Profanation de Netanyaou
Juan José Tamayo.
Israël a assassiné cinq hauts responsables du Hamas pendant les négociations pour le cessez-le-feu au Qatar, tout en intensifiant ses attaques contre la ville de Gaza dans le but d’expulser totalement les Gazaouis de leur territoire et en continuant à assassiner des dizaines de personnes chaque jour. Citant les estimations de scientifiques et d’universitaires, la rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanesa, vient de recenser 680 000 personnes tuées, dont 75 % sont des enfants et des femmes.

Cinq jours après le quintuple assassinat au Qatar, Marcos Rubio, secrétaire d’État américain, et Benjamin Netanyahu, Premier ministre israélien, se sont rencontrés au Mur des Lamentations, lieu sacré par excellence pour les Juifs. Là, ils ont touché les pierres du Mur, ont prié ensemble, tous deux coiffés d’une kippa, et, selon la coutume juive, ont glissé entre les murs du Mur des Lamentations des petits papiers sur lesquels ils avaient écrit leurs souhaits, qui n’étaient certainement pas en faveur de la paix et de la justice pour le peuple palestinien, mais plutôt en faveur de la poursuite de sa destruction jusqu’à la solution finale.
Après une telle profanation de la prière, expérience commune à toutes les religions, Netanyahu a déclaré que « sous la présidence de Donald Trump et du secrétaire Rubio, cette alliance n’a jamais été aussi forte et nous en sommes profondément reconnaissants ». Mais il est allé encore plus loin dans la profanation : il a comparé la durabilité et la force de l’alliance israélo-américaine à la solide durabilité des pierres du Mur des Lamentations que, selon lui, « nous venons de toucher ». Toucher le Mur et continuer à massacrer la population palestinienne de Gaza : peut-on imaginer plus grande offense envers les victimes gazaouies et plus grande ignominie de la part des bourreaux ?
Cette cérémonie religieuse profanatrice d’un lieu sacré aussi important se déroulait alors qu’à Al Shifa, le plus grand hôpital de Gaza, on accueillait des enfants blessés que l’on soignait à même le sol, on recueillait des cadavres ensanglantés et la panique régnait parmi les personnes présentes à l’hôpital en raison de l’attaque israélienne par drones à côté d’Al Shifa.
Je pense qu’après avoir prié les mains posées sur les murs du Mur tachés de sang, les dénonciations d’Isaïe, prophète d’Israël/Palestine du VIIIe siècle avant notre ère, s’adressent au juif Netanyahu et au catholique Marcos Rubio :
« Quand vous étendez vos mains, je me bouche les oreilles pour ne pas vous voir. Même si vous multipliez les prières, je n’écoute pas. Vos mains sont pleines de sang, purifiez-vous, lavez-vous, ôtez de ma vue vos méfaits, renoncez au mal, apprenez à faire le bien, recherchez la justice, rendez leurs droits aux opprimés, rendez justice aux orphelins, défendez la vie ».
La prière commune du Premier ministre juif Netanyahu et du secrétaire d’État catholique américain Marcos Rubio au Mur des Lamentations constitue la légitimation religieuse du génocide et de l’extermination du peuple gazaoui par Israël et les États-Unis. Ainsi s’effondre la considération des deux pays comme des États laïques, de véritables démocraties et défenseurs des droits de l’homme et de la vie. Au contraire, la démocratie, l’État laïc et la défense des droits humains sont incompatibles avec le génocide.
Ce sont les chefs religieux qui doivent reprocher au juif Netanyahu et au catholique Rubio leur comportement meurtrier, aux antipodes de l’expérience religieuse authentique en faveur de la vie, et démasquer les prières qui dissimulent leurs crimes. Ce sont eux qui doivent reprendre le message de dénonciation des prophètes d’Israël/Palestine et de Jésus de Nazareth. Nous avons quelques exemples lumineux de chefs religieux qui ont qualifié la violence d’Israël contre Gaza de génocide, l’ont condamnée et considérée comme incompatible avec le Dieu de la vie et de la libération.
Ce sont les chefs religieux qui doivent dénoncer le comportement meurtrier du juif Netanyahu et du catholique Rubio, aux antipodes de l’expérience religieuse authentique en faveur de la vie, et démasquer les prières qui dissimulent leurs crimes.
Parmi ces chefs religieux, il convient de citer le pape François, qui a parlé ouvertement de génocide et exigé une enquête dans son livre L’espérance ne déçoit jamais, publié quelques mois avant sa mort, ainsi que les patriarches latins et orthodoxes qui ont vigoureusement condamné l’invasion de la ville de Gaza. En Espagne, je tiens à citer l’archevêque de Pampelune, Florencio Roselló, qui s’est demandé : « Y a-t-il plus grand génocide que de tirer sur des enfants à la recherche de nourriture ? », et l’archevêque de Tarragone, Joan Planellas, qui a qualifié ce qui se passe à Gaza de « véritable génocide » et a condamné ces morts absolument innocentes.
César García Magán, secrétaire général de la Conférence épiscopale espagnole, a toutefois évité d’utiliser le mot « génocide » lorsqu’il a été interrogé par des journalistes lors d’une table ronde organisée récemment au Club Siglo XXI, alors qu’un rapport d’une commission indépendante de l’ONU a conclu qu’Israël avait commis un « génocide » à Gaza et cite comme responsables Netanyahu, Isaac Herzog, président israélien, et Yoav Gallant, ancien ministre de la Défense. Je trouve très important l’appel lancé par le rapport aux États pour qu’ils mettent fin au génocide s’ils ne veulent pas être complices d’une telle catastrophe. J’étendrai cet appel aux chefs religieux.
Ces condamnations contrastent avec l’attitude de l’archevêque d’Oviedo, Jesús Sanz Montes, qui a qualifié le génocide à Gaza de « querelle entre le Hamas et Israël » et a critiqué « les bateaux prétendument solidaires pour afficher des idéologies subventionnées ». Quelle insensibilité face à l’extermination de tout un peuple ! Quel manque de compassion pour la souffrance de millions de personnes qui ont tout perdu ! Quelle absence de pitié envers les dizaines de milliers d’enfants assassinés en toute impunité et sans aucune miséricorde ! Jesús Sanz Montes n’a rien à voir avec l’esprit originel de fraternité éco-humaine de l’ordre franciscain auquel il appartient, et encore moins avec la pratique pacifiste et non violente de son fondateur, Saint François d’Assise



