« L’art de croire », un livre en débat

Le livre du Canadien québécois Yves St-Arnaud [1], que Golias Hebdo n° 890 présente au travers d’une substantielle interview, s’inscrit dans le courant des chrétiens d’ouverture. Depuis plusieurs décennies, ces derniers ont commencé à inscrire en France, dans la voie catholique, un espace de recherche et de pratique reposant sur la liberté de pensée, la révolution de l’exégèse biblique, la prise de conscience de l’obsolescence des croyances traditionnelles. Sans en faire une énumération exhaustive, ce courant s’exprime en France à travers les Réseaux du Parvis, la Conférence Catholique des Baptisé-e-s Francophones, les chrétiens de Saint-Merry Hors-les-Murs, les lecteurs de Témoignage Chrétien… Cet ensemble n’est ni structuré, ni homogène, mais il apparaît comme une mouvance qui se distingue du bloc central de l’Église catholique, dont, rappelons-le, la pratique dominicale comme marqueur d’appartenance tourne aujourd’hui autour de 2 %, en dépit de son appareil hiérarchique, des nombreux prêtres encore à son service et de ses théologiens classiques en activité dans les Instituts catholiques. Ce courant d’ouverture se distingue encore de la mouvance traditionnelle et dure, appuyée par les puissants réseaux médiatiques que nous connaissons.
Le livre d’Yves St-Arnaud est en quête d’une croyance saine qui aille au-delà du théisme et du sacré traditionnels. Un chantier qu’ont ouvert des chercheurs comme Pierre Teilhard de Chardin, Marcel Légaut, Joseph Moingt, John Shelby Spong, Bruno Mori, Jacques Musset, José Arregi et bien d’autres. La recherche de notre auteur renforce l’idée que Dieu est non représentable, qu’il est au-delà de toute perception intellectuelle et qu’il désigne comme le facteur M (M comme Mystère). Plus même, il dit dans son interview (lire ici) : « Il faudra peut-être des chrétiens sans Dieu et sans religion pour tirer des ruines la vision du Nazaréen. » [2]
Ce livre est publié dans la collection Sens & Conscience, créée en 2015 par Robert Dumont, et qui compte aujourd’hui plus de quarante titres. L’objectif de cette collection est de donner à des auteurs la possibilité de risquer leur pensée et d’écrire leur parcours, en proposant des réflexions innovantes sur l’acte de croire, en vue d’un christianisme libéral, inclusif et progressiste. Des réflexions qui prennent en compte les attentes de la culture moderne, notamment la philosophie des sciences. La parution de L’art de croire, cet automne 2025, se fait conjointement avec la publication en français des ouvrages de l’Espagnol Marià Corbí, Vers une spiritualité laïque. Sans croyances, sans religions et sans dieux, et du Suisse Pierre-Marie de Valmoras, Dieu, une construction de l’esprit. Entre orthodoxie religieuse et athéisme [3]. Deux ouvrages sur lesquels Golias Hebdo reviendra sans doute. J’ajoute une précision qu’il nous faut prendre avec modestie : ces trois auteurs non français nous ont confié que la collection Sens & Conscience areprésenté pour eux, dans leur quête éditoriale, une boussole intellectuelle, indépendante et responsable.
Nous vivons aujourd’hui des temps difficiles, tant sur le plan de nos nations que sur le plan géopolitique. Les pays de l’Europe l’éprouvent avec la guerre d’agression en Ukraine, avec des problèmes sociaux inédits et avec la compétition économique qui caractérise la situation mondiale. Certes, le cosmos et la planète n’ont jamais cessé de traverser des périodes difficiles et éprouvantes au cours de leur longue histoire. Pour résister et faire face, il faut laisser parler notre conscience et se souvenir que Jésus a été un combattant spirituel et un prophète des temps nouveaux, non seulement pour son époque, mais aussi par son rayonnement et son exemple payé du prix de sa vie, