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Afghanistan : « Chérissez votre liberté », le témoignage bouleversant d’Aïsha
Home Faire société autrement Afghanistan : « Chérissez votre liberté », le témoignage bouleversant d’Aïsha
Faire société autrementTémoignages
By Lucienne Gouguenheim18 août 20250 Comments

Afghanistan : « Chérissez votre liberté », le témoignage bouleversant d’Aïsha

Rédaction Réforme

Aïsha a quitté l’Afghanistan en 2021, quand les talibans ont repris le pouvoir. Réfugiée en France, elle livre à Réforme un récit poignant : celui de sa vie de fille puis de jeune femme dans une société qui les méprise. Aujourd’hui installée en France, elle découvre avec joie la liberté.


France, Paris, 2024–09-14. Happening en soutien aux femmes afghanes. Des militantes sont rassemblées sur les marches de l’Opéra Bastille a Paris pour exprimer leur solidarité avec les Afghanes et dénoncer l’’« apartheid de genre » impose par les Talibans. Des pancartes sur lesquelles il est écrit « Faire du sport », « parler », « exister », « chanter », « sourire », « travailler » et « danser » en référence aux restrictions imposées aux femmes en Afghanistan, sont posées sur les marches de l’’Opéra Bastille. Photographie par Sandrine Laure Dippa / Hans Lucas.

« Oui, je suis Aïsha*. La fille qu’un jour, on a abandonnée sous les abricotiers et les pêchers… Mais aujourd’hui, je suis là pour raconter ma vie. » Sa mère, une femme du Hazarajat d’Afghanistan, a été une femme victime dès l’enfance. Mais elle n’a « jamais enterré son âme » écrit sa fille qui a hérité de sa force. Si elle a trouvé la force d’écrire ces mots, c’est pour qu’« aucune fille, aucune femme ne vivent les mêmes souffrances ». « Chaque ligne de cette histoire est sortie du fond de mon cœur, mêlée à mon sang et à mes larmes », précise la jeune femme. « J’écris, parce que le silence a assez duré. J’écris, parce que je veux faire entendre la voix d’une fille afghane, d’une femme sans voix, au monde entier », poursuit celle qui a fui son pays en 2021, après le retour au pouvoir des talibans. Voici le texte d’Aïsha.

J’avais dix ans… J’étais en quatrième année, et je souriais à la vie avec l’enthousiasme innocent de l’enfance. À l’école, j’étais parmi les meilleures élèves ; toujours pleine d’énergie, sociable et remplie d’espoir. Mais c’est précisément à cet âge que ma vie a changé de couleur. Les véritables douleurs et épreuves ont commencé à ce moment-là. À cette époque, j’ai compris clairement qu’être une fille en Afghanistan, ce n’est pas seulement un genre, c’est un fardeau lourd de discrimination, de peur, de limites et de souffrance.

Une fille éclairée

Depuis l’enfance, j’étais une fille éclairée. Je croyais en la capacité des femmes. Je ne me suis jamais sentie faible, et je ne voulais pas me soumettre à ce que la société leur impose. Mais peu à peu, mon père a changé… Ses yeux n’acceptaient plus mon regard d’enfant joyeux. Avec une voix grave et sérieuse, il disait : « Tu as grandi maintenant, tu dois être plus posée, tu dois moins rire. Une fille ne fait pas trop de plaisanteries. »

À ce moment-là, j’ai senti qu’on m’arrachait à mon enfance. Pas par choix, mais sous la pression des regards, des traditions, et de mon père. À l’intérieur, j’étais toujours cette fille joyeuse et douce, mais la société avait commencé à façonner ma personnalité avec ses griffes.

Silence obligatoire

Les années passèrent, sans trop de tensions apparentes. Mais la raison était simple : je ne comprenais pas encore. Je ne comprenais pas pleinement la signification des limites, de la discrimination, et du silence obligatoire. Mais quand j’ai eu treize ans, mes yeux se sont ouverts sur le monde. Je n’étais plus cette petite fille silencieuse et naïve. J’étais une jeune fille qui comprenait, réfléchissait, prenait des décisions. Et surtout : je ne croyais pas que la femme est faible. Pour moi, la femme est capable.

C’est à cette époque que j’ai décidé d’être quelqu’un pour moi-même. J’ai acheté un vélo en secret, avec l’aide de ma tante. Je me suis inscrite à un cours d’anglais. J’ai porté les vêtements que j’aimais, je me suis fait une frange et j’ai ri de tout mon cœur, comme si je n’étais pas en Afghanistan, comme si être fille ne devait pas être un crime.

