L’ordre de l’amour et les migrants
José Arregi nous propose ici les premiers paragraphes de l’article Juan Carlos Pinzón publié cette semaine dans la section « International » du journal El País. Un seuil de lumière.

Luis Carlos Pinzón.
Chers lecteurs,
Notre monde est capable de surprendre l’imagination la plus audacieuse. À tel point que si quelqu’un m’avait dit que le pape François et le vice-président américain J. D. Vance allaient se livrer à une discussion théologique sur l’amour, je l’aurais pris pour un fou. Cependant, cette bataille semble être l’une des rares à mériter d’être sauvée de l’avalanche de nouvelles en provenance de la Maison-Blanche, dans l’« effet d’inondation » que Trump a eu sur l’actualité politique et que la rédactrice en chef du journal a analysé dans sa lettre de la semaine dernière. Il s’agit donc d’une pause philosophique pour réfléchir à l’état et à l’avenir de notre société.
Permettez-moi de résumer. Il y a une quinzaine de jours, Vance a posté sur X un message invitant à rechercher sur Google l’expression ordo amoris. Ce concept, développé par Saint Augustin dans ses Confessions, reflète les préoccupations de l’évêque sur ce que devrait être la hiérarchie en matière d’amour. En d’autres termes, que devons-nous aimer en premier et dans quelle mesure ? Pour le vice-président – catholique depuis 2019 – l’ordo amoris justifie la politique migratoire de son gouvernement, car il assure qu’il faut d’abord aimer la famille, puis sa propre communauté et, enfin, le « reste du monde ».
Pour le souverain pontife, qui a répondu dans une lettre aux évêques américains, l’ordo amoris est celui que l’on découvre en méditant la parabole du « Bon Samaritain » : l’amour qui « construit une fraternité ouverte à tous, sans exception ».
Le monde traverse des temps difficiles et, comme je vous le disais lors de l’entrée en fonction de Trump, la méfiance entre les hommes a remplacé la solidarité et la justice. Dans ce contexte, ce débat sur l’amour – ce mot qui deviendra demain l’aliment du consumérisme le plus vorace – est en quelque sorte l’autre extrême de la haine et du désespoir ambiants, surtout lorsque le président américain menace d’« ouvrir les portes de l’enfer ». L’amour n’est pas seulement urgent, il est aussi utile, dans la mesure où il m’a permis de hiérarchiser différemment les notes avec lesquelles je dois vous raconter les principales nouvelles internationales.
(Publié dans El País le 13/02/2025)
https://josearregi.com/es/el-orden-del-amor-y-los-migrantes/



