« Excusez-moi, Votre Éminence, elle n’a pas fini de parler »
Phyllis Zagano.

C’est sans aucun doute la meilleure phrase émanant du synode sur la synodalité : « Excusez-moi, Votre Éminence, elle n’a pas fini de parler ».
Voilà qui résume bien le synode et l’état de l’attitude de l’Église catholique à l’égard du changement.
En octobre, des centaines d’évêques, rejoints par des laïcs, hommes et femmes, des prêtres, des diacres, des religieuses et des religieux, se sont réunis pendant près d’un mois à Rome pour le synode sur la synodalité. À la fin, le synode a publié un rapport de synthèse débordant d’espoir et de promesses pour que l’Église soit plus à l’écoute.
Quelque 54 femmes ont voté au synode.
Retour à la maison, les femmes sont toujours ignorées. Pourquoi ?
Ce n’est pas parce que les femmes citent le Concile Vatican II lors des réunions des conseils paroissiaux. C’est parce que trop d’évêques et de pasteurs ignorent les conseils paroissiaux.
Ce n’est pas parce que les femmes du monde entier n’écrivent pas à leurs pasteurs et à leurs évêques. C’est parce que, sans gros chèques, leurs lettres sont ignorées.
Le synode sur la synodalité a été novateur en partie parce qu’il s’agissait davantage d’apprendre à écouter. Il était plus axé sur le processus que sur les résultats. Son objectif était de rallier l’ensemble de l’Église à une nouvelle façon d’établir des relations, d’avoir des « conversations dans l’Esprit », où l’écoute et la prière nourrissent le discernement et la prise de décision.
Aujourd’hui encore, le projet se heurte à des obstacles. Lors de leur réunion de novembre, la semaine dernière à Baltimore, les évêques américains ont entendu les exposés de l’évêque de Brownsville (Texas), Mgr Daniel Flores, qui a dirigé le processus synodal national de deux ans jusqu’à présent. Ses frères évêques n’avaient pas l’air intéressés.
Pour être juste, certains évêques dans certains diocèses, aux États-Unis et dans d’autres parties du monde, sont d’accord avec la tentative du pape François d’encourager l’Église à accepter les réformes de Vatican II, à écouter le peuple de Dieu.
Mais trop d’évêques n’en veulent pas.
Le synode a reconnu l’infection globale de l’Église par le cléricalisme narcissique. Il a dit de belles choses sur la place des femmes dans les instances dirigeantes et sur la prise en charge d’autres personnes marginalisées. Pourtant, le synode reste un secret dans de nombreux endroits. Ses bonnes paroles n’atteignent pas les fidèles.
Si vous posez une question sur la synodalité dans une paroisse, vous risquez d’entendre « Oh, nous ne faisons pas cela ici ». Il est tout aussi probable que vous entendiez des sermons « Quand je » (« Quand j’étais au séminaire », « Quand j’étais dans une autre paroisse »), et pas sur l’Évangile.
Les personnes qui ont été enthousiasmées par l’ouverture et le message pastoral de François hochent simplement la tête.
Les femmes qui veulent contribuer, qui voudraient bien rester, sont plus que découragées. Elles en ont assez. Et elles ne se dirigent plus vers la porte – elles courent, emmenant avec elles leurs maris, leurs enfants et leurs chéquiers.
Dans le diocèse de Brooklyn, à New York, on a découvert récemment que la fréquentation des messes avait chuté de 40 % depuis 2017. Il en va de même dans de trop nombreux endroits. La raison pour laquelle l’Église vacille n’est pas un manque de piété. C’est parce que les femmes sont ignorées. Leurs plaintes ne vont pas plus loin que le dossier qui circule dans un bureau.
De quoi les femmes se plaignent-elles ? De mauvais sermons, comme nous l’avons vu. Des pasteurs autocrates. Et le plus important : la pédophilie. À vrai dire, les femmes ne font pas confiance aux hommes non mariés pour leurs enfants. Dans le monde entier, diocèse après diocèse, de nouvelles révélations se poursuivent encore.
Beaucoup d’évêques et de pasteurs le comprennent. François le comprend certainement, mais il est contraint par des clercs qui s’enfoncent dans un passé que beaucoup d’entre eux n’ont jamais connu. De plus en plus de jeunes prêtres (et de prêtres plus âgés) se languissent des années 1950, lorsque les prêtres portaient de la dentelle et que les femmes restaient à leur place. Cette vision n’inclut pas la synodalité.
L’effort synodal fonctionnera-t-il ? L’ouverture de François aux femmes dans la gestion de l’Église est prometteuse. Lorsque des femmes sont présentes à la chancellerie, elles ont davantage l’occasion de faire entendre leur voix. Il ne fait aucun doute qu’un peu plus de femmes à la chancellerie pourrait aider.
Faire entrer les femmes dans la sacristie est plus délicat.
Alors que la plupart des membres du synode semblent d’accord pour rétablir les femmes dans le diaconat ordonné comme une reconnaissance de l’égalité baptismale de tous, certains gardiens soutiennent que cela va à l’encontre de la tradition. D’autres encore y ont vu le spectre d’une « idéologie occidentale du genre » cherchant à confondre les rôles des hommes et des femmes.
Ils ont donc demandé une révision de la recherche. Encore.
Les femmes savent ce qui est évident : des femmes ont été ordonnées diacres. Il n’y aura jamais d’accord complet sur les faits de l’histoire, de l’anthropologie et de la théologie. Les femmes l’ont dit et répété.
S’il existe des preuves absolues que les femmes ne peuvent pas être rétablies dans le diaconat ordonné, on doit les présenter et prendre une décision.
Les femmes ont maintenant fini d’en parler.
https://www.ncronline.org/opinion/guest-voices/excuse-me-your-eminence-she-has-not-finished-speaking



