Le pape François nomme 21 nouveaux cardinaux, consolidant ainsi son héritage
Christopher White.
Le 6 octobre, le pape François a annoncé qu’il allait créer 21 nouveaux cardinaux, donnant ainsi au souverain pontife de 87 ans une nouvelle occasion de consolider son héritage en nommant 80 % des hommes qui éliront un jour son successeur.
Le pape a fait cette annonce surprise à la fin de sa prière hebdomadaire de l’Angélus, depuis une fenêtre du palais apostolique donnant sur la place Saint-Pierre. Le consistoire des nouveaux cardinaux aura lieu au Vatican le 8 décembre, en la solennité de l’Immaculée Conception.
Les nouveaux cardinaux élus viennent de six continents, dont des évêques d’Australie, du Canada, d’Indonésie et d’Iran. Onze des nouveaux bonnets rouges seront attribués à des évêques et à des prêtres d’ordres religieux.
Sur les 21 nouveaux cardinaux, 20 sont âgés de moins de 80 ans et pourraient voter lors d’un conclave papal. À partir du 8 décembre, avec les nouveaux ajouts, le nombre total de cardinaux électeurs sera de 140, dépassant de loin la limite de 120 fixée par le pape Paul VI en 1975. Les papes Jean-Paul II et Benoît XVI ont également dépassé ce nombre à différents moments de leur pontificat.
À l’issue du consistoire du 8 décembre, 112 des cardinaux électeurs éligibles auront été nommés par François, 23 par Benoît XVI et 5 par Jean-Paul II.
Parmi les noms les plus notables figure celui du dominicain Timothy Radcliffe, ancien maître de l’ordre dominicain. Radcliffe, 79 ans, a été effectivement exilé des cercles du Vatican sous les papes Jean-Paul II et Benoît XVI, mais l’accent qu’il met sur la théologie pastorale a été mis en valeur par François, qui a invité le frère dominicain à diriger les retraites spirituelles pour les synodes de 2023 et 2024 sur la synodalité.
L’archevêque Francis Leo de Toronto, au Canada, figure également sur la liste. Cet homme de 53 ans, relativement peu connu, a été choisi pour diriger le plus grand diocèse du Canada en 2023 : il est considéré comme l’une des nominations les plus importantes du pape en Amérique du Nord.
Seuls deux fonctionnaires du Vatican figuraient parmi les noms nouvellement annoncés : le père Fabio Baggio, originaire de Scalabre, qui dirige la division des migrants et des réfugiés du Dicastère du Vatican pour le développement humain intégral, et Mgr George Jacob Koovakad, qui est actuellement le principal organisateur des voyages du pape à l’étranger.
La liste complète des nouveaux cardinaux nommés :
Mgr Angelo Acerbi, Nonce apostolique ;
Mgr Carlos Gustavo Castillo Mattasoglio, archevêque de Lima (Pérou) ;
Mgr Vicente Bokalic Iglic Cm, archevêque de Santiago Del Estero (primat d’Argentine) ;
Mgr Luis Gerardo Cabrera Herrera, archevêque de Guayaquil, Équateur ;
Mgr Fernando Natalio Chomalí Garib, archevêque de Santiago du Chili, Chili ;
Mgr Tarcisio Isao Kikuchi, archevêque de Tokyo, Japon ;
Mgr Pablo Virgilio Siongco David, archevêque de Kalookan, Philippines ;
Mgr Ladislav Nemet, archevêque de Belgrade, Serbie ;
Mgr Jaime Spengler, archevêque de Porto Alegre, Brésil ;
Mgr Ignace Bessi Dogbo, archevêque d’Abidjan, Côte d’Ivoire ;
Mgr Jean-Paul Vesco, archevêque d’Alger, Algérie ;
Mgr Paskalis Bruno Syukur, évêque de Bogor, Indonésie ;
Mgr Dominique Joseph Mathieu, archevêque de Téhéran Ispahan, Iran ;
Mgr Roberto Repole, archevêque de Turin, Italie ;
Mgr Baldassare Reina, évêque auxiliaire de Rome et vicaire général du diocèse de Rome ;
Mgr Francis Leo, archevêque de Toronto, Canada ;
Mgr Rolandas Makrickas, archiprêtre coadjuteur de la basilique papale Sainte-Marie-Majeure ;
L’évêque Mykola Bychok de l’éparchie ukrainienne Saints Pierre et Paul de Melbourne, Australie ;
Dominicain Fr. Timothy Peter Joseph Radcliffe, ancien maître de l’Ordre dominicain ;
le père Fabio Baggio, sous-secrétaire de la section « Migrants et réfugiés » du dicastère pour la promotion du développement humain intégral ; et
Mgr George Jacob Koovakad, fonctionnaire de la Secrétairerie d’État du Vatican, responsable des voyages.

