L’irrésistible ascension de Jean-Marc Aveline
Bernadette Sauvaget (Témoignage Chrétien)

Le cardinal archevêque de Marseille est en train de devenir l’une des grandes personnalités du catholicisme européen. Il prend la présidence de la Conférence des évêques de France à un moment charnière.
Pour Jean-Marc Aveline, le cardinal archevêque de Marseille, qui renforce pas à pas sa stature de « papabilable », la vie ne devrait pas être un long fleuve tranquille dans les années à venir. Âgé de 66 ans, le Marseillais – à la rondeur et à la faconde qui rassurent –, empile ces derniers temps les responsabilités, tant à Paris qu’à Rome. Ce qui en fait aujourd’hui la personnalité la plus puissante de l’épiscopat français. Et, paradoxalement, la moins controversée – jusqu’à présent.
À partir du 1er juillet, l’archevêque de Marseille prend la tête la Conférence des évêques de France (CEF) après avoir été élu triomphalement par les quelque 120 responsables de diocèses en activité, réunis début avril à Lourdes pour leur assemblée de printemps. Une élection au premier tour, presque par acclamation et passant allègrement la barre des deux tiers des suffrages. Ce qui a tranché avec la difficile réélection, trois ans plus tôt, de l’archevêque de Reims, Éric de Moulins-Beaufort, critiqué à la fois pour un mode de gouvernance solitaire et la priorité donnée au traitement des violences sexuelles dans l’Église catholique.
La popularité de Jean-Marc Aveline est désormais au plus haut. Lors de la démission fracassante de Michel Aupetit, en décembre 2021, beaucoup de curés parisiens souhaitaient qu’il lui succède, preuve que l’audience du Marseillais passait déjà les frontières de son diocèse. Nul ne sait avec certitude s’il a refusé ou non la charge à l’époque. Quoi qu’il en soit, depuis, l’aura de Jean-Marc Aveline n’a fait que se renforcer au fur et à mesure de son ascension dans l’Église catholique. Ce fils de pied-noir qui a grandi dans un milieu modeste est devenu cardinal à l’été 2022 et a triomphalement accueilli le pape François, l’année suivante, dans sa ville bien-aimée. Foncièrement légitimiste, l’épiscopat français, en l’élisant à sa tête à Lourdes, a suivi le mouvement. Intellectuel estimé, spécialiste du dialogue interreligieux, Aveline, situé plutôt à la gauche du catholicisme hexagonal, s’est peu à peu recentré, donnant notamment des gages aux franges traditionalistes.
Son élection à la CEF renforce indéniablement sa stature internationale. Aveline s’affirme de plus en plus comme un candidat sérieux à la succession de François, dont il partage la vision sur la Méditerranée et la préoccupation pour les migrants et les plus pauvres. Lors des deux sessions du synode sur la synodalité à Rome, l’archevêque de Marseille est une des personnalités qui a émergé, « très facilement élu », remarque un évêque français qui a lui aussi participé aux travaux. Le Marseillais a notamment participé à la rédaction du rapport final. Ce qui lui a donné une visibilité importante. Depuis, Aveline a rejoint le secrétariat ordinaire du synode, un endroit stratégique où se posent les questions sur l’avenir de l’Église. De Marseille, il se rend fréquemment à Rome, puisqu’il siège aussi, tous les quinze jours, au Dicastère pour les évêques, autre endroit stratégique.
D’où vient une telle unanimité ? Humour, bonhomie à la Jean XXIII, une certaine façon de parler qui casse les codes, un habile – et assez bluffant – évitement des sujets qui fâchent, plusieurs ingrédients qui inspirent de la sympathie. Ce sont là sans doute les secrets de cette ascension foudroyante. Comment l’archevêque de Marseille va-t-il assumer la tâche ? En déléguant à ses vice-présidents, soigneusement choisis, à proximité de Paris : l’archevêque de Tours, Vincent Jordy, déjà en poste avec Moulins-Beaufort et qui incarne la continuité, et l’évêque de Pontoise, Benoît Bertrand, qu’Aveline a côtoyé, à Rome, au synode sur la synodalité.
Par contre, le cardinal président devra d’abord affronter une certaine défiance de la part des lanceurs d’alerte et des associations et collectifs de victimes de violences sexuelles, qui s’inquiètent pour la pérennité de l’héritage de Moulins-Beaufort. Chez les évêques, il n’y a pas unanimité, loin de là, sur les engagements à tenir. L’autre dossier délicat est la situation politique française. Depuis 2017, l’épiscopat français rechigne à se prononcer contre l’extrême droite, qui, pour partie, se retrouve dans une forme de national-catholicisme, incarné fortement par le vice-président américain, J. D. Vance. Ses recherches théologiques placent Aveline loin de ses positions. Va-t-il en porter le message ?
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