Les coups, le lot des femmes

Mais cette liberté avait un prix lourd. Quand mon père a découvert que j’avais acheté un vélo, sa colère a explosé. Il m’a frappée. Pas seulement cette fois-là… Depuis que j’ai ouvert les yeux, je me souviens que je suis Aïsha, et que j’ai grandi dans la violence. Ils m’ont frappée : mon père, ma mère, mon oncle, ma grand-mère. La violence, pour moi, c’était comme les repas quotidiens. Mais j’étais différente de beaucoup d’autres filles : je n’étais pas soumise. Je disais ce que je pensais, je me battais pour mes droits, je ne baissais pas la tête.

J’ai grandi avec ma tante Nourjan. Elle avait quatre ans de plus que moi. Nous allions à l’école ensemble, mais Nourjan n’était pas comme moi. Elle était calme, obéissante, satisfaite et silencieuse. Ce que mes parents voulaient si bien qu’elle était toujours admirée. Mais moi ? J’étais pour eux une fille impertinente, insouciante et source d’ennuis.

Envie de vivre

Je lisais des livres. Un roman ou un livre sur les femmes, la liberté, la science, le progrès chaque semaine. Je n’avais pas d’argent pour acheter des livres, alors je donnais vingt afghanis pour emprunter des livres à la bibliothèque. Même en chemin vers l’école, au milieu du bruit des rues, je lisais.

J’étais consciente. Je ne voulais être ni une esclave ni une servante. Je me voyais comme une fille, une femme en devenir, intelligente et déterminée. Pour eux, cela c’était insupportable. J’étais comme cela parce que je n’étais pas satisfaite. Parce que je ne voulais pas céder au patriarcat. Parce que je savais comment je voulais vivre, pas seulement survivre.

Se taire face à l’injustice

Aujourd’hui, quand je m’assois et pleure, mes larmes ne sont pas pour ces douleurs, elles sont pour la solitude que j’ai subie. Parce que personne ne m’a comprise. Ni ma famille, ni mes amis, ni même les professeurs de l’école. Des professeurs qui devraient être le refuge des élèves, m’ont parfois battue devant toute ma classe. Tout le monde pensait que j’étais « mauvaise ». Mais je n’étais pas mauvaise… j’étais consciente.

En Afghanistan, quand une fille devient consciente, on dirait que personne ne veut la voir vraiment. Si une femme sait, veut, pose des questions, se bat, elle devient « rebelle », « impolie », « sans honte ». Parce que notre culture ne veut de la femme que le silence. La femme doit être soumise, une esclave sans chaînes. Elle doit se taire face à l’injustice. Elle doit s’oublier, avaler ses rêves, étouffer sa voix.

Insultes et menaces

Mais je n’étais pas comme ça. Mon père et moi étions toujours comme des ennemis. Il me détestait et je le détestais. Nous ne nous sommes jamais compris, parce que je n’étais pas comme lui. Je ne me suis jamais tue, je n’ai jamais obéi. Et peut-être que c’est ça qui le blessait.

Mais ma douleur n’était pas seulement personnelle. Depuis mon enfance jusqu’à aujourd’hui, j’ai vu mon père frapper ma mère avec ses poings et ses pieds, la rabaisser avec des insultes et des menaces. Il lui disait souvent : « Tu es orpheline, tu n’as personne. Si je te tue, personne ne viendra te chercher ! » Et moi, chaque fois, je le détestais de tout mon cœur. Ma haine était une vieille blessure, qui se renouvelait chaque jour.

Dépression

Petit à petit, je n’avais plus la force de me battre. Le feu qui brûlait en moi s’est transformé en cendres de dépression. La table à manger est devenue une table de larmes, et la maison n’était plus un lieu de vie. Je détestais l’Afghanistan, cette maison pleine de haine, pleine de jugements, pleine de silences étouffants.

Mais au milieu de cette terre, les livres étaient encore mon refuge. Je lisais, j’étudiais, je comprenais davantage. Et cette « compréhension » m’a causé des ennuis. Plus je comprenais, plus je détestais ce qu’ils appelaient « culture ». La violence, l’injustice, les mariages forcés, les traditions honteuses comme la dot, les lois non écrites qui transformaient la vie des femmes en enfer. J’en étais écœurée.

