Récapitulatif d’idées sur les valeurs européennes et le patrimoine culturel chrétien.
José María Álvarez (Redes Cristianas).

Selon les chiffres du début du mois d’août 2026, le nombre de décès lors de l’afflux massif vers Ceuta se situait entre 78 et 88 selon les sources officielles espagnoles, et pouvait atteindre 141 si l’on inclut les corps repêchés dans les eaux marocaines, selon des sources indépendantes. Quant aux personnes en attente d’accueil, on dénombre environ 1 000 migrants devant le Centre de séjour temporaire pour immigrants, et entre 1 300 et 1 500 mineurs non accompagnés en attente d’identification et d’accueil. Les chiffres relatifs aux morts et aux mineurs en situation de détresse sont scandaleux. Autre chiffre important : les estimations les plus couramment citées situent le nombre de morts (et de disparus) en Méditerranée depuis le début du XXIe siècle à plus de 40 000 personnes. Cette mer baigne les nations, pour ainsi dire, très « catholiques » que sont l’Italie, la France et l’Espagne ; il ne seait pas inutile que leurs hiérarchies ecclésiastiques, face à une situation aussi dramatique de détresse des enfants, fassent un geste commun d’accueil d’un nombre important de ces mineurs migrants, en témoignage et en dénonciation du manque de solidarité manifesté par d’éminentes formations politiques qui se vantent frauduleusement de s’identifier au christianisme.
D’autre part, récemment, le 10 août 2026, nous avons pu lire le communiqué sur, ou contre, la migration entre l’ultra-droite italienne Meloni et la sociale-démocrate danoise Frederiksen, dans lequel nous constatons une forte dimension identitaire lorsqu’elles soulignent la nécessité de préserver « les valeurs européennes » et de protéger « le patrimoine culturel chrétien de l’Europe », tout en intensifiant, de manière contradictoire, leurs pressions pour pouvoir transférer les étrangers « en situation irrégulière » vers d’autres pays non européens, ce qu’elles ont en partie réussi à faire.
À propos des valeurs européennes
Les valeurs de l’Union européenne sont formellement énoncées à l’article 2 du Traité sur l’Union européenne (TUE). Parmi celles-ci figurent notamment le respect de la dignité humaine et des droits de l’homme, inviolables en tant que fondement de l’ordre juridique ; elles défendent la liberté de circulation, d’expression et d’association, ainsi que le principe démocratique qui exige que le fonctionnement de l’UE repose sur la représentation des citoyens (Parlement européen) et le contrôle intergouvernemental (Conseil). La discrimination fondée sur le sexe, l’origine, la religion, le handicap, l’âge ou l’orientation sexuelle est interdite. Au sein de l’UE, l’État de droit implique que toute action de l’UE et de ses États membres doit être fondée sur le droit, sous le contrôle d’un pouvoir judiciaire indépendant dirigé par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE).
L’accueil des migrants vulnérables — en particulier les mineurs non accompagnés et les personnes fuyant la guerre, de la faim ou de la persécution — est directement lié aux valeurs de l’article 2 du Traité sur l’Union européenne (TUE) et s’articule autour d’un cadre juridique spécifique qui garantit le droit d’asile dans le respect des normes de la Convention de Genève de 1951 et impose d’évaluer les demandes individuelles de ceux qui fuient des persécutions (politiques, religieuses, idéologiques) ou du risque de préjudice grave (guerres), interdit de renvoyer ou d’expulser une personne vers un pays où sa vie, sa liberté ou d’autres droits fondamentaux courent un risque grave, et impose que toute mesure législative ou d’accueil applicable aux enfants ou aux mineurs non accompagnés accorde la priorité absolue à leur protection, à leur tutelle légale, à leur éducation et au regroupement familial.
Les principes d’action qui doivent prévaloir sont la solidarité et la responsabilité, ce qui implique un partage équitable de la responsabilité entre les États membres, tant sur le plan financier que sur celui de la relocalisation physique des demandeurs. En outre, le Pacte européen sur la migration et l’asile établit des mécanismes de réponse aux crises migratoires afin d’éviter que la charge ne pèse de manière disproportionnée sur les pays d’arrivée ou les frontières extérieures.
Sur le patrimoine culturel chrétien
Prenons comme référence la position de l’Église catholique européenne exprimée par la Commission des conférences épiscopales de l’Union européenne (COMECE) qui, en accord avec les orientations du Saint-Siège, place la dignité humaine et les droits fondamentaux au cœur du débat sur les migrations, au-delà des critères strictement géopolitiques, sécuritaires ou électoraux.
