vont et trébuchent sur une route déformée. La parole de Dieu s’adresse à ceux qui ont l’impression qu’ils ne sortiront jamais de telle situation tant le passage est tortueux. Lorsque notre horizon est bouché par une montagne qui obscurcit le jour, lorsque nous passons du creux de la déprime, à la joie éphémère, lorsque les ravins autant que les collines jalonnent nos journées, la parole de Dieu nous est donnée.
Dieu nous propose de l’écouter. Recevoir la parole de Dieu ne consiste pas à se mettre à l’ouvrage pour niveler à coup d’efforts le sol où nous avons les pieds. Dieu ne nous demande pas l’impossible. Il sait que nous n’en avons ni la force ni les moyens. Il nous demande simplement de nous convertir, de nous tourner vers lui, et de lui faire confiance pour nous sauver. Il peut tout pour nous. Il nous livre sa Parole. Par sa Parole, il vient nous délivrer.
La conversion
Plusieurs siècles après le règne de l’empereur Tibère, la parole de Dieu livrée par Jean proclame un baptême de conversion pour le pardon des péchés. Elle nous annonce le pardon des péchés et nous libère de la loi du monde, du pouvoir des princes.
La parole de Dieu nous révèle que Dieu sait bien que nous sommes pécheurs, sinon il n’aurait rien à pardonner ! Mais il nous propose de nous appuyer sur notre incapacité pour nous convertir, pour nous tourner vers Lui, pour nous en remettre à Lui. Il nous sort du malheur d’être coupables. Notre faute est heureuse : « Bienheureuse faute qui nous vaut un tel Rédempteur ! »
Il est heureux que nous ne puissions pas par nous-mêmes aplanir montagnes et ravins, car nous préparons alors la route au Seigneur. Nous acceptons de le suivre, de nous laisser mener par Lui. Il nous entraîne dans la liberté des enfants de Dieu. Il comble pour nous les ravins de l’angoisse et de la peur. Il abaisse les montagnes de culpabilité qui nous écrasent. Sa parole est à l’œuvre en chacun. Elle fait ce qu’elle dit : quel que soit le poids que nous portons, le vide dans lequel nous vivons, elle aplanit, apaise et fait toute chose nouvelle.
Le monde est toujours le monde et les princes demeurent en place ; mais, plus forte qu’eux, monte alors du cœur de l’homme une parole de paix, de réconciliation et d’Amour. Dieu est le Seigneur, et devant sa Seigneurie, les princes n’auront nulle emprise. Devant eux, Dieu nous rend libres. Ils pourront nous tuer, Dieu nous ressuscite !



