Évangile et révolution au festival des Poussières
Joëlle Choisnard Chabert.
La troisième édition du festival a rassemblé six cent cinquante participants en août dernier autour du thème « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice ». Avec conférences, ateliers, concerts, théâtre, témoignages, danse. Deux membres de Saint-Merry Hors-les-Murs y étaient.

Un festival vraiment inclusif
Les participants sont pour la plupart des chrétiens engagés, désireux de vivre un temps de convivialité, de réflexion et de prière communautaire, interreligieuse ou personnelle.
Un jeune homme le résumait ainsi : « Là où je suis engagé politiquement, impossible d’évoquer la foi ; quand je me trouve en Église, impossible de parler de mon engagement politique. » Si les 20/35 ans représentent une large majorité, leurs enfants sont nombreux (des espaces, des activités leur sont proposés) et les « cheveux blancs » se comptent en plusieurs dizaines. Chacun est respecté, quels que soient son âge, son orientation sexuelle, son genre ou sa remise en cause, son origine, sa culture, sa sensibilité et sa religion ou son absence de religion.
Les « pas bien vus » de la société, les « mal vus » de l’Église, sont les bienvenus et la chaleur humaine qui règne là, fait du bien.
Une vraie rencontre entre générations
Un grand brun, les mains dans l’eau de vaisselle, salarié d’une grande entreprise décide de démissionner : « mon travail me déplaît ; je veux que mon métier ait un sens, qu’il remette du sens dans ma vie. » Un nouveau papa opte pour un habitat collectif et solidaire, conforme à ses idées morales mais il hésite : « Si nous devons changer de région ou trouver plus grand à cause de nouveaux enfants, nous récupèrerons notre mise, ni moins, ni plus. En revanche, si nous achetons une maison particulière maintenant, même en empruntant beaucoup, elle prendra de la valeur avec le temps. Quand nous devrons changer, en la vendant, nous aurons plus d’argent pour offrir plus de confort à nos enfants… En même temps, j’ai honte de penser ainsi. » Cette jeune femme, enceinte, vient d’épouser un homme d’une dizaine d’années plus âgé qu’elle, déjà papa d’un grand ado et divorcé : « Nous sommes croyants, nous cherchons un prêtre qui accepte de nous accueillir dans l’Église, d’officialiser notre union, de nous bénir. Dans notre coin de pays, aucun n’a accepté. » Et ce fermier qui baissait les bras : « Je passe à l’écologie. Je dois acquérir de nouvelles compétences pour vendre en direct aux consommateurs et transformer mes produits. Mon chiffre d’affaires reste bas, mes revenus indignes. L’Église ne nourrit pas mes espérances mais, l’espérance, je l’ai au bout du cœur et au bout de mes champs. La terre nous apprend l’humilité, la simplicité, la fragilité. »
Participer au festival des Poussières, c’est rencontrer une génération de jeunes en âge de fonder ou non une famille, d’entrer dans un monde du travail qu’ils veulent sensé, qui se battent pour une société plus égalitaire, plus fraternelle dans un monde où se retisserait l’unité du genre humain. Pour eux, bien au-delà de l’Église institutionnelle qui les attristent, à laquelle ils reprochent ses silences, ses perversions, ses lourdeurs et ses lenteurs, il s’agit de créer une société conforme aux valeurs de l’Évangile. Ce ne sont pas de doux rêveurs. Ils s’affrontent aux réalités et s’y blessent. Anxieux dans un monde âpre, ils ont besoin d’être ensemble, de trouver des lieux où vivre leur foi avec d’autres, en conformité avec leurs valeurs, tout à la fois : croyants, citoyens en lutte pour la justice, parents, travailleurs et bâtisseurs d’avenir.
Apprendre et connaître
D’un dialogue entre un sociologue renommé et une jeune doctorante, à propos des chrétiens de gauche, on revient éclairés sur leur évolution et on comprend mieux leur désir de s’affirmer. D’une rencontre avec un rabbin antisioniste, on trouve des réponses face à ceux qui confondent antisionisme et antisémitisme. D’un atelier sur la lutte chrétienne contre l’extrême droite, on revient plus instruit sur la mainmise de quelques milliardaires sur la presse ou des institutions.
Et que dire du grand nombre d’associations rencontrées ? Anastasis d’abord, d’autres déjà connues : ATD Quart Monde, le café associatif Dorothy, Lutte et contemplation, le Théâtre de l’Opprimé. Et des surprises : Les Journées Paysannes“ (journées-paysannes.org), Les Peuples Veulent (thepeoplewant.org), réunion d’organisations du monde entier pour construire un internationalisme par le bas qui se concentre sur les intérêts des peuples et non ceux des États. Par exemple Sudfa-Media produit un petit journal papier sur la guerre au Soudan (sudfamedia@gmail.com).
En résumé, au festival des Poussières, il y a une flamme, une flamme qui rappelle celle du CPHB, il y a 50 ans.



