Femmes et Église
Plan de l’intervention de Gilbert Clavel le 3 mai 2025 (Assemblée générale de NSAE).

Question de recherche
Pourquoi cette crispation (cet interdit) de l’Église romaine sur la triple question qui relève de la même problématique : celle de l’accès des femmes aux ministères dits sacrés (plutôt pastoraux pour moi) ; celle de l’obligation du célibat des prêtres ; celle de la morale sexuelle.
I. Fondements anthropologiques anciens. Trois concepts font système : patriarcat-impureté-infériorité.
1 Patriarcat : forme d’organisation sociale quasi universelle fondée sur l’autorité domestique du Père et le statut de supériorité politique et économique
2 Infériorité ontologique de la femme
Les Grecs : L’incomplétude biologique de la femme
Thomas d’Aquin : supériorité de l’homme, infériorité de la femme
Une continuité de pensée philosophique jusqu’au XXe siècle.
Chez la plupart des philosophes : Kant, Spinoza, Rousseau, Nietzsche, etc., même Sartre
Permanence de la mythologie médicale jusqu’au XIXe : Des justifications scientifiques pour maintenir l’ordre social
3 Impureté des femmes
Conception partagée par les grandes cultures et religions
Dans le judaïsme biblique
- La problématique du pur/impur traverse toute la vie sociale et cultuelle :
- Séparer le pur et l’impur, sacré et le profane : rôle de la fonction sacerdotale
II. Christianisation de la problématique pur/impur : c’est la corporéité de la femme qui fait problème et au-delà la sexualité
1 La femme comme « porte du diable »
2. Exigences d’une sexualité chrétienne ascétique qui repose sur l’évitement d’un contact de la part de ou avec les femmes autant que faire se peut
Les images dépréciatives du corps féminin
Influence de Saint-Augustin sur l’Église : (354-430) : le péché de la chair
La virginité est préférable et supérieure au mariage.
D’où la construction d’une morale ascétique encadrant la sexualité
3. Une construction de l’Église fondée sur la sexualité comme péché de la chair
3.1. Le cléricalisme
Vers la légitimation des ministères : l’enjeu du don de l’Esprit
La distribution de l’Esprit devient le monopole d’un pouvoir institué, l’évêque.
L’émergence de la distinction clercs/laïcs
3.2. La femme exclue du champ sacré : Intégration des interdits dans le Droit Canon
Avant le Moyen-Age : le diaconat est restreint aux femmes ménopausées, puis interdit aux femmes ; les femmes sont exclues de l’autel.
Si le Droit canon promulgué en 1917 (Codex Iuris Canonici) apporte quelques allègements sur les interdits, il n’en contient pas moins des canons reposant sur la supposée « impureté rituelle » de la femme.
Le nouveau droit canonique de 1983 n’est plus basé sur des interdits mais sur des possibilités.
III. Lecture critique des textes et de l’histoire au regard de l’anthropologie moderne
1. Les fondements du modèle clérical : masculin, hiérarchique, sacerdotal, cultuel : La Lettre aux Hébreux : fin des sacrifices ou nouvelle organisation sacerdotale ?
La centralité d’un sacerdoce sacrificiel chrétien : la notion de Transsubstantiation.
L’obligation de célibat renforce la séparation entre clercs et laïcs, le centrage sur l’Eucharistie comme sacrifice.
2. Le mythe de la Création : enquête sur Ève et le péché originel : 2 récits
Le récit « sacerdotal » (Gn 1) le plus récent : « mâle et femelle il les créa »
Le récit « yahviste » (Xe ou IXe siècle avant J.C.) : 2 lectures (patriarcale et moderne)
En finir avec le péché originel : on ne naît pas pécheur, on le devient.
3. Saint-Paul et les femmes : critique d’une lecture misogyne de Paul
1. Les écrits postérieurs à la mort de Paul : le vocabulaire de la soumission [1].
2. Paul soucieux des contextes locaux et culturels de son époque
3. La fraternité nouvelle transcende toutes les différences
4. Des femmes en responsabilité
4. Jésus et les femmes
Jésus célibataire, se démarquant de son entourage familial.
Des femmes disciples dès le début ; témoins de la Mort et de la Résurrection, et envoyées ; présentes au dernier repas et à la Pentecôte.
