La fête du pain de vie
Michel Deheunynck.
Jn 6, 51-58
Après le temps de Pâques, l’Ascension, la Pentecôte, la Trinité, voici encore un dimanche de fête en Église. Cette fête, on l’a connue sous plusieurs noms. On l’a appelée la fête Dieu, comme si, les autres dimanches, ce n’était pas aussi la fête avec Dieu ! On l’a appelée la fête du saint sacrement, ce qui focalisait notre prière sur Jésus captif dans le tabernacle : le pauvre ! Oubliant qu’Il est là, là, là, avec nous, au milieu du peuple de Dieu que nous sommes. Et, finalement, cette fête est devenue celle du Corps et du Sang du Christ. Et pour illustrer cela, le texte d’Évangile qui nous est proposé et que nous venons de lire se trouve dans le grand discours de Jésus sur le pain de vie, relaté par Saint-Jean. Mais juste avant ce discours, cette grande conférence de Jésus, le chapitre 6 de cet Évangile avait commencé par une démonstration pratique : le fameux épisode de la multiplication des pains. Avec Jésus, on agit et après, on s’explique ! Mais des explications comme celle-là, ce n’est pas si simple à bien comprendre…
Bien sûr, quand on vient à la messe, on peut avoir l’habitude de communier sans se poser plus de questions, mais quand même ; manger sa chair et boire son sang !!! Alors, plutôt que de se prendre la grosse tête, essayons de nous mettre à la place de la foule qui écoutait Jésus. Et de saisir l’ambiance sur ce campus pendant que Jésus parlait. Et ce qu’on comprend, c’est que ce pain de vie, il y en a pour tout le monde. Eh oui, dans tout l’Évangile, c’est comme ça ! Pas d’exclus, pas de laissés sur leur faim. Les lépreux, les publicains, les samaritains, ces païens de Romains, les prostituées, la femme infidèle, le fils qui est parti en claquant la porte : Ils sont tous là ! Et avec Jésus, bien placés, bien servis. Ça devait même faire jaser dans certains rangs…
Ce pain de vie que Jésus nous invite à partager avec lui, entre nous et entre tous, c’est comme un véritable défi qu’Il lance à notre monde : monde de gagneurs et monde de pauvres types ! Et bien les pauvres types, ils sont tous là, sur le terrain. Personne sur le banc de touche ! Et à tous, tous, Jésus leur dit « Prenez ! Prenez et mangez ! Ce pain de vie, c’est le pain de votre vie à vous, qui vous est trop souvent confisqué. Prenez ce pain. Et puis, prenez, reprenez votre place, toute votre place dans la vie. Prenez, reprenez la parole qui vous a été coupée. Prenez, même si vous n’avez pas vos papiers en règle, prenez votre part. Prenez, ne demandez pas, prenez. Oui, prenez-en tous, tous ! » C’est ce que, à la suite de Jésus, nous redisons, en son nom à chaque messe. Prenez, partagez largement. Et vous verrez que ce qui manque trop à beaucoup, il y en a assez pour tout le monde. Et d’abord pour la multitude (ça aussi, on le dit…) qui a faim de reconnaissance et de dignité. Et aussi pour tous ceux qui ont même oublié qu’ils avaient faim.
Voilà le sens que nous pouvons donner à cette fête de l’eucharistie et du partage du pain. Ce partage qui est bien plus que de la générosité de la part de Jésus.
Jésus, toi notre ami, toi notre frère à tous, toi dont la seule règle est celle de l’amour partagé, ce matin, nous allons encore redire en ton nom « Prenez et mangez-en tous ! » Et ce sera bien plus qu’une formule rituelle relayée par la tradition. Et bien autre chose aussi qu’une invitation sympa entre amis… bien choisis. Ce sera ce grand défi que tu nous lances depuis plus de 2000 ans : « qu’ils en prennent tous ! »
Comme tes compagnons de l’Évangile et bien d’autres après eux, à notre tour, nous voulons, nous aussi, le relever, ce défi au cœur de notre humanité.
Dimanche prochain, en Église, fini les fêtes, ce sera le retour du temps dit « ordinaire », celui de notre vie ordinaire, celui du partage du pain de notre vie ordinaire. Que ce partage-là soit aussi une grande fête pour tous !
Source : La périphérie : un boulevard pour l’évangile ? p. 245




