VIVRE EN PRÉSENCE DU MYSTÈRE
José Antonio Pagola.
Luc 9, 28-36

L’homme moderne commence à faire l’expérience de l’insatisfaction que produisent dans son cœur le vide intérieur, la banalité de la vie quotidienne, la superficialité de notre société, le manque de communication avec le Mystère.
Nombreux sont ceux qui, parfois de manière vague et confuse, parfois de manière claire et palpable, ressentent une déception et un désenchantement indicibles face à une société qui dépersonnalise les personnes, les vide intérieurement et les rend incapables de s’ouvrir au Transcendant.
La trajectoire suivie par l’humanité est facile à décrire : elle a appris à utiliser de plus en plus efficacement l’instrument de sa raison ; elle a accumulé de plus en plus de données ; elle a systématisé ses connaissances dans des sciences de plus en plus complexes ; elle a transformé les sciences en techniques de plus en plus puissantes pour dominer le monde et la vie.
Ce voyage passionnant à travers les siècles comporte un risque. Nous avons inconsciemment fini par croire que la raison nous conduirait à une libération totale. Nous n’acceptons pas le Mystère. Et pourtant, le Mystère est présent au plus profond de notre existence.
L’être humain veut tout connaître et tout maîtriser. Mais il ne peut connaître et maîtriser ni son origine ni son destin ultime. Et le plus rationnel serait de reconnaître que nous sommes plongés dans quelque chose qui nous dépasse : nous devons nous mouvoir humblement dans un horizon de Mystère.
Le message de Jésus est une invitation scandaleuse pour les oreilles modernes : tout ne se réduit pas à la raison. L’être humain doit apprendre à vivre devant le Mystère. Et le Mystère a un nom : Dieu, notre « Père », qui nous accueille et nous appelle à vivre en frères et sœurs.
Notre plus grand problème est peut-être que nous sommes devenus incapables de prier et de dialoguer avec un Père. Nous sommes orphelins et nous n’arrivons pas à nous comprendre comme des frères. Aujourd’hui encore, au milieu des nuages et des ténèbres, on entend une voix qui nous appelle : « Celui-ci est mon fils… Écoutez-le ! »



