Le mythe du Déluge, histoire et actualité
Colette Deremble (Saint-Merry Hors-les-Murs).

Au moment où les inondations se multiplient partout et où les spécialistes du climat nous expliquent que le dérèglement climatique met en danger l’existence même du Vivant sur la planète, il nous a paru intéressant de réfléchir au mythe du Déluge. Cette chronique vous sera présentée en trois épisodes.
Un mythe n’a pas pour fonction de raconter de belles histoires : il rend compte de manière poétique, symbolique, des questionnements fondamentaux de l’humanité sur la vie et la mort, la relation aux autres, à Dieu, à la politique, à l’économie… C’est un vecteur d’interprétation du monde, de schéma de salut, de justification de l’espérance. Le Déluge, effroyable catastrophe à laquelle on survit, est un mythe parmi les plus universels. Sans doute parce que les expériences d’inondations ont pu laisser des traces terribles dans les mémoires, de l’Inde à la Chine, de la Mésopotamie à l’Amérique du sud, on a inlassablement utilisé cette image pour exorciser notamment l’angoisse de la mort. Un mythe, par sa plasticité, est toujours actuel. Pour l’être, il utilise des images simples, susceptibles de résonner diversement dans l’imaginaire et de servir de clef de lecture à des moments différents de l’histoire. Dans le Déluge, l’image clef est l’eau, qui a une symbolique plurielle et ambivalente : elle peut détruire mais aussi purifier, purifier parce qu’elle détruit et qu’on peut alors reconstruire sur de nouvelles bases. Elle est accompagnée d’images secondaires, la montagne, la barque, l’oiseau.
Le mythe de la Genèse puise son inspiration de versions mésopotamiennes. En Mésopotamie, le mythe Déluge, dont on a des traces écrites depuis les années 2100 avant notre ère, nous parvient principalement à travers deux œuvres majeures : le mythe babylonien d’Atrahasis (dont la mise par écrit semble pouvoir être datée de 1635 avant notre ère) et l’épopée de Gilgamesh, reprise, à la fin du 2e millénaire, de ces anciennes versions.



