La foi nomade
Jean-Claude Thomas.
Abraham et la foi
Avec ceux que je rencontre, enfants ou adultes, nous parlons souvent d’Abraham.
Qu’est-ce qui aujourd’hui les intéresse dans ce patriarche biblique, si loin de nous dans l’espace et le temps ?
D’abord le fait qu’il a beaucoup marché, car sa foi s’est traduite par cette longue marche où il découvre que Dieu l’accompagne, alors même qu’il se met en route « sans savoir où il va ». Se tisse entre Dieu et lui une relation nouvelle qui le constitue comme personne. Dans un langage d’aujourd’hui, Dieu s’y révèle partenaire de l’émergence du sujet. Beaucoup ressentent cette expérience fondatrice comme proche de la leur. Leur chemin intérieur leur paraît ressembler à celui d’Abraham. Même s’ils ne connaissent presque rien de la situation de l’époque et des pays que celui-ci a traversés, ils ressentent une réelle proximité entre ce qu’il a vécu et ce qu’ils vivent aujourd’hui. Cet « ami de Dieu » (c’est l’un de ses surnoms) est quelqu’un qui a ouvert la route aux croyants. Et, aujourd’hui, beaucoup sont marqués comme lui par le paradoxe d’une présence de Dieu, à la fois proche et cachée, qui invite à marcher en confiance, guidés par une promesse, sans pour autant savoir clairement où l’on va.
Mais pourtant, que peut-il bien y avoir de commun entre notre solitude intérieure et l’aventure de cet homme ? Il n’a rien d’un homme seul et d’un marcheur solitaire. Il part avec sa femme, son neveu, « tout l’avoir qu’ils avaient amassé et le personnel qu’ils avaient acquis » (Genèse 12, 5). Grand pasteur nomade, il remonte vers le nord en suivant le Croissant fertile, redescend vers le pays de Canaan puis jusqu’en Égypte. Puis il remonte vers le Néguev, et la Bible souligne qu’il était « très riche en troupeaux, en argent et en or » (Gn 13, 2). Trop riche en petit et en gros bétail pour cohabiter avec Lot, son neveu, il se sépare de lui. Mais quand Lot est attaqué, Abraham lève des partisans, part au combat et le voilà traité comme un égal par les rois du pays, comme Melchisédech, roi de Salem. Oui, vraiment, qu’a-t-il de commun avec nous ?




