« Bloquons tout » : deux collectifs chrétiens engagés le 10 septembre
Sixtine Chartier
Dans les sphères chrétiennes engagées sur les questions sociale et politique, deux collectifs écologiste et anticapitaliste ont apporté leur soutien au mouvement du 10 septembre.

Photographie de Claire Jachymiak / Hans Lucas pour La Vie
Y a-t-il une place pour des chrétiens dans les actions du 10 septembre ? Si ceux qui sont engagés à droite voire à l’extrême droite ont été refroidis par la récupération de la mobilisation par la gauche radicale, les cercles chrétiens qui gravitent dans cette sphère politique semblent y trouver leur compte.
À l’aube de ce mouvement protéiforme et inédit, deux jeunes collectifs ont marqué publiquement leur soutien à la démarche. Les premiers à se positionner ont été les membres du collectif Anastasis. Ce petit groupe de réflexion politique fondé en 2022 rassemble des chrétiens, principalement catholiques, désireux de relier leur foi et un engagement anticapitaliste, ancré à gauche.
La possibilité d’un changement
Dans un texte publié le 4 septembre sur son site, ce collectif estime que « l’appel à “tout bloquer” est à prendre au sérieux. C’est une tentative de résister à la mécanique de l’enrôlement par le pouvoir ». « La grève – le refus de produire et d’acheminer les marchandises –, le boycott de la consommation, le blocage de certains axes de communication ou de certains canaux de télécommunication… Tous ces gestes paraissent peut-être dérisoires face aux maux qui sont à combattre. Pourtant, leur force se situe moins dans leur efficacité mesurable que dans leur sens pressenti : ils indiquent la possibilité d’un changement et peuvent susciter des rencontres, des amitiés, des projets », argumentent les auteurs.
C’est pourquoi le collectif Anastasis assume « un accueil humble et un soutien résolu » au mouvement du 10, tout en invitant ceux qui le souhaitent à « rejoindre les groupes se formant autour de nous ». Ils assument néanmoins rechercher un « mode de présence particulier » en tant que chrétiens. « Attaché.e.s au principe de la non-violence évangélique envers les personnes, convaincu.e.s que le pire n’est jamais sûr et que notre rôle n’est pas de précipiter l’affrontement direct, il nous faut discerner, dans la prière et à partir des rencontres concrètes que nous faisons dans ce contexte, des gestes et des paroles justes », écrivent-ils.
Le collectif esquisse aussi une réflexion sur les leçons à tirer, à ce stade, de l’émergence d’une telle initiative, dans la lignée du précédent des « gilets jaunes ». « Une question à se poser est de savoir pourquoi notre époque favorise de tels moments d’irruption, soulève-t-il. Une raison possible tient à la nature de la crise que nous traversons. Celle-ci n’est pas un désordre partiel et ponctuel, mais bien un désordre général et exponentiel ». Un « désordre systémique » causé tant par l’économie que par les défaillances des « institutions de la démocratie dite “représentative” », estime le collectif.
Justice écologique et sociale
Adossé au café associatif catholique le Dorothy comme son grand frère Anastasis, le groupe Lutte et contemplation, a lui aussi apporté un franc soutien au mouvement du 10 septembre dans un communiqué publié la veille. Fondé en 2023 pour penser des actions en faveur de la « justice écologique et sociale » à partir des ressources de la foi chrétienne, ce collectif a essaimé dans plusieurs villes de France.
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De tonalité plus écologiste, il revendique néanmoins de penser ensemble la crise écologique et la crise sociale, comme le martelait le pape François dans Laudato si’. « Le Christ nous appelle à marcher aux côtés des personnes opprimées, des travailleurs et travailleuses, des précaires, à poser des gestes de paix et à tendre l’oreille à toutes les voix blessées », écrit le collectif pour justifier cette « présence chrétienne » au cœur des mobilisations.
« Notre foi en Jésus nous invite à porter un regard d’amour sur ce monde en crise et à nous tenir aux côtés de celles et ceux qui cherchent à le transformer, poursuit le collectif. Là où beaucoup ne voient que désordre, nous voulons discerner des germes de fraternité. Là où certains craignent le chaos, nous voyons des brèches d’espérance. »
Deux jours après la chute d’un Premier ministre issu de la démocratie chrétienne, ces deux prises de position marquent une fois de plus le fossé qui s’est creusé entre ce courant historique, mais rapidement affaibli et une nouvelle génération de catholiques en quête de radicalité… et de changement.



