Le Pape et le Président !
Jean Doussal.
Année A, 6e DIMANCHE DE PÂQUES Psaume : Ps 65, 1-3a, 4-5, 6-7a, 16.20

Dans son livre « Les psaumes redécouverts, de la structure au sens », Marc Girard, analyse « celle » à volets parallèles (ici versets 1 à 8 et 13 à 20 du psaume 66 (65). Il y décèle une partie commune aux deux volets comme « pointe émergente » : il faut d’abord lire cette pointe, versets 9 à 12, pour comprendre l’ensemble du psaume. L’extrait liturgique de ce dimanche ne nous donne pas cette information essentielle. Il nous place devant un Dieu aux actions redoutables (1er volet), qui sera l’objet d’une grande liturgie de reconnaissance (2e volet). Par la « pointe », nous découvrons une réalité fondant la croyance (1er volet) et la célébration (2e volet) : il s’agit d’un peuple ayant subi une grande épreuve dont on dirait aujourd’hui qu’il est sorti « résilient ». Sommes-nous donc dans la situation de ce peuple pour proclamer notre Foi et la célébrer ?
Dans le cas présent, la situation reliant les deux volets, est celle d’une communauté en prière entre Pâques et Pentecôte. Elle est dans le deuil, mais n’arrive pas encore à le dépasser. Jésus est encore très présent en termes d’échec. Le bouleversement n’est pas encore accepté pour devenir tremplin. La reconnaissance (1er volet du psaume) et la liturgie (2e volet) ne sont pas encore célébrées au grand jour, mais en huis clos, à mi-voix. Les disciples restent entre eux, discrètement rassemblés dans des maisons particulières. Interpellés pour leur découverte de Jésus vivant, ils se remémorent les exploits de Dieu pour son peuple (versets 5-7), ils s’invitent mutuellement à raconter le concret de leur vie à la lumière des Écritures « C’est toi, Dieu, qui nous as éprouvés, affinés comme on affine un métal » (verset 10), aux dires de ces expériences diverses, ils vont vers l’église pour le sacrifice d’actions de grâces (versets 13-15, ils se préparent à proclamer bientôt leur Foi à la face du monde (versets 16-20).
Le souvenir de Jésus amène les disciples à découvrir le vrai Dieu par rapport aux diverses représentations que les hommes s’en donnent. Mais il leur faut devenir résilients, se prendre en main, devenir force intérieure. L’Apôtre Pierre (Deuxième Lecture) invite à reconnaître celui qui en donne la figure la plus authentique… fruit d’une transformation intérieure : « Frère, c’est le Seigneur, le Christ, que vous devez reconnaître dans vos cœurs comme le seul saint. Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect ». Il ne nous laissera pas orphelins… La tentation de prier Dieu « ex-machina », comme solution artificielle, ou fabriquée pour nous sortir de difficultés apparemment insolubles, est devenue caricature dans le bureau ovale de la Maison-Blanche. Dans la Première lecture de ce dimanche, les apôtres font le choix de se consacrer entièrement à la parole de Dieu, tout en mettant en place pour les affaires de la cité, des « hommes estimés de tous, remplis d’Esprit saint et de sagesse ».
Un homme dans ses homélies et voyages, renouvelle cet état d’Esprit. Le Président du pays le plus puissant du monde le déclare « FAIBLE face à la criminalité et désastreux en matière de politique étrangère », lui enjoignant de « se concentrer sur le fait d’être un grand pape, pas un homme politique ». Tout au long de son périple africain, Léon XIV se manifeste authentique après les déclarations belliqueuses du président américain. Il est direct face aux dirigeants africains, sur la corruption, la démocratie et l’exploitation des ressources. Les médias à l’instar de Libération titrent « À l’issue de sa tournée africaine, le pape Léon XIV s’affirme comme antidote à Trump ».
La religion, la morale, la justice, proclamées à la face du monde sans la force économique et militaire peuvent-elles imprimer ? Jésus répond au diacre Philippe « Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; le Père qui demeure en moi fait ses propres œuvres » (Évangile).
Le débat sur la « guerre juste » est réouvert. À Radio France Pierre Haski constate « le pape américain se révèle plus courageux que bien des chefs d’État qui n’osent pas confronter Donald Trump de peur des conséquences pour leurs relations avec les États-Unis » [1]. Ce dimanche avant l’Ascension, nous aidera-t-il, à rejoindre les victimes des peuples frappés par les guerres et à croire en ce Dieu qui délivre de la mort et garde en vie (ps 66 verset 20). Quels hérauts crédibles, pour nous convaincre des solutions à mettre en œuvre, si nous-mêmes nous ne le sommes pas ?
[1] https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/geopolitique/geopolitique-du-vendredi-17-avril-2026-4137345
Source : Golias Hebdo n° 912, p. 19



