Réhabiliter la sainteté ordinaire des prêtres
Jean Doussal.
7ème dimanche ordinaire Année C
Dans La Croix du 2 février 2025, le Père Benjamin Latouche témoigne
« Cela fait dix ans que je suis prêtre. Presque dix ans que les abus et emprises exercés au sein de l’Église font régulièrement la une des médias. L’abbé Pierre semblait être le portrait type du prêtre à la française accepté de tous. Au-delà des réformes d’Église nécessaires, au-delà des préconisations de la Ciase (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église), il y a des prêtres généreux et discrets qui tentent de maintenir du lien social.
Ils sont moins charismatiques que l’abbé Pierre, mais la fécondité de leur vie n’est pas à douter. Ils ne sont pas des mythes. Ils s’incarnent dans le monde présent. Et je pense important de réhabiliter la sainteté ordinaire de ces prêtres » [1].
Ses arguments suscitent une avalanche de commentaires le plus souvent d’encouragements, mais aussi de réserves : « Les prêtres sont avant tout des hommes comme les autres. Bien évidemment nous connaissons tous des prêtres engagés, admirables. Mais la fonction n’a jamais fait la sainteté. » Par l’onction conférée, le leurre ne serait-il pas institutionnel, y compris pour les prêtres ordinaires ?
Dans le livre de Samuel (Première lecture de ce dimanche) si Saül avait été un « criminel » ordinaire, sa tête aurait été tranchée et exhibée à la vue de toute la population. Mais Saül a reçu l’onction divine… La lecture des chapitres 24 et 26 donne au geste de David, une profondeur qui va bien au-delà d’une simple déférence à l’égard des autorités instituées. Le « Père Saül » reconnaît « son fils David » avec émotion et affection : « Tu es plus juste que moi, car tu m’as fait du bien et moi je t’ai fait du mal… » (24, 17-18) L’un des « collaborateurs » de Saül, interpelle David : « Qui es-tu toi qui appelles ? » David renvoie le courtisan à ses responsabilités vis-à-vis de celui qu’il prétend servir (26, 15).
Dès lors et pour la seconde fois, le dialogue se poursuit entre le « Père Saül » et le « fils David ».
Celui-ci demande que la situation soit clarifiée, et met le Responsable devant ses responsabilités : « Si c’est le Seigneur qui t’excite contre moi, qu’il soit apaisé par une offrande, mais si ce sont des humains, qu’ils soient maudits devant le Seigneur, car ils m’ont banni aujourd’hui, en sorte que je ne participe plus à l’héritage du Seigneur… » (26,19)
Un dialogue fort, toujours actuel où « prêtres » et « fidèles » ont à se remettre en cause. « Oui j’ai agi en insensé et je me suis lourdement trompé » dit le « ministre ordonné ». Tandis que le fidèle reconnaît le caractère « sacré/institutionnel » de ceux qui le mettent à l’épreuve : « De même que ta vie a compté beaucoup à mes yeux en ce jour, ainsi ma vie comptera beaucoup au regard du Seigneur et il me délivrera de toute angoisse. » (26, 24)
Le « Père Saül », sauvé par la qualité spirituelle du « fidèle » David. La Fondation Abbé Pierre débaptisée du titre de l’un de ses fondateurs, mais sauvée par ses « compagnons ». Qu’en est-il de l’onction divine sur Henri Grouès ? – La communauté Emmaüs s’interroge, nous avec elle. L’Évangile du jour apporte-t-il une première réponse ? – « Faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour […] Donnez et l’on vous donnera […] Car la mesure dont vous vous servez pour les autres servira de mesure aussi pour vous ». Compagnons d’Emmaüs : Merci…
[1] https://www.la-croix.com/a-vif/apres-les-revelations-sur-l-abbepierre-rehabilitons-la-saintete-des-pretres-ordinaires-20250202?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=NEWSLETTER__CRX_AVIF_EDITO&utm_content=20250208Source : Golias Hebdo n° 853, p.19




