Mort avec Jésus
Jean Doussal.
Année C 17e Semaine du Temps Ordinaire
Les fautes des habitants de Sodome et Gomorrhe sont lourdes (Première Lecture), mais Abraham est en droit de penser que des justes sont aussi dans ces populations. La colère divine ne saurait s’abattre sur eux. Il prie le Seigneur de les épargner s’ils sont 50, puis, si ce chiffre n’est pas atteint 45, 30, et en dernière supplication 10. À chaque fois il est exaucé, mais sa prière délaisse la première dizaine… Pourtant la bienveillance salvatrice va demeurer : les anges du Seigneur poursuivent la recherche de justes à sauver. Ils vont tester l’hospitalité de Lot. Lui sa femme et ses deux filles demeureront vivants. Gn 19, 1-29.
L’histoire de Jésus de Nazareth est celle de l’homme, monté à Jérusalem pour dénoncer, avec l’appui de ses disciples et de la foule, les pratiques des prêtres et des marchands du Temple. Son action d’éclat est dans la critique institutionnelle. Son projet l’a conduit à un sort que ses disciples tiennent pour injuste et ignominieux. Mais l’objectif n’a pas disparu, il revient par les « encore vivants », le proclamant Messie-Christ. « Frères, dans le baptême, vous avez été mis au tombeau avec le Christ » (Deuxième lecture). « Vous étiez des morts […]. Mais Dieu vous a donné la vie avec le Christ : il nous a pardonné toutes nos fautes. Il a effacé le billet de la dette qui nous accablait en raison des prescriptions légales pesant sur nous ».
Les disciples de premières générations avaient adopté les mêmes critères de « justice » que ceux de leur Maître-mort. Est-ce le cas des Colossiens, soixante après ? Objectivement ils en sont revenus à valoriser des prescriptions : « Ne prends pas ceci, ne goûte pas cela, ne touche pas cela […] Ce ne sont là que des préceptes et des enseignements humains, qui ont des airs de sagesse, de religion personnelle, d’humilité et de rigueur pour le corps, mais ne sont d’aucune valeur pour maîtriser la chair ». Col 2,21 -23
Ce dernier mot que le « Larousse » définit : « Dans la langue de la religion ou de la morale, enveloppe corporelle, charnelle, par opposition à l’esprit, à l’âme, au divin », l’épitre le résume autrement « Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre » (Col 3,2) « débarrassez-vous de tout cela : colère, emportement, méchanceté, insultes, propos grossiers sortis de votre bouche » : la religion n’est pas d’abord, dans les rituels. L’Évangile du jour nous initie à la prière confiante de Jésus, son « Notre Père ». Il en précise l’efficacité par le comportement concret de l’ami qu’on importune « je vous le dis : même s’il ne se lève pas pour donner par amitié, il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami, et il lui donnera tout ce qu’il lui faut ». Mort avec Jésus de Nazareth est plus humain que mort avec le Christ, dépouillé de son enveloppe charnelle. C’est entré dans la vie concrète d’un homme confronté à toutes les situations de la vie : l’ami qui nous importune, le père qui fait tout pour son enfant. « Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! ».
Mourir avec Jésus dans sa tentative de réformer l’institution religieuse… mourir dans nos critiques de l’Église dont on dénonce les failles. L’interrogation nous atteint : persister dans ces combats ? Si nous mourons, d’autres les reprendront… Après la mort de Jésus, sur la route d’Emmaüs deux hommes cheminent désabusés, ils sont rejoints par un inconnu qu’ils reconnaitront dans le partage eucharistique. Ils reviennent sur leurs pas, pour s’associer à toutes celles et tous ceux qui s’approprient les « Paroles-Archives » de « celui qui était mort ».
Golias-Hebdo 875, p. 19




