À propos du concile de Nicée (325)
Michel Leconte.

Faire de Jésus un Dieu : une trahison du message évangélique
Depuis le concile de Nicée en 325, l’Église chrétienne professe que Jésus-Christ est « Dieu véritable né de Dieu véritable, consubstantiel au Père ». Ce dogme, devenu central, aurait dû préserver la foi. Il a pourtant, au fil des siècles, désarmé la radicalité de l’Évangile. Car faire de Jésus un Dieu, n’est-ce pas – osons le mot – trahir l’homme Jésus, celui que les évangiles nous présentent, celui qui marchait avec les pauvres et les exclus, affrontait les pouvoirs religieux, condamnait les riches accapareurs et pleurait comme un homme ? Faire de Jésus Dieu a éclipsé la portée révolutionnaire de son humanité.
Il fallait, nous dit-on, contrer Arius, qui affirmait que le Fils n’était pas Dieu. Soit. Mais fallait-il pour cela diviniser Jésus au point de l’éloigner des vivants ? L’adorer au lieu de l’écouter ? Le transformer en icône céleste plutôt qu’en frère en humanité ?
Jacques Pohier l’a écrit sans détour :
« L’on a peu à peu transformé Jésus en un objet de culte, alors qu’il était un homme de liberté, de parole et d’amour. Ce retournement est vertigineux. » (Dieu fractures, p. 74)
« On a préféré faire de Jésus une idole plutôt qu’un ferment de liberté. À force d’encenser le Christ divin, on a oublié l’homme libre qui contestait les idoles. » (Dieu fractures, p. 115)
Et que reste-t-il du message de Jésus dans cette opération théologique ? Le pardon des péchés ? L’amour du prochain ? Le refus du pouvoir sacré ? Aujourd’hui, dans un monde en quête d’authenticité et de justice, ce n’est pas d’un Dieu qu’on attend un salut, mais d’un frère qui ouvre le chemin. Faire d’un dogme céleste le centre de la foi chrétienne, c’est prendre le risque de rendre Jésus lointain, silencieux, inoffensif. Il s’agit aujourd’hui de retrouver la force du message fait chair, une parole qui bouscule, qui appelle. Or, tout cela s’efface derrière le dogme ontologique : homoousios. Une formule grecque de philosophes, votée sous pression impériale, devenue article de foi.
L’Évangile n’est pas un traité de métaphysique. C’est une vie offerte, une parole dérangeante, une humanité bouleversante. En déclarant que Jésus est Dieu, on a étouffé cette humanité derrière les voiles de l’encens, les dorures de la liturgie, et la peur de l’hérésie.
André Gounelle le rappelle :
« Le cœur de la foi chrétienne n’est pas que Jésus soit Dieu, mais que Dieu s’est manifesté dans un homme. Le renversement n’est pas seulement théologique, il est spirituellement décisif. »
Ce renversement, l’Église ne l’a pas voulu. Car il dérange. Un Dieu incarné dans un homme vulnérable, faillible, libre ? Mieux valait un Dieu tout-puissant qui réponde à nos désirs et un christ travesti en homme parfait. Un Christ intouchable, donc inaccessible. Un Dieu qu’on adore plutôt qu’un homme que l’on suit.
Il faut le dire : le dogme de Nicée a neutralisé la force explosive de l’Évangile. Il a figé Jésus dans le marbre du divin pour mieux le soustraire aux luttes, aux contradictions, aux questions du monde.
Mais le Christ n’est pas venu pour être adoré. Il est venu vivre et mourir comme un homme, pour nous ouvrir un chemin d’humanité réconciliée.
Aujourd’hui, il ne s’agit pas de nier toute transcendance. Mais de refuser une divinisation qui tue l’incarnation.
De retrouver le Jésus qui se salit les mains, pas celui qu’on place sur un piédestal.
Et de comprendre, enfin, que Dieu était en Jésus – mais à condition de ne jamais oublier que Jésus était pleinement homme – porteur de Dieu sans être Dieu lui-même.
Source : https://protestantsdanslaville.org/wordpress/a-propos-du-concile-de-nicee-325/
Voir aussi Michel Leconte La Résurrection


