Propositions économiques…
Gaël Giraud.
Des tentatives voient le jour en France pour alimenter un débat démocratique de qualité autour d’éléments de discussion factuels. De nombreux économistes, en particulier, sont intervenus dans le débat, le plus souvent pour analyser les propositions économiques de telle ou telle formation politique. Ainsi, d’Olivier Blanchard, tout en critiquant fortement le programme du RN, a tout de même pris parti en sa faveur contre celui du NFP, tandis que Jean Tirole préfère renvoyer le RN et le NFP dos-à-dos, là où Philippe Aghion, Jean Pisani-Ferry et beaucoup d’autres économistes optent, à des titres divers, pour le programme économique du NFP. Derrière le débat d’expert, toutefois, c’est notre vision de la société qui est en jeu.

Avec l’Institut Rousseau – un think tank français apparu en 2020 – et ses chercheurs associés, Gaël Giraud a coordonné une note consacrée àun certain nombre de points du programme économique du Nouveau Front Populaire (NFP). En particulier, elle fournit des éléments quantifiés montrant que les mesures de politique publique préconisées par le NFP sont à la fois pertinentes, réalistes et finançables.
Les principales contributions de cette note sont :
1) Une simulation numérique permet de prendre en compte le bouclage macro-économique du programme et de le comparer à un scénario de référence obtenu par prolongement des tendances récentes. Elle montre que le programme ne provoquera ni explosion du déficit public, ni récession, ni fièvre inflationniste. Au contraire, hormis la balance commerciale (légèrement dégradée, ce qui devrait être compensé par le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières prévu par l’UE), toutes les variables de l’économie française (PIB, dette, etc.) seront améliorées par les mesures du NFP. Qu’il soit impossible de mettre en œuvre une politique publique, quelle qu’elle soit, qui tourne tous les indicateurs macro-économiques au vert de manière simultanée est facile à comprendre : la cohérence interne de la comptabilité nationale (en gros, « rien ne se perd, rien ne se crée ») impose que la somme des variations des comptes de l’État, des entreprises, des ménages et du solde extérieur d’un pays (que ce soit la France ou un autre) soit toujours nulle. Par conséquent, il est impossible que l’Etat réduise son déficit et qu’en même temps les entreprises fassent davantage de profit, les ménages accroissent leurs revenus pendant que le déficit de la balance commerciale se réduirait. Si tous les indicateurs sont verts, sauf un, ce dernier est nécessairement rouge. C’est ce qui se passe, ici, avec la balance commerciale. Dit autrement, un programme alternatif qui aurait pour priorité de réduire le déficit de la balance commerciale de la France (ou de n’importe quel autre pays) le ferait nécessairement aux dépens de l’Etat ou de certaines entreprises ou de certains ménages[1].
2) La mise en œuvre de ce programme réduira les inégalités et le chômage, augmentera le pouvoir d’achat des citoyens tout en maintenant une inflation autour de la cible de 2%. Nous montrons que, non seulement la décarbonation est une chance pour l’économie française, mais que l’ensemble du programme du NFP constitue un gisement potentiel d’au moins 495 000 emplois nets en 5 ans (c.-à-d. incluant ceux qui devront être reconvertis ou abandonnés). La justice sociale et l’efficacité écologique ne sont pas les ennemis de l’emploi en France. Au contraire, ce sont ses meilleurs alliés.
3) Par ailleurs, la note confirme que l’enveloppe annuelle de 30 milliards d’euros pour la bifurcation écologique annoncée par le NFP est cohérente et en propose une version détaillée.
4) Enfin, la note suggère des canaux complémentaires et originaux de financement et de recettes, lesquels permettront de diminuer davantage encore le coût net des mesures. Elle considère par ailleurs qu’il est possible de dégager une marge de manœuvre budgétaire d’environ 20 milliards d’euros par an, en plus de ce qui a été envisagé jusqu’à présent par le NFP, sans nécessairement imposer au-delà de 50 % la tranche des plus hauts revenus.
Aujourd’hui, estime la note, le réalisme économique a changé de camp.