Mariage forcé

Je ne pouvais plus me taire. Ma langue était devenue une épée contre des traditions qui opprimaient seulement les femmes. À l’adolescence, j’ai commencé à protester, à éclairer les autres. Je parlais avec les femmes du voisinage, je les encourageais à protester, à tenir bon, à ne pas avoir peur. Je leur disais : « Vous êtes fortes, vous devez réclamer vos droits, vous devez parler ! » Mais c’était comme si leurs esprits étaient enchaînés secrètement. Comme si on leur avait empoisonné le cerveau dès l’enfance. Leur réponse était toujours la même phrase : « La femme est déficiente d’esprit. Elle ne comprend pas. La femme doit obéir. » Et moi, fille audacieuse, j’étais appelée rebelle et sans pudeur.

Mais je savais que ma rébellion n’était pas un péché, que ma conscience n’était pas un crime. J’étais juste une femme ; une femme éveillée. Le plus douloureux de tout, c’est que je détestais mon père. Je cherchais toujours un moyen de fuir cette maison, cet enfer. Quand j’ai eu quinze ans, mon père a décidé de me marier. Tout le monde s’est agité, disant que je devais me marier. Cela a duré plusieurs mois et sous la pression de la famille, j’ai été forcée d’épouser un homme de trente ans. Je vais l’appeler Ahmad.

Le pire était à venir

Avant le mariage, mon père m’a donné un coup de pied dans le ventre, il m’a enfermée dans la salle de bain, et m’y a gardée trois jours. J’y ai mangé, j’y ai dormi, et même fait mes besoins. C’est pour cela que j’ai dû accepter ce mariage. Je n’avais pas d’autre choix. Il n’y avait ni issue pour fuir ni espoir pour rester. La seule condition que j’ai posée, c’était de pouvoir continuer mes études, travailler, et prendre mes propres décisions. Ahmad a accepté avec enthousiasme, et moi, naïvement, j’ai cru qu’il disait la vérité. Je me suis dit : peut-être que je serai enfin libérée de mon père, peut-être que la vie deviendra meilleure… Mais non. La vie est devenue pire. C’était comme entrer dans l’enfer véritable.

Le soir du mariage, tout le monde était heureux. Ma famille disait : « Ce mariage va la calmer. Qu’elle fasse un enfant, elle s’occupera de sa vie, et on sera enfin débarrassés d’elle. » Tout le monde dansait, riait. Moi, j’étais en robe blanche, mais dans ma tête, j’étais en linceul blanc. J’ai beaucoup pleuré.

Inhumanité

La nuit de noces, pour Ahmad, était une nuit de fête, mais pour moi, c’était une nuit de mort. Un homme petit, avec un ventre proéminent, des yeux étroits, un visage qui semblait innocent, mais une âme diabolique. Un homme profondément religieux, avec des idées dépassées. À quinze ans, j’ai été obligée de coucher avec un homme que je ne connaissais même pas. Cette nuit-là, je suis morte… Je n’étais plus la fille joyeuse et joueuse. Je me suis abandonnée au destin.

J’étais menstruée à ce moment-là, et personne ne le savait. Je me tordais de douleur. Je n’avais ni médicament, ni même de l’eau chaude. Quand Ahmad s’en est rendu compte, il a crié, hurlé, et m’a jetée hors de la chambre. Mon orgueil a été brisé. Un homme qui, pour obtenir une relation sexuelle, a mis de côté l’humanité, la morale et le respect. C’est là que j’ai compris qu’il était même pire que mon père.

Comme une morte vivante

Quelques jours plus tard, la véritable nuit de noces est arrivée. Ahmad était fou de joie, il débordait de bonheur. Mais moi, j’étais étendue comme un cadavre sans âme dans le lit. Je tremblais de peur. J’ai fermé les yeux. Il a couché avec moi sans mon consentement. Pour moi, c’était un viol. Mais pour lui, j’étais sa « propriété ».

J’ai perdu ma virginité. Il a remis le drap ensanglanté aux femmes pour qu’elles soient sûres que j’étais vierge. Tout le monde dansait, riait. Mais moi, j’étais comme une morte vivante parmi des gens dont l’apparence était humaine, mais l’intérieur rempli d’injustice et de noirceur.

Une lumière dans l’obscurité

À compter de cette nuit-là, je me suis tue. Pendant des mois, je ne suis pas sortie de ma chambre. Je ne mangeais pas. Je souhaitais mourir. À la maison, j’ai continué mes études avec difficulté. Mes notes ont beaucoup baissé. Sur 41 élèves, j’étais classée 14e. Pour moi, c’était une catastrophe.

