Des questions
Greta Vosper, Église Unie du Canada
Les prédicateurs utilisent fréquemment comme des métaphores les mots tels que « résurrection », « salut », « Ascension », « naissance virginale », « Fils unique du Père » ou « Seigneurie du Christ ». Et si on leur demande d’en préciser le sens, ils n’osent pas répondre qu’on ne doit pas les prendre à la lettre. Ils considèrent qu’une métaphore est une sorte de langage codé naturellement utilisé dans les offices religieux et destiné seulement à créer une ambiance de mystère.
Par exemple, seuls ceux qui seront venus à l’église le jour de l’Ascension où nous aurons, bien entendu, expliqué le nouveau sens que nous donnons désormais à ce mot, le comprendront lorsqu’ils l’entendront prononcer à nouveau. Mais les autres en resteront à l’image d’un Jésus navigant dans le ciel entre les nuages et s’imagineront que nous y croyons vraiment. Maintenir une équivoque théologique, comme nous le faisons trop systématiquement, nuit sérieusement à la crédibilité de notre prédication, sauf peut‐être aux yeux des fidèles les plus traditionalistes.
Voici des questions que nous pourrions soulever, pour commencer, dans nos groupes de réflexion et dans nos différents conseils.
• si nous croyons que le divin, que nous nommons généralement Dieu, est partout et toujours autour de nous et en nous, pourquoi continuons‐nous à l’invoquer, à lui demander de nous écouter, de nous répondre et d’intervenir pour nous ? N’y a‐t‐il pas d’autres manières d’exprimer notre foi en sa présence et en sa disponibilité ?
• si nous croyons que nous sommes créés beaux et saints et que le divin demeure en
nous, avons-nous besoin d’être purifiés du péché originel par le baptême ? Est‐il même nécessaire que nous en soyons sauvés ? Et sinon, pourquoi continuer à en parler ?
• si la présence dans le monde du mal et de la souffrance contredit l’idée que Dieu est juste et bon, pourquoi continuer à prier Dieu comme s’il dirigeait toute chose ? Quel nouveau langage devrions-nous trouver et quel style de prière proposer ?
• si nous ne croyons pas que le christianisme a le monopole de la vérité, ne devrions‐nous pas éliminer ou modifier les cantiques et les prières qui semblent le prétendre ? Ne devrions‐nous pas corriger tout ce qui contredit notre théologie et notre spiritualité ? L’honnêteté et la clarté ne sont‐elles pas plus importantes que nos traditions ?
• si la Bible a été écrite par des hommes qui rendaient compte de leur expérience de Dieu avec les conceptions et les préjugés de leur époque, pourquoi fonder sur elle toute notre vie cultuelle ? Ne pourrions‐nous pas utiliser dans le culte d’autres lectures d’où émanerait également profondeur et sagesse ? Ne pourrions‐nous pas prêcher aussi sur ces textes, surtout lorsque la lecture du jour présente un Dieu injuste et une morale obsolète ?
• si Jésus, qui est au centre des évangiles et que nous nommons le Seigneur de l’Église, n’est pas le seul Fils de Dieu, pourquoi ses paroles seraient‐elles plus importantes que celles d’Emmanuel Kant, du Mahatma Gandhi ou de Martin Luther King ? Qu’a‐t‐il lui de plus que les autres penseurs de notre monde ? N’est‐ce pas prendre une attitude infantile et irresponsable que de lui attribuer la place suprême à la droite du Père ?
• si la mort de Jésus sur la croix n’est pas le sacrifice qui sauve, quel est le sens de la sainte cène/eucharistie ? Pourrait‐on imaginer d’autres symboles d’où émanerait une force semblable ou doit‐on y renoncer ?
C’est le propre d’une Église institutionnalisée d’accorder une valeur ultime et absolue aux dogmes et aux rites. Il nous faut maintenant y renoncer et nous impliquer de manière plus responsable et plus profonde avec nous‐mêmes, avec les autres, avec le monde et avec le divin.
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