L’évêque Wiesemann démissionne – Un réformateur s’en va le cœur lourd.
Norbert Demuth (KNA)
Avec la démission surprise de l’évêque de Spire, Karl-Heinz Wiesemann, l’Église catholique en Allemagne perd une voix en faveur des réformes. Dès le début, Wiesemann s’est engagé en faveur du projet de réforme « Synodaler Weg » et a soutenu ses décisions. En 2024, il avait souligné la nécessité d’« évolutions » de la doctrine catholique et de « réformes concrètes ». « Cela inclut la recherche de formes de véritable consultation et de codécision de tous les fidèles, une revalorisation significative du rôle des femmes, y compris une réflexion approfondie sur l’ouverture des ordres sacrés aux femmes, ainsi que les efforts en vue d’une évolution de la morale sexuelle. »
Dans une interview accordée à l’Agence de presse catholique (KNA) en septembre 2025, il a plaidé en faveur de la possibilité d’un vœu de célibat temporaire pour les futurs prêtres – à l’instar de ce qui se pratique chez les religieux. De plus, Wiesemann a plaidé pour que le célibat – c’est-à-dire l’abstinence obligatoire du mariage – « ne soit pas absolument lié à l’exercice de la vocation sacerdotale ». Pourquoi ? « Nous constatons la perte de nombreuses personnes très compétentes qui ne peuvent ou ne veulent pas vivre le célibat. Et nous perdons tout autant de personnes compétentes qui, à cause du célibat, ne choisissent même pas la vocation sacerdotale. »
« Dieu s’est fait humain, pas homme »
Selon Wiesemann, l’Église devrait par ailleurs discuter ouvertement d’un éventuel diaconat des femmes. En effet, le contexte social actuel est très différent de celui des époques passées. « La question de l’égalité entre les hommes et les femmes et celle de la justice sont aujourd’hui très importantes », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « Et nous croyons en l’incarnation de Dieu, pas en l’incarnation d’un homme. Dieu s’est fait être humain, pas un homme. »
Mais Wiesemann, âgé de 66 ans, a désormais demandé au pape d’être déchargé de ses fonctions d’évêque – pour des raisons de santé, comme l’a annoncé mercredi le diocèse de Spire. Le « poids de cette lourde responsabilité » lui a laissé « de graves séquelles », tant physiques que surtout psychologiques, a écrit Wiesemann lui-même dans une lettre adressée aux catholiques du diocèse de Spire. Le pape Léon XIV a accepté la demande de démission de Wiesemann, qui occupait la charge d’évêque du diocèse de Spire depuis 2008.

Originaire de Herford, en Westphalie orientale, cet évêque, qui se montrait accessible et simple et prêchait d’une voix enthousiaste et juvénile, a été particulièrement ébranlé dans sa perception de lui-même par le scandale bouleversant des abus sexuels au sein de l’Église. « La question des abus sexuels t’a profondément bouleversé – tant au niveau fédéral que dans ton diocèse », a récemment écrit Heiner Wilmer, président de la Conférence épiscopale allemande et évêque de Münster, dans une lettre adressée à Wiesemann.
Pour Wiesemann, il s’agissait « d’un travail de mémoire transparent et sans concession ». Il a su mettre de manière impressionnante le bien-être des victimes d’abus au premier plan « et, dans ce contexte, a remis en question à juste titre les structures de pouvoir de l’Église ».
Il a parlé ouvertement de sa dépression
Le scandale des abus sexuels avait plongé Wiesemann dans la dépression. Lors de la Journée des catholiques à Würzburg, en mai 2026, l’évêque de Spire a expliqué devant un large public comment cette maladie avait également bouleversé sa foi et l’image qu’il avait de lui-même en tant qu’évêque. Les problèmes financiers et les processus de changement au sein du diocèse, mais surtout le scandale des abus sexuels dans l’Église, l’avaient tellement affecté qu’il était tombé malade.
« La confiance fondamentale en ma propre vie, auparavant si solide, s’est effritée », a raconté Wiesemann avec une franchise inhabituelle. Dès février 2021, il avait pris un congé de sept mois, dont deux mois d’hospitalisation. Grâce au sport, à l’art et à la musique, le traitement a réussi à « faire resurgir mes sources créatives », rapporte-t-il. Il se décrit comme une personne portée vers les arts, qui aimait déjà autrefois improviser au piano. Il a ensuite appris à se concentrer sur le positif, sur la beauté du monde.
Mercredi, Wiesemann a écrit, à l’occasion de ses adieux, qu’il avait « le cœur lourd ». Ce que l’avenir lui réserve reste encore à déterminer. Une chose est toutefois certaine pour lui : il souhaite continuer à s’engager avec passion pour la proclamation de l’Évangile et être présent auprès des gens en tant qu’accompagnateur spirituel. « Mais maintenant, je dois prendre un nouveau départ dans ma vie. »
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