Au sommet du désespoir, j’ai trouvé un livre intitulé La lumière grise de Zahra Yeganeh, publié en 2016. Il parlait du mariage forcé et des problèmes des femmes afghanes. Je l’ai lu cinq fois. Ce livre est devenu une lumière dans l’obscurité de mon esprit. Je me suis dit : « Non ! Moi aussi, je peux surmonter les épreuves. »

La pilule en secret

À seize ans, j’étais devenue beaucoup plus lucide. Je n’ai pas laissé Ahmad me mettre enceinte. Je prenais la pilule en secret. Je savais que si un enfant venait, ce serait la fin pour moi — et pour lui aussi. Mon mari est parti en Allemagne, et une brèche d’espoir s’est ouverte pour moi. Je ne pouvais pas m’entendre avec sa famille, car je n’étais ni soumise ni silencieuse. Alors ils m’ont renvoyée chez mon père.

Après le départ de mon mari, j’ai commencé à progresser. Mon père me battait encore, mais cela ne m’atteignait plus. Il disait : « Elle est mariée maintenant, elle appartient à son mari. » Je suis entrée dans une équipe de cyclisme, j’ai trouvé un travail, je suis devenue indépendante. J’ai terminé le lycée et j’ai été acceptée en faculté de journalisme.

Le vélo, objet de perversion

À l’école et au travail, je dois dire que j’ai traversé l’enfer. Car tout le monde me voyait comme une fille « immorale ». Les gens pensaient que je faisais du vélo seulement pour « satisfaire mes désirs ». Voilà la mentalité malade de la société afghane envers les femmes et les filles.

Mais je n’ai pas cédé. À Kaboul, sur le chemin du travail, j’ai été harcelée à plusieurs reprises. Mais je n’ai pas gardé le silence. Plusieurs fois, je me suis défendue avec des pierres. Que ce soit dans le cyclisme ou au travail, j’ai toujours été jugée. Ma propre famille et celle de mon mari m’ont rejetée. Personne ne me reconnaissait comme une personne à part entière.

Jeune journaliste

J’ai travaillé un an à la mairie de Kaboul — à temps partiel, car j’étudiais en parallèle. J’ai travaillé pendant trois ans dans une fondation caritative pour les enfants et les femmes, et pendant cinq mois pour une chaîne de télévision. Je me suis entièrement consacrée aux problèmes des femmes et aux traditions néfastes qui avaient transformé leur vie en enfer. Des sujets que peu de gens osaient aborder.

Dans les médias, j’ai parlé de la souffrance des femmes, des mariages forcés, des viols, du silence mortel des familles et de la société… Cela a entraîné une avalanche d’insultes sur les réseaux sociaux. On m’a menacée. On m’a dit que je salissais l’honneur, que je brisais les tabous. Là encore j’ai tenu bon parce que je savais ce qu’était la douleur, parce que je savais ce qu’était l’injustice.

Le retour des talibans

Après l’arrivée des talibans, tout s’est effondré. Mes espoirs ont été enterrés un à un sous la terreur. Les portes se sont refermées, le travail a cessé, l’avenir est devenu incertain. Il n’y avait plus de place pour une femme comme moi dans ce pays. La peur d’être arrêtée, la peur d’être de nouveau violée, la peur de voir ma vie reculer encore une fois… je ressentais tout cela. Cette fois, je n’ai pas attendu que le destin décide pour moi. J’ai agi.

J’ai rassemblé mes documents, déposé une demande, fait entendre ma voix là où il fallait. Finalement, quelqu’un m’a écoutée. Quelqu’un a cru que j’étais vraiment en danger. La France, ce pays qui avait toujours semblé un rêve lointain, m’a acceptée. Enfin, depuis l’aéroport, avec le cœur plein de blessures, mais l’âme encore vivante, je suis montée dans l’avion. Quand il a décollé, mes larmes ont coulé — pas de peur, pas de douleur, mais d’un sentiment de libération. Pour la première fois, j’ai senti que peut-être, je m’éloignais vraiment de l’enfer. Dans le ciel, entre la terre et les nuages, je me suis sentie renaître. La France m’a donné refuge — mais pas le repos. Il faut encore se battre, mais cette fois pour une vie meilleure, pas seulement pour survivre.

