Le pape dénonce la « crise majeure » des plans d’expulsion massive de Trump et rejette la théologie de Vance
Christopher White.
Le pape François a envoyé une lettre aux évêques américains décrivant la « crise majeure » déclenchée par les plans d’expulsion massive du président Donald Trump et rejetant explicitement les tentatives du vice-président J.D. Vance d’utiliser la théologie catholique pour justifier la répression de l’administration en matière d’immigration.

« L’acte d’expulsion de personnes qui, dans de nombreux cas, ont quitté leur propre pays pour des raisons de pauvreté extrême, d’insécurité, d’exploitation, de persécution ou de grave détérioration de l’environnement, porte atteinte à la dignité de nombreux hommes et femmes, et de familles entières, et les place dans un état de vulnérabilité particulière et sans défense », lit-on dans la lettre du pape du 11 février.
Depuis son entrée en fonction le 20 janvier, le président républicain a pris plus de 20 mesures exécutives visant à réformer le système d’immigration américain, y compris des plans visant à accélérer les expulsions de migrants sans papiers et à interrompre le traitement des demandeurs d’asile.
La lettre du pape, publiée par le Vatican en anglais et en espagnol, exprime sa solidarité avec les évêques américains engagés dans la défense des droits des migrants et établit un parallèle entre l’expérience de Jésus en tant que migrant et la situation géopolitique actuelle.
« Jésus-Christ n’a pas vécu en dehors de l’expérience difficile d’être expulsé de sa propre terre en raison d’un risque imminent pour sa vie, et de l’expérience de devoir se réfugier dans une société et une culture étrangères à la sienne », écrit François.
Bien que la lettre reconnaisse le droit de chaque pays à adopter les politiques nécessaires pour se défendre et promouvoir la sécurité publique, le pape a déclaré que toutes les lois doivent être adoptées « à la lumière de la dignité de la personne et de ses droits fondamentaux, et non l’inverse ».
Le pontife poursuit également en rejetant clairement les efforts visant à caractériser les migrants comme des criminels, un dispositif rhétorique fréquent utilisé par les responsables de l’administration Trump.
« La conscience correctement formée ne peut manquer de porter un jugement critique et d’exprimer son désaccord avec toute mesure qui identifie tacitement ou explicitement le statut illégal de certains migrants à la criminalité », écrit le pape.
Peu après l’entrée en fonction de Donald Trump, le vice-président J.D. Vance, récemment converti au catholicisme, a tenté de défendre la politique migratoire de l’administration en faisant appel au concept d’ordo amoris de saint Thomas d’Aquin.
Il suffit de googler « ordo amoris » », a posté Vance sur les réseaux sociaux le 30 janvier, en réponse aux critiques qu’il a reçues à la suite d’une interview accordée à la chaîne Fox News.
Au cours de cette interview, Vance avait déclaré : « Vous aimez votre famille, puis vous aimez votre voisin, puis vous aimez votre communauté, puis vous aimez vos concitoyens dans votre propre pays. Ensuite, vous pouvez vous concentrer sur le reste du monde et lui donner la priorité ».
Sans mentionner directement le nom de Vance, François a utilisé sa lettre du 11 février pour rejeter directement cette interprétation de la théologie catholique.
Le véritable ordo amoris qu’il faut promouvoir est celui que nous découvrons en méditant constamment la parabole du « Bon Samaritain », c’est-à-dire en méditant sur l’amour qui construit une fraternité ouverte à tous, sans exception », a écrit le pape.
Depuis son élection en 2013, François est devenu l’un des défenseurs les plus virulents du monde. Sa dernière lettre marque toutefois un rare moment où le pontife se soit directement immiscé dans les débats politiques d’un pays.
Dans cette lettre, il affirme qu’il s’agit d’un « moment décisif de l’histoire » qui nécessite de réaffirmer « non seulement notre foi en un Dieu toujours proche, incarné, migrant et réfugié, mais aussi la dignité infinie et transcendante de toute personne humaine ».
« Ce qui est construit sur la base de la force, et non sur la vérité de l’égale dignité de chaque être humain, commence mal et finira mal », a averti le pape.
Dans un bref message sur les réseaux sociaux, la conférence épiscopale américaine a partagé la lettre du pape avec ses fidèles en ligne.
« Nous sommes reconnaissants du soutien, de l’encouragement moral et des prières du Saint-Père aux évêques, en affirmation de leur travail de défense de la dignité de la personne humaine donnée par Dieu », peut-on lire dans la déclaration.



