Après le texte du Vatican, le pape déclare à Jeannine Gramick : les personnes transgenres doivent être acceptées
Sr Jeannine Gramick.

Je suis très triste depuis le 8 avril 2024, date à laquelle le Dicastère du Vatican pour la doctrine de la foi a promulgué Dignitas Infinita, la Déclaration sur la dignité humaine. J’ai ressenti l’immense chagrin des personnes LGBTQ, de leurs familles et de leurs amis. Ce document énonce de nombreuses vérités belles et essentielles, mais la section sur la théorie du genre, qui condamne « l’idéologie du genre », nuit aux personnes transgenres que j’aime.
J’ai écrit au pape François pour lui faire part de ma tristesse et de ma déception face à l’utilisation du concept d’« idéologie du genre ». Il a répondu en partageant sa compréhension de cette idée – une compréhension que je n’avais jamais entendue auparavant.
Le pape François a écrit : « L’idéologie du genre est quelque chose d’autre que l’homosexualité. L’idéologie du genre est autre chose que les personnes homosexuelles ou transsexuelles. L’idéologie du genre met tout le monde sur un pied d’égalité sans tenir compte de l’histoire personnelle ». Je comprends l’inquiétude suscitée par ce paragraphe de Dignitas Infinita, mais il ne fait pas référence aux personnes transgenres, mais à l’idéologie du genre, qui annule les différences. Les personnes transgenres doivent être acceptées et intégrées dans la société.
Il m’a ensuite suggéré de lire un roman de Robert Hugh Benson, intitulé Lord of the World, qui, selon lui, dépeint « ce mouvement d’annulation des différences ». Le pape François avait cité publiquement ce roman britannique de 1907 lors d’un vol de retour des Philippines en 2015. Il a parlé aux journalistes de ce récit futuriste qui dépeint un monde où la sécularisation sans Dieu est imposée à ceux qui croient en la morale traditionnelle.
Le pape François qualifie cette suppression des différences de « colonisation idéologique » et estime que « l’idéologie du genre » en est un exemple, car les différences entre les personnes ne sont pas respectées. Reprenant l’exhortation apostolique du pape François de 2016, Amoris Laetitia, Dignitas Infinita, affirme que l’idéologie du genre « envisage une société sans différences sexuelles » (§ 59).
J’ai de nouveau écrit à notre pape bien-aimé pour lui dire que, malheureusement, aux États-Unis (et ailleurs dans le monde), l’« idéologie du genre » a une signification différente. Il ne s’agit pas d’annuler ou de ne pas respecter les différences. C’est tout le contraire : ceux qui utilisent ce terme ne prennent pas en compte ou ne respectent pas l’histoire et l’expérience du genre d’une personne. Je pense que les personnes qui utilisent le terme « idéologie du genre » n’ont probablement jamais accompagné de personnes transgenres.
J’ai dit au pape François qu’il y a de nombreuses années, je ne comprenais pas pourquoi certaines personnes transgenres cherchaient à changer de sexe, un terme utilisé par Dignitas Infinita pour décrire ce que les professionnels de la santé appellent des « interventions médicales visant à affirmer le genre ». Mais je n’ai pas vécu leur vie ni leurs expériences. Cependant, j’ai écouté leurs histoires. Et je me demande : « Que doit-on ressentir lorsqu’on vit dans un corps dont l’identité est contraire à la façon dont on croit que Dieu nous a créés dans notre âme ?
Les personnes transgenres ne décident pas volontairement que leur identité de genre diffère de leur apparence corporelle. Elles prennent cette décision après une longue période d’introspection, de réflexion, de détresse et de douleur. L’Église devrait aider à soulager la douleur afin que la personne puisse devenir un corps et un esprit comme Dieu l’entend. Si « c’est dans le corps que chacun se reconnaît », comme l’affirme Dignitas Infinita (§ 60), quel lourd fardeau l’Église fait peser sur la personne qui ne se reconnaît pas dans son corps de naissance !
Les personnes transgenres n’effacent ni ne nient les différences sexuelles ou de genre. C’est précisément parce que la personne transgenre sait qu’il y a des différences de genre qu’elle se rend compte que son corps ne correspond pas à son âme. Si « le corps sert de contexte vivant dans lequel l’intériorité de l’âme se déploie et se manifeste » (§ 60), comme l’affirme Dignitas Infinita, alors l’Église doit aider les personnes à ne faire qu’un avec leur corps et leur esprit pour refléter leur âme. L’Église doit soutenir ces interventions lorsqu’elles aident la personne à devenir une dans sa tête, son corps, son esprit et son âme.
En résumé, le pape François s’inquiète à juste titre que la société ne rende pas « tout le monde égal sans respect de l’histoire personnelle ». Mais dans notre culture, ceux qui utilisent le terme « idéologie du genre » font exactement cela en n’acceptant pas les différences dans la façon dont les personnes perçoivent leur identité de genre. Les personnes qui utilisent ce terme rendent donc tout le monde égal en ne respectant pas l’histoire individuelle et personnelle des gens.
Oh, quel problème majeur nous avons lorsque les mêmes mots ont des significations différentes pour des personnes différentes !
Je continue à espérer. J’espère que des milliers – non, des millions – de catholiques qui aiment leurs parents et amis transgenres diront à leurs proches, à leurs curés, à leur évêque et à tous ceux qui les écouteront que le pape François veut que les personnes transgenres soient « acceptées et intégrées dans la société », comme il me l’a écrit. Disons-le aussi fort que possible : le pape François ne veut pas que nous « annulions les différences ». Il veut que nous « respections l’histoire personnelle ».
Puisque le terme « idéologie du genre » est utilisé à l’opposé de la façon dont le pape François le comprend, éliminons ces mots de notre vocabulaire et commençons plutôt à honorer les différences. En fait, pendant que nous y sommes, travaillons à éradiquer ces mots et ce qu’ils impliquent de tous nos documents ecclésiastiques.