Commentaire de Michael Sean Winters
La nomination des cardinaux par le pape François réserve toujours de nombreuses surprises. La nouvelle série de 21 cardinaux, annoncée le 6 octobre, ne déroge pas à la règle.
Le pape a ses raisons pour les hommes qu’il a choisis mais, dans l’ensemble, ces raisons sont opaques pour le reste d’entre nous. Il ne cherche pas à « envoyer des signaux ». Les papes précédents ont décerné le chapeau rouge à des hommes qui dirigeaient des archevêchés importants, mais la plupart des noms annoncés dimanche ne proviennent pas d’archevêchés importants.
Si François avait voulu « empiler les cartes » pour le prochain conclave, il aurait pu choisir des hommes ayant des liens communs, mais cette liste ne présente aucun schéma de ce type. D’une manière ou d’une autre, ces hommes sont apparus sur l’écran radar du pape et il a décidé qu’il pensait qu’ils devaient faire partie du club le plus exclusif du monde.
Presque tous les noms de la liste ont été, d’une certaine manière, une surprise.
Par exemple, l’Australie n’a plus de cardinal depuis la mort du cardinal George Pell, mais au lieu de nommer l’un des archevêques les plus en vue de Brisbane, Melbourne ou Sydney, le pape a choisi l’évêque Mykola Bychok de l’éparchie ukrainienne Saints Pierre et Paul de Melbourne. Il n’a que 44 ans.
Au Pérou, Mgr Miguel Cabrejos, archevêque franciscain de Trujillo, a été président de la conférence épiscopale de ce pays et président du CELAM, la conférence continentale pour toute l’Amérique latine et les Caraïbes. S’il avait été choisi, il serait devenu papabile instantanément, mais il a été écarté au profit de Carlos Gustavo Castillo Mattasoglio, l’archevêque de Lima.
Une autre surprise est venue de la curie romaine. Le pape a nommé le père Fabio Baggio, sous-secrétaire de la section « Migrants et réfugiés » du dicastère pour la promotion du développement humain intégral. Ce dicastère compte désormais deux cardinaux, M. Baggio et le cardinal jésuite Michael Czerny. L’importance accordée par le pape à la prise en charge des migrants et des réfugiés a sans aucun doute joué un rôle dans le choix de M. Baggio.
Toronto aura deux cardinaux électeurs, au moins pour quelques années. Le pape a nommé l’archevêque actuel, Francis Leo, même si son prédécesseur, le cardinal Thomas Collins, n’a que 77 ans et qu’il lui reste trois ans d’éligibilité pour voter lors d’un conclave. Habituellement, un pape attend que son prédécesseur ait atteint l’âge de la retraite avant de décerner le chapeau rouge au nouveau venu.
Le choix du dominicain Timothy Radcliffe, qui vient de terminer une retraite de deux jours au début du synode à Rome, est moins surprenant. L’année dernière, Radcliffe avait également dirigé cette retraite et ses réflexions puissantes avaient trouvé un écho auprès de nombreuses personnes.
Aucun Américain ne figure sur la liste, ce qui n’est pas surprenant puisque 20 Américains ont déjà le droit de vote. Je n’ai trouvé qu’un seul lien avec les États-Unis parmi les nouveaux cardinaux : l’archevêque Rolandas Makrickas, archiprêtre coadjuteur de 52 ans de la basilique Sainte-Marie-Majeure à Rome, a été conseiller à l’ambassade du Vatican à Washington pendant plusieurs années au cours de la dernière décennie.
Il est difficile de savoir dans quelle mesure ces nouveaux cardinaux assureront la sélection d’une personne déterminée à perpétuer l’héritage de François. Après tout, les cardinaux qui se sont réunis en 2013 avaient tous été sélectionnés par les papes Jean-Paul II et Benoît XVI.
Je me demande également combien de ces hommes se connaissent. En 2022, après un consistoire, le pape a demandé à tous les cardinaux de participer à une réunion de deux jours au cours de laquelle de nombreuses questions relatives à la réforme curiale ont été abordées, notamment la nécessité d’intégrer des laïcs dans l’organe administratif central du Vatican. Cette réunion de deux jours a également permis aux cardinaux d’apprendre à se connaître.
Il serait judicieux que François organise une autre réunion de ce type en décembre, lorsque les nouveaux cardinaux recevront officiellement leur chapeau rouge.