Les principes fondamentaux de la position doctrinale catholique s’articulent, selon les termes du pape François, autour de cet axe : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer les migrants et les réfugiés. Les évêques insistent sur le fait que les migrants sont des personnes dotées d’une dignité inviolable qui doit prévaloir dans chaque décision législative. Ils affirment également à maintes reprises que les politiques migratoires européennes ne doivent pas se fonder sur la peur de l’altérité culturelle ou religieuse ni sur la crainte des pressions électorales populistes, et exigent une véritable solidarité partagée entre tous les États membres de l’UE afin d’éviter que la charge ne pèse uniquement sur les pays riverains de la Méditerranée.
Les évêques européens reconnaissent le droit des États à gérer leurs frontières, mais critiquent vivement les approches axées uniquement sur le contrôle et le confinement, et avertissent que le cadre réglementaire actuel risque de porter atteinte au droit fondamental d’asile et de compromettre les droits de l’homme aux frontières extérieures. Plus concrètement, ils expriment une profonde préoccupation éthique face au transfert de la gestion et de la prise en charge des migrants vers des pays tiers qui ne garantissent pas les normes minimales de protection. Ils rejettent également le recours généralisé à la détention préventive — en particulier celle des familles et des mineurs — ainsi que les réglementations facilitant les retours massifs ou « express », et réclament fréquemment l’ouverture de couloirs humanitaires et de voies formelles de migration de main-d’œuvre afin d’éviter la traite des êtres humains et les pertes de vies en mer.
En résumé, la Conférence épiscopale européenne plaide en faveur d’un modèle conciliant la réglementation des flux migratoires et un engagement humanitaire ferme, en rappelant que la vocation de l’Europe est de construire une société ouverte, fraternelle et fondée sur le respect de la vie humaine.
Conclusion
À la lumière de ce qui précède, nous constatons que l’objectif réel du communiqué de la sociale-démocrate danoise Mette Frederiksen et de l’Italienne d’extrême-droite Giorgia Meloni n’est pas de défendre les valeurs européennes et la culture chrétienne, mais de réduire à zéro, par tous les moyens, la présence d’immigrés en situation irrégulière dans leurs pays. Cela ne semble pas possible ; cette prétention n’est donc rien d’autre qu’un slogan populiste qui plaît beaucoup aux électeurs qui ne pensent qu’à leur bien-être personnel, au mépris des principes humanitaires et chrétiens traditionnels de l’UE.
Les commentateurs politiques affirment que « Meloni et Frederiksen ont renforcé leur collaboration pour promouvoir une transformation du système d’asile européen et renforcer les politiques d’expulsion des migrants vers des pays hors de l’UE ». Leur argument est que « personne ne peut nier que l’immigration clandestine a un impact négatif », car elle entraîne une « hausse des taux de criminalité », exerce « une pression accrue sur les services publics » et érode « la confiance dans les institutions publiques », selon le communiqué conjoint ».
Cette appréciation de l’immigration ne correspond pas à la réalité qui se dégage de l’analyse des données sur ces questions. De nombreuses études démontrent que les personnes en situation irrégulière présentent des taux d’arrestation, de condamnation et d’incarcération inférieurs ou équivalents à ceux de la population autochtone ; l’arrivée de migrants dans les zones urbaines ne modifie souvent pas, voire réduit, les taux de crimes violents et de délits contre les biens.
Ce qu’ils affirment concernant la pression sur les services publics n’est pas non plus tout à fait vrai : à court terme et au niveau municipal ou local, les flux migratoires non planifiés peuvent temporairement saturer les centres d’hébergement d’urgence, les services médicaux d’urgence ou les structures scolaires dans les communes d’accueil directes. Cependant, au niveau macroéconomique, les données montrent que la population immigrée apporte une main-d’œuvre essentielle dans des secteurs sous pression et contribue aux recettes fiscales indirectes (TVA, taxes à la consommation, redevances), compensant ainsi dans une large mesure les coûts qu’elle engendre pour les services publics.
Face au véritable problème politique que représentent les migrants, on ne peut pas utiliser le mythe de la criminalité pour fermer hermétiquement les frontières européennes. Des mesures telles que la régularisation mise en œuvre par le gouvernement espagnol actuel et ses prédécesseurs semblent plus conformes aux valeurs européennes et aux principes chrétiens que la solution recherchée par le gouvernement d’extrême droite de Meloni, qui consiste à externaliser en Albanie l’accueil des migrants, une mesure qui a été remise en cause par la Cour européenne. Enfin, la pression exercée par l’Italie et le Danemark, aux côtés d’autres partenaires européens, a porté ses fruits début juin, lorsque l’UE a adopté le Pacte sur la migration et l’asile, qui autorise les États membres à signer des accords avec des pays tiers jugés « sûrs » afin d’y expulser les migrants. Ils ont obtenu un cadre juridique pour se débarrasser des migrants, mais n’appelez pas cela la défense du patrimoine culturel chrétien ou des valeurs européennes traditionnelles. Ils estiment ainsi protéger le bien-être ou apaiser les craintes de leurs électeurs et, par là même, se maintenir au pouvoir. C’est aussi simple que cela.




