« Intérêt général » : La fabrique de l’alternative
Intérêt général, est un laboratoire d’idées indépendant, composé de représentants des secteurs public, privé et universitaire, désireux de démontrer qu’une alternative est possible. Il a été initié le 7 mai 2019 par un manifeste appelant à fédérer par les idées afin de fabriquer l’alternative.
En réponse à l’imposture libérale et va-t’en-guerre, ses membres s’engagent en faveur d’une action publique véritablement progressiste et innovante, au seul service de l’intérêt général. Face aux urgences écologique, démocratique, sociale et internationale, ils proposent des orientations et des scénarios d’action concrets à la hauteur des enjeux de notre temps.
« Nous fondons nos travaux sur une approche interdisciplinaire alliant des champs et des méthodes variés. La contribution croisée d’universitaires, de hauts fonctionnaires et de militants a ainsi permis de produire des analyses et des propositions politiques nouvelles, sérieuses et précieuses pour le débat public. Notre méthode de travail veille ainsi à organiser les contributions de façon collégiale. À ce titre, les notes que nous publions sont collectives et non signées individuellement. Nous avons à cœur de fonder nos travaux sur les recherches universitaires et les pratiques politiques les plus actuelles. Notre laboratoire d’idées se veut une interface entre ces milieux et se fixe comme objectif premier de mener de la recherche politique. »
Intérêt général publié régulièrement des notes thématiques, dont la coordination est confiée à deux rapporteur·e·s volontaires, soutenu·e·s par une équipe d’animation. Tous les membres peuvent participer à l’élaboration des notes de leur choix et des intervenant.e.s extérieur.e.s peuvent être consulté.e.s durant le processus d’élaboration. Les notes sont débattues collégialement et adoptées au consensus. Elles ne sont pas signées individuellement.
Nous reproduisons ci-après le numéro 29 publié en mars 2023 :
Faire sauter les verrous – Les clés pour que la gauche ne capitule pas

C’est reparti. Un gouvernement tente à nouveau d’imposer « sa » réforme du système des retraites. Comme à chaque reprise, il affronte le refus populaire. Le peuple bat le pavé. La rivière menace de sortir de son lit. L’espoir d’un recul des dominants pointe à l’horizon. Que faudra-t-il faire alors ? Rentrer chez nous et espérer que le pouvoir entende, enfin, l’exigence populaire d’une autre politique ? Comme si la ligne droite des politiques néolibérales tracée par la succession des « réformes » avancées pratiquement tous les quatre ans depuis trente ans était sur le point de connaître la bifurcation tant attendue ?
« La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent », a ironisé un jour le physicien Albert Einstein. Peut-on imaginer qu’une victoire du mouvement social sur le projet de « réforme » des retraites concocté par le pouvoir actuel prépare autre chose qu’une nouvelle offensive, le moment venu ? Soit la logique d’un scénario sisyphéen condamnant le courant progressiste à ne s’autoriser qu’un unique espoir : celui de parvenir à repousser l’adversaire, assaut après assaut.
Si les retraites mobilisent tant, c’est qu’il y est en réalité question de tout ce qui n’est pas la retraite. C’est que, pour tous ceux qui descendent dans la rue, cette période de la vie représente la fin de ce qui a précédé : la fin de la précarité, la fin du chômage, la fin de l’épuisement, la fin des cadences, la fin du diktat managérial, la fin de l’injonction à la productivité, la fin de l’absurde… La retraite, c’est l’espoir de voir le temps ralentir, de se lever quand le sommeil est épuisé, de se libérer des emplois du temps contraints, de ne plus avoir à réfléchir aux moyens de gagner sa vie, de consacrer ses journées à autre chose qu’à l’optimisation de sa propre rentabilité. Parfois, c’est la première occasion de découvrir la planète sur laquelle on s’est agité toute une vie. La retraite incarne donc une sorte de miroir inversé du monde du travail contemporain : on défend la première, car on déteste le second.
Il n’en va pas autrement du côté du pouvoir. Loin de se limiter à un projet de modification de l’âge légal de départ à la retraite, la réforme actuelle cristallise les exigences d’un système : celles, budgétaires, de l’Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI) qui réclament la destruction des dispositifs par répartition ; celles du monde de la finance, qui asservit la vie des salariés à l’extraction des profits ; celles du patronat qui n’imagine pas qu’un citoyen puisse échapper au carcan du salariat ; celles d’un mode de production aveugle qui écrase les êtres et la planète.
Deux mondes s’affrontent donc actuellement. D’un côté, les possédants qui, banderille après banderille, réforme après réforme, travaillent patiemment à éreinter le mouvement social ; de l’autre, le peuple qui, en défendant les retraites, réclame en réalité la fin d’un système que seule la perspective d’y échapper quelques années avant de mourir rend encore tolérable. Alors, que faire ? Rentrer chez nous ou engager la bataille ? Attendre le prochain assaut néolibéral ou mettre à terre le système qui nous opprime ?
À nos yeux, l’heure du combat a sonné : dans la rue, dans les institutions et dans les urnes. Car nous ne changerons pas le monde sans prendre le pouvoir. Mais une fois conquis, il s’agira de le conserver et d’affronter les vents contraires avec lucidité et détermination. Pour y parvenir, il faudra livrer bataille : autant s’y préparer. Cela commence par la cartographie des verrous imaginés par nos adversaires pour défendre leurs privilèges.



