« Prendre soin de la Création n’est pas une cause militante, c’est un service rendu au Dieu vivant »
Depuis des décennies, les Églises chrétiennes – catholique, protestantes, orthodoxes – ont affirmé d’une voix claire que la sauvegarde de la Création fait partie intégrante de la mission chrétienne. Du Conseil œcuménique des Églises aux déclarations communes de Rome et de Constantinople, de Laudato Si’ aux textes de nombreuses Églises protestantes et évangéliques, la protection de la maison commune n’est pas une mode, mais une fidélité biblique : « servir et garder la terre » (Gn 2,15).
Les évêques catholiques ont entendu l’appel de l’encyclique Laudato Si’. Avec les autres Églises chrétiennes de France, l’Église catholique anime le label Église verte, célèbre chaque année le Temps pour la Création, du 1er septembre au 4 octobre, et faisait entendre une parole de plaidoyer lors des COP sur les changements climatiques.
Faire la peau aux écologistes
Aujourd’hui, la France connaît une flambée de violence à l’encontre des personnes, chrétiennes ou non, qui s’engagent au service de cette fidélité. Ces violences n’ont rien d’imaginaire. Elles contaminent les organisations sociales et les systèmes démocratiques. De nombreux défenseurs de l’écologie sont assassinés dans le monde chaque année.
C’est pourquoi nous, chrétiennes et chrétiens engagés dans les métiers de la biodiversité, du climat, de l’eau, des milieux naturels ou de la lutte contre les pollutions, dans le monde associatif ou paysan, prenons aujourd’hui la parole pour appeler l’Église catholique à une expression courageuse, prophétique et cohérente.
Ces dernières années, les actes hostiles se sont multipliés. Le 3 février 2026, des agriculteurs s’en sont pris au siège régional de l’Office français de la biodiversité (OFB) de la région Centre pour protester contre la nomination d’une ex-élue écologiste au sein de ce même organisme. En 2025, la Coordination rurale a élu un président, Bertrand Venteau, qui promet publiquement de « faire la peau aux écologistes ».
Dans la nuit du 10 au 11 décembre 2025, le siège national de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), les locaux de réserves naturelles, tout comme les bureaux de Nature environnement 17, ont été vandalisés, actes revendiqués par des membres de la Coordination rurale. Les tags proclament « nous sommes tous Bertrand Venteau », que l’on peut comprendre comme : « Nous voulons tous faire la peau aux écologistes. »
Un climat de suspicion, de haine et de désinformation
En mars 2025, une vidéo des Jeunes Agriculteurs (JA) de la Manche mettait en scène l’assassinat d’un fonctionnaire de l’OFB. Le même mois, Pierre Alessandri, secrétaire général de la Confédération paysanne de Corse, était assassiné sur sa ferme. En février 2025, un ancien président de la chambre d’agriculture de Loire-Atlantique déclarait à une technicienne naturaliste venue faire un relevé : « Les personnes comme toi méritent d’être égorgées. » Trop de nos collègues sont menacés, insultés, frappés, intimidés – sur le terrain, en réunion, ou même au domicile.
Ces violences, encouragées par des ministres accusant les écologistes de rien moins que de « terrorisme », ne naissent pas au hasard. Elles servent les intérêts d’industries et de lobbies anti-environnementaux, qui cherchent à faire taire celles et ceux qui documentent les dégradations, accompagnent la transition ou veillent au respect de la loi. Ces industries alimentent un climat de suspicion, de haine et de désinformation envers les scientifiques et les métiers du vivant. Incapable de préserver la vie humaine et la capacité des paysannes et paysans à nourrir le monde, le modèle extractiviste contrevient, en tout point, au respect de la Vie.
Nommer ces responsabilités fait partie de la vérité que l’Église catholique est appelée à porter à la suite de son fondateur, Jésus le Christ. Protéger la Création est constitutif de la fidélité à l’Évangile. Ce n’est pas une option spirituelle, c’est une dimension essentielle de la foi.
Porter une parole claire pour le bien commun
Les personnes qui travaillent dans la biodiversité, l’eau, les forêts, les sols, la qualité de l’air ou l’agriculture paysanne ne défendent pas une idéologie, mais les conditions mêmes de la vie, que Dieu nous confie pour la transmettre. Il est incohérent – aux plans théologique, moral, ecclésial – que ces personnes qui incarnent le commandement de « garder la terre » soient abandonnées de la sorte.
Notre société valorise à juste titre les métiers du soin et de la santé. Nous savons aussi combien ces métiers ont besoin d’être soutenus. Il est temps que les métiers de protection de la Création reçoivent la même reconnaissance, parce qu’ils protègent les conditions qui rendent possible toute vie humaine, donc toute économie et toute société.
Une Église qui soutient la protection de la Création dans ses textes, mais se tait lorsque des femmes et des hommes sont menacés pour ce travail perd la cohérence que le monde attend d’elle. Nous ne parlons pas ici contre quelqu’un, mais pour la vie, pour le bien commun. Nous appelons l’Église catholique à porter une parole claire : prendre soin de la Création n’est pas une cause militante, c’est un service rendu au Dieu vivant, un ministère essentiel.
Et celles et ceux qui consacrent leur vie à ce service méritent le soutien de l’ensemble du peuple de Dieu. Il sera trop tard pour armer ce soutien lors de la cérémonie d’obsèques des victimes.
Parmi les cosignataires de ce texte paru le 17 février 2026 sur La Croix.com : Christiane Bascou et Georges Heichelbech pour la fédération Réseaux du Parvis.




