Historicité des évangiles
Mark Sandlin (pasteur de l’Église presbytérienne du Sud des États-Unis).

Pourquoi dites-vous que les récits des Évangiles sont du genre des midrash juifs plutôt que du genre historique ?
C’est un fait que la lecture midrashique des évangiles nous rapproche de l’intention de leurs auteurs, mais aussi certainement de la manière dont les juifs les lisaient à l’époque.
D’ailleurs il est vraiment difficile de lire aujourd’hui les évangiles comme des textes historiques. Je n’en donne qu’un exemple, celui du récit de Noël.
S’il s’agissait d’une relation historique, les deux textes de Matthieu et de Luc dont nous disposons seraient moins contradictoires. Ils auraient au moins davantage d’éléments en commun.
De plus une histoire aussi remarquable n’aurait pas manqué d’être mentionnée par les premiers auteurs du Nouveau Testament, comme Paul dans ses épitres ou comme Marc dans son Évangile.
D’ailleurs les documents historiques de l’époque ne confirment pas plusieurs éléments de ces récits – comme le massacre des enfants de Bethléem par le roi Hérode.
Cette idée de la non-historicité des récits évangéliques peut sembler dévastatrice à ceux qui y ont été baignés depuis leur enfance, mais il faut reconnaître que les lire comme des midrash leur donne beaucoup plus de signification que s’ils se bornaient à rapporter une réalité historique. Il en est d’ailleurs de même de la vérité du Père Noël qui ne perd en rien de sa fraicheur lorsqu’on n’y croit plus.
Prenons, par exemple, les deux récits de la naissance virginale de Jésus. L’idée d’une naissance sans homme était, à l’époque comme aujourd’hui, une impossibilité absolue : un tel récit avait évidemment un sens plus profond qui suggérait que Jésus entrait dans un voyage sacré intemporel. Le midrash est un style d’écriture qui manifeste que telle vérité est éternelle et concerne les générations futures.
Matthieu et Luc ne se bornaient pas à rapporter l’histoire de Jésus, mais, comme le dit John Spong, le « canonisaient à un niveau mythique ».
Les juifs de l’époque étaient familiers du style midrashique et en comprenaient l’intention. Lorsque le christianisme s’est ouvert aux non juifs, ceux-ci ne comprenaient plus compris la tradition midrashique. En redécouvrir l’esprit de non-historicité n’est en rien une perte de signification, bien au contraire, c’est nous rapprocher de la mentalité de leurs auteurs et approfondir notre compréhension de la spiritualité des événements racontés et nous faire mieux comprendre le sens du ministère de Jésus.
http://protestantsdanslaville.org/gilles-castelnau-spiritualite/gc942.htm



