Étienne Guillet, l’évêque qui veut montrer au pape une autre Église de France
Patrice Dunois-Canette.
Le 25 septembre, lorsque Léon XIV entrera au Stade de France, plusieurs évêques français seront mobilisés autour de sa visite. À Paris, Mgr Laurent Ulrich l’accueillera à Notre-Dame. À Lourdes, le pape retrouvera l’un des hauts lieux du catholicisme mondial. À Metz, Mgr Philippe Ballot l’accueillera dans la cathédrale Saint-Étienne.
Étienne Guillet, lui, recevra le pape à Saint-Denis.

La différence n’est pas seulement géographique. Elle tient au territoire, au parcours de l’évêque et à la situation du catholicisme dans le département.
À Saint-Denis, Léon XIV découvrira une métropole jeune et populaire, marquée par les migrations, l’islam, les Églises évangéliques et une grande diversité culturelle. Le catholicisme y est minoritaire. Il ne peut plus compter sur une tradition religieuse commune ni sur la transmission familiale pour assurer sa présence.
C’est dans cet environnement qu’Étienne Guillet a construit son parcours.
L’évêque venu de la périphérie
Diplômé de l’EDHEC en 1999, après deux années passées en Thaïlande, Guillet entre au séminaire et est ordonné prêtre en 2006 pour le diocèse de Versailles. Il exerce ensuite dans des milieux où l’Église ne peut pas attendre que les fidèles viennent à elle.
Il est aumônier d’un établissement pénitentiaire pour mineurs, puis accompagne les forains, les gens du cirque et les artisans de la fête. Il passe ensuite neuf années à Trappes comme curé de Saint-Georges.
À Trappes, il découvre une ville jeune, multiculturelle, confrontée à la pauvreté, aux difficultés administratives et aux tensions liées aux questions religieuses. Il y comprend surtout que les catholiques ne peuvent pas vivre entre eux.
Le dialogue avec les musulmans devient une pratique quotidienne : rencontres avec les responsables religieux, visites dans les mosquées, repas partagés, initiatives communes avec chrétiens, juifs et musulmans.
Guillet ne cherche pas à effacer les différences. Il cherche à faire en sorte qu’elles ne deviennent pas des frontières.
Ali Rabeh, alors maire de Trappes, résume son action par une formule : « créer de la maille là où il y a des déchirures ». Le Monde reprend cette expression dans le titre d’un portrait consacré à l’évêque en août 2026.
La formule décrit assez bien sa méthode : partir des relations plutôt que des appartenances, du voisinage plutôt que des frontières religieuses.
À Saint-Denis, le même terrain à une autre échelle
Nommé évêque de Saint-Denis en novembre 2024 et installé en février 2025, Guillet retrouve un environnement qu’il connaît déjà.
Le département compte relativement peu de pratiquants au regard de sa population. L’islam et les Églises évangéliques y occupent une place importante. Le catholicisme rassemble lui-même des fidèles venus d’horizons très différents.
Guillet ne présente pas cette situation comme une défaite.
Il parle d’une Église « petite », mais « rayonnante ». Il insiste sur les jeunes adultes qui demandent le baptême, sur les catéchumènes qui découvrent la foi sans avoir grandi dans une famille catholique.
La situation minoritaire modifie la manière d’être Église. Il faut connaître ceux qui ne la fréquentent pas, travailler avec ceux qui ne partagent pas sa foi et aller vers des habitants qui n’ont aucune raison particulière de franchir la porte d’une église.
Cette logique correspond à ce que Guillet a appris à Trappes.
Une cathédrale, un stade
C’est ce qui rend la comparaison avec Paris intéressante.
Laurent Ulrich accueillera Léon XIV à Notre-Dame, cathédrale restaurée, monument national et symbole de la longue histoire chrétienne de la France.
Guillet le recevra au Stade de France.
Un stade n’a rien de sacré. Il appartient au monde du sport, de la musique et des grands rassemblements populaires. On peut y entrer sans partager une religion ni une vision commune du monde.
Le pape y rencontrera les jeunes de France dans un lieu qui ne relève pas de l’institution catholique.
Le contraste est net.
À Notre-Dame, Léon XIV entrera dans une histoire où le christianisme a longtemps occupé le centre. À Saint-Denis, il découvrira ce que devient une Église lorsqu’elle doit vivre dans une société où elle n’est plus majoritaire.
« Toute la Seine-Saint-Denis »
Guillet veut que la venue du pape dépasse le seul cercle catholique.
Il souhaite y associer les élus, les autres religions, les habitants et les jeunes du département. Dans les établissements scolaires catholiques, il imagine que des jeunes puissent inviter leurs camarades non croyants ou appartenant à d’autres religions à préparer ensemble la rencontre avec Léon XIV.
La démarche prolonge son expérience de Trappes.
Il ne s’agit pas seulement d’inviter les autres à entrer dans le monde catholique. Il s’agit de partir d’un territoire où plusieurs mondes coexistent déjà.
Cette approche lui a permis de nouer des relations avec des responsables politiques locaux qui ne partagent pas nécessairement ses convictions. Stéphane Troussel le décrit comme un « bâtisseur de liens ». Bally Bagayoko voit dans la visite du pape l’occasion de montrer une ville populaire et multiculturelle.
À Saint-Denis, être évêque signifie aussi connaître ceux qui ne fréquentent pas ses églises.
Un autre visage du catholicisme français
À 48 ans, Étienne Guillet est le plus jeune évêque de France. Il dirige l’un des départements les plus jeunes du pays et appartient à une génération qui a grandi dans une France déjà pluraliste et déchristianisée.
Son parcours est à l’image de ce territoire : grande école de commerce, séjour à l’étranger, prison, quartiers populaires, monde forain, dialogue avec l’islam.
Il n’a pas découvert la diversité française en arrivant à Saint-Denis. Il en a fait son terrain pastoral.
C’est ce que Léon XIV rencontrera le 25 septembre.
À Paris, la France des cathédrales et du patrimoine. À Lourdes, celle des pèlerins. À Metz, celle d’une terre européenne et frontalière. À Saint-Denis, une France jeune, populaire, multiculturelle et religieusement diverse.
Et une Église qui, parce qu’elle est devenue minoritaire, doit apprendre à vivre avec les autres sans renoncer à ce qu’elle est.
Le voyage de Léon XIV donnera ainsi à voir plusieurs visages du catholicisme français. Étienne Guillet pourrait en incarner l’un des plus révélateurs : celui d’une Église qui n’est plus au centre, mais qui n’est pas à l’écart.


