Christophe Cassou face à l’été cataclysmique : vivre ce que l’on a passé sa vie à annoncer
Michel Caen.
« Les incendies et les canicules à répétition depuis la fin du printemps ne sont qu’un avant-goût de ce que nous vivrons dans quelques étés. C’est ce dont les scientifiques nous alertent depuis longtemps. » Christophe Cassou, climatologue, est dans (l’émission de France Culture) les Matins d’été pour en parler.
Les incendies en Gironde et les canicules à répétition depuis la fin du printemps ne sont qu’un avant-goût de ce que nous vivrons dans quelques étés. C’est ce dont les scientifiques nous alertent depuis longtemps déjà. Et ce à quoi les politiques semblent rester sourds. Christophe Cassou est climatologue, et il est dans les Matins d’été pour nous aider à comprendre ce qui nous attend, et à mesurer un peu plus l’urgence de provoquer la réaction des responsables politiques.

Un été « parfaitement dans le champ des possibles », mais un futur effrayant
Christophe Cassou explique que cette quatrième canicule de l’été n’a rien d’une surprise scientifique : « Cet été 2026, il était parfaitement dans le champ des possibles. On a commencé déjà à analyser le début d’été, le mois de mai et le mois de juin, et on peut trouver dans nos modèles climatiques des situations analogues à l’été caniculaire que l’on vient de vivre ». Il précise que la probabilité de vivre un mois de juin aussi chaud était d’« une chance sur trente », un chiffre qu’il juge « considérable », avant d’ajouter que ce mois de juin « deviendra la norme vers 2060-2070 ». Il alerte surtout sur le fait que l’épisode actuel n’est pas le pire scénario envisageable au niveau de réchauffement actuel : « On n’exclut pas d’avoir des températures autour de 48-50 degrés de manière ponctuelle et de manière très régionale en France », avec à terme des étés pouvant compter « 50-60 jours de canicule d’affilée » dès 2050-2060.
Sur l’irréversibilité du phénomène, il est catégorique : « Le carbone s’accumule dans l’atmosphère, c’est comme une baignoire qui se remplit, il faut du temps pour vider cette baignoire. » « On ne peut pas revenir en arrière », dit-il, mais souligne que chaque tonne de CO2 évitée reste déterminante pour limiter l’ampleur des dégâts à venir.
Un double déni politique face à une « faillite » plus qu’une crise
Le climatologue dénonce avec force l’absence de vocabulaire adapté au niveau de gravité de la situation, préférant parler de « faillite » plutôt que de crise : « La faillite climatique ou la faillite hydrique, ou même faillite pyrrhique pour les incendies, correspond à des dommages qui sont accumulés, à des limites qui sont dépassées et qui ont sapé la capacité du système à se rétablir ». Il identifie un double déni chez les décideurs, celui de leur responsabilité passée et présente, et celui de la vulnérabilité collective, illustré selon lui par l’annonce d’une nouvelle filière anti-incendie : « Quand on échange entre collègues, on navigue entre l’incompétence, la stupidité, la bêtise, voire même la folie de ces décisions ». « Comment imaginer aujourd’hui pouvoir contrôler ces incendies, même avec 10 canadairs en plus, avec des dizaines de drones, sans s’attaquer à ce qui nourrit intrinsèquement ces feux ? », interroge-t-il.
Il rappelle que les leviers d’action sont pourtant documentés de longue date, notamment par un rapport régional remis dès 2013, concluant sobrement : « Personne ne peut dire qu’il ne savait pas ». Enfin, il décrit un basculement du climatoscepticisme vers ce qu’il nomme le « climato-bellicisme », une opposition frontale motivée par les intérêts menacés par la transition : « Il s’agit maintenant d’une véritable guerre contre les faits scientifiques ».