Les femmes ne sont pas condamnées à l’intendance
Jésus sensible au malheur et à la misère sociale
Jésus inverse la question de l’impureté
Des femmes pécheresses et pardonnées
Une femme, libérée de son infirmité, est nommée fille d’Abraham
Jésus passeur de frontières
Jésus défenseur des femmes
5. La Cène, exemple de représentation qui a traversé les siècles
Qui peut présider l’eucharistie ?
Référence à la succession apostolique masculine : Jean-Paul II dans Mulieris Dignitatem (§ 26) : « Les Douze étaient avec le Christ lors de la dernière Cène. Eux seuls ont reçu la charge sacramentelle “faites ceci en mémoire de moi” qui est liée à l’institution de l’Eucharistie ».

Si Luc et Marc ne mentionnent que les Douze, Matthieu et Jean affirment que l’ensemble des disciples (mathêtai) étaient présents à la Cène, et ont donc été missionnés pour faire mémoire de ces paroles instituantes, et parmi eux des femmes.
Mc 14, 17-25 : « Le soir venu il arrive avec les Douze… Pendant le repas il prit du pain,…, il le rompit, le leur donna et dit…. »
Luc 22, 7-20 il envoie Pierre et Jean… « et quand ce fut l’heure il se mit à table, et les apôtres avec lui… » mais en 22, 29 « il sortit et se rendit comme d’habitude au mont des Oliviers et les disciples le suivirent »
Mt 26, 26 « Jésus prit du pain et, après avoir prononcé la bénédiction, il le rompit et le donna à ses disciples en disant : “prenez et mangez, ceci est mon corps” »
Jn 13,5 : « … et commence à laver les pieds des disciples… »
Perspectives
3 axes visant rendre crédible l’Eglise et la réconcilier avec l’anthropologie moderne : Pour une démocratie sexuelle, Pour une démocratie de gouvernement, Pour une démocratie spirituelle
I. Pour une démocratie sexuelle comme sortie de la confusion entre sacré et sexualité. Égalité baptismale au-delà des genres. Sainteté (dynamique) plutôt que sacré (qui fixe, immobilise).
A. Se libérer de l’impureté sexuelle comme sédiment majeur
1. Archéologie des gestes et discours
2. Repartir de l’Évangile pour évangéliser l’anthropologie moderne
- Cf. Comenius ou Poulain de la Barre (1647-1723) : une critique radicale de « l’inégalité des sexes » par une relecture critique des Écritures
- Les gestes et paroles de Jésus : l’impur n’est pas là où on le pense
3. Repenser la morale sexuelle de l’Église au regard de l’anthropologie moderne
B Lever l’obligation de célibat des prêtres
C. Repenser la vocation : Une femme peut-elle être appelée par Dieu à l’ordination ?
La vocation n’a pas de genre. L’Esprit n’appartient à aucun sexe, aucune culture particulière, aucune condition sociale. Nous sommes « […] tous baptisés dans un seul Esprit […], nous avons tous été abreuvés d’un même Esprit », dit Saint-Paul (I Co 12,13)
D. Élargir l’accès des ministères aux personnes mariées et aux femmes
E. Repenser les ministères à partir des besoins des communautés et de nouvelles ressources humaines, diversifiées.
F. Plus globalement repenser l’ensemble des missions, fonctions, services.
II– Pour une démocratie de gouvernement comme sortie du cléricalisme
III- Pour une démocratie spirituelle : des hommes et des femmes côte à côte, missionnaires et prophètes (cf. baptême)
A. Inverser la problématique cléricale du sacré : la sainteté au centre
1. L’appel à la sainteté : une tradition prophétique
2 La dynamique de la sainteté libère des sédiments de l’histoire
3. Un pas fait par Vatican II : La (ré)affirmation d’une égalité foncière de l’homme et de la femme, tant du point de vue théologique que social, culturel, juridique ou marital, mais pas pour tous les services d’Église.
B. Passer d’une institution normative à une institution réflexive.
C. Passer d’une pastorale d’encadrement à une pastorale d’engendrement (Théobald)
[1] Lettres de St Paul : Romains, I Thess, I et II Cor, Philppiens, Galates, Philémon. Lettres postérieures à St Paul : Tite, Eph, Col, Tim