L’arrivée d’Ahmad en France

En 2020, l’Allemagne a rejeté la demande d’asile de mon mari. Par malchance, il était arrivé en France avant moi. Comme si mon passé refusait de me lâcher. Ma famille a recommencé à faire pression. Ils disaient que je devais vivre avec lui. Personne ne m’a demandé : « Est-ce que tu veux ? » Ils ont juste dit : « Tu dois. » J’ai vécu avec lui pendant huit mois. Huit mois de cauchemar dans un pays que je croyais être la maison des libertés, mais une maison où l’on est enfermée, qu’elle soit à Paris ou à Kaboul, reste une prison. Il m’a pris ma carte bancaire, m’a empêchée d’étudier, m’a interdit de travailler. Il disait : « Une femme ne doit pas sortir, une femme doit rester à la maison. » Il m’obligeait même à porter le hijab, comme en Afghanistan. Mais moi, je n’avais pas fait tout ça pour changer de cage. J’étais venue pour être libre. Je voulais construire une vie.

Ahmad me reprochait sans cesse d’être venue. Il disait : « Tu aurais dû attendre. Moi, j’aurais réglé les choses et t’aurais fait venir. » Au bout de huit mois, j’ai compris que je devais disparaître. J’ai demandé de l’aide au service social, j’ai changé de ville plusieurs fois. Il m’a cherchée partout. Pendant un an, il m’a menacée de mort. Il me harcelait et appelait sans arrêt. Quand je suis allée à la police, ils ont dit : « Il ne fait que téléphoner, ce n’est pas assez pour qu’on intervienne. » J’ai fui une nouvelle fois et changé de nom.

La traque

En Afghanistan, sa famille a frappé mon père. Il a perdu sa réputation. Parce que j’avais brisé un tabou en divorçant.

Alors, j’ai fui dans une autre ville, j’ai changé de nom. J’ai coupé tout contact avec les Afghans pour que mon mari ne me retrouve pas. Parce que, dans la culture afghane, divorcer est un crime. Même en Europe, des femmes sont tuées, et les maris s’enfuient. L’Afghanistan, c’est aussi là où il vit sans se plier aux lois du pays dans lequel il est. J’ai recommencé ma vie à zéro. J’ai appris le français et je me suis installée dans une maison pour étudiants. Grâce à une bourse, j’ai tout fait pour construire mon avenir. Mais je n’avais toujours pas de paix, car Ahmad me traquait encore.

La vie en foyer

J’ai pris une décision : m’enfuir encore plus loin, dans un lieu où il ne pourrait jamais me retrouver. Un endroit où je pourrais recommencer, en sécurité. Dans cette nouvelle ville, je ne connaissais personne. Avec l’aide de Laure — une femme formidable, douce et bienveillante —, j’ai fait quelques connaissances, et peu à peu, ma vie s’est améliorée.

Mais vivre en foyer n’était pas facile. Je n’avais pas de revenu, et je partageais une chambre avec une autre fille qui me maltraitait. Elle fumait, buvait, ne dormait pas la nuit, parlait fort au téléphone. Elle me disait : « Tu es une migrante. Moi je suis Française. Va réclamer tes droits en Afghanistan ! » Elle m’a fait vivre l’enfer pendant deux mois. Elle me criait : « Dégage de la chambre ! » Mais le foyer était plein, aucune autre chambre n’était disponible. Et je n’avais pas le droit de louer ailleurs. J’ai fini par avoir une chambre à moi seule.

La France pour maison

Maintenant, je travaille. Et je suis heureuse. J’ai demandé un logement social et j’ai ma liberté. En plus de mon emploi, je cuisine bénévolement dans une association pour les sans-abri. Je le fais avec mon cœur, je veux être une bonne personne. Il y a quelques jours, j’ai fêté mes 25 ans et j’étais fière de moi. Aujourd’hui, je sais à quel point je suis chanceuse d’avoir pu fuir cet enfer qu’est l’Afghanistan pour les femmes. Quelle chance d’être libre ! Je veux vivre en France. C’est ici ma nouvelle maison. Je respecte profondément la France et son peuple — des gens vraiment humains et bons.

Je ferai tout ce que je peux pour mériter cette nouvelle vie. C’est ici ma maison. Je suis sincèrement heureuse, et reconnaissante pour la vie que j’ai maintenant. Je veux aussi partager les belles choses de la culture afghane avec les Français. Je profite de cet article pour faire passer un dernier message : chérissez votre liberté. Vous ne pouvez pas imaginer ce qu’il se passe ailleurs, comment les femmes vivent.

*Le prénom a été modifié

https://www.reforme.net/actualites/droit-des-femmes/afghanistan-cherissez-votre-liberte-le-temoignage-bouleversant-daisha/

Par Aïsha

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