Chemin de vie, chemin de foi.
Michel Deheunynck.

Jn 14, 1-12
Depuis Pâques, il y a presque un mois maintenant, nous étions projetés, avec Jésus, dans un avenir ressuscité. Droit devant ! Seulement, avec l’Évangile de ce dimanche, nous voilà revenus un peu en arrière, à une sorte de discours d’adieu de Jésus.
Mais la vie terrestre et la vie ressuscitée sont-elles si différentes ? Nous vivons déjà une vie de ressuscités, puisque notre foi et notre espérance qui va avec ont aboli la distance entre notre vie ici et maintenant et puis la vie dans ce monde nouveau, juste et fraternel dont on rêve, que Dieu nous promet, pourvu que nous nous mettions en route, en chemin pour le faire advenir. Le chemin… Mais « Comment pourrions-nous savoir le chemin ? » demande Thomas. « Montre-le-nous », ajoute Philippe. Et ils ont bien raison parce que, nous aussi, on voudrait bien savoir.
C’est vrai qu’avec Jésus, ce n’est pas toujours facile à comprendre. Il a souvent besoin de s’expliquer. Et, même après, ce n’est pas forcément encore très, très clair… Et Il est obligé de dire comme aujourd’hui « Si vous ne croyez pas ce que je dis, croyez au moins ce que je fais ». Il ne fallait pas que cela empêche de le suivre et de croire en lui, au moins humainement. Les apôtres, ce n’étaient pas des spécialistes, mais ils savaient quand même distinguer un bon fruit et un mauvais, l’ouverture et l’égoïsme, la liberté et la contrainte, etc. Ils croyaient en lui, non pas d’abord par ce qu’Il disait, mais par ce qu’Il faisait.
Alors, quand Il nous dit que l’on connaît le chemin, il ne s’agit pas de tracer un itinéraire, avec un GPS ou de compter les kilomètres. Parce que… c’est comme si on y était déjà. Oui, avec Jésus le « pas encore » c’est comme le « déjà là »… « Là où je serai, vous y serez aussi ». Ça ne veut pas dire qu’Il nous attend au bout du chemin. Il est sur le chemin. Il est le chemin. Dès que l’on se met ou que l’on se remet en route, dans notre tête, dans notre cœur, dans notre esprit, dès que l’on est en chemin, Il est déjà là ! Et nous, on est avec lui ! C’est ça la foi : ce n’est pas une idée ; ce n’est pas une croyance ; ce n’est pas une religion. C’est un chemin, le chemin d’une vie nouvelle, le chemin d’une vie déjà ressuscitée.
Certains affirment haut et fort leur foi en pratiquant le culte et les bonnes manières de penser et de vivre, mais ne cherchent pas plus loin, sans remise en cause, sans conversion. Ceux-là ne sont pas en chemin, ne sont plus en chemin. Leur foi n’est pas la foi en ce Jésus ressuscité qui, lui, est toujours en chemin.
D’autres se découragent et renoncent à avancer plus loin parce qu’ils ne savent plus où aller, tant ils ont été déçus, épuisés par les épreuves. Ils ont perdu le sens de leur vie et se contentent de la subir, pensant peut-être même qu’ils ne valent pas mieux que ça et que c’est ce sort-là que Dieu leur aurait réservé. Ceux-là, Jésus vient les remettre en chemin, sur leurs chemins à eux, pas le sien, le leur, mais qui devient le sien. C’est sur ce chemin-là qu’Il vient marcher avec eux.
Nous sommes là au cœur même du mystère de notre foi. Alors, si vraiment Dieu existe, Il n’est pas bien assis là-haut. Il est en route sur nos chemins. C’est ce Dieu-là que Jésus nous révèle avec toute sa liberté, toute sa sensibilité, toute sa fidélité à chacune et chacun de nous.
Et Il nous le dit en 3 mots :
Il est « chemin » : non pas tête de peloton, mais compagnon de route ;
Il est « vérité » : non pas qu’Il ait la vérité, puisqu’Il la cherche avec nous ;
Il est « vie » : c’est à dire, « Il est » et Il nous dit « Vous aussi, vous êtes ! »
Alors, comme Thomas et Philippe, on a peut-être parfois un peu de mal à y croire vraiment. Mais Jésus, lui, Il y croit, lui, Il croit toujours en nous. Et si c’était ça, le chemin de la foi ?
Source : La périphérie : un boulevard pour l’évangile ? Ed. Temps présent, p. 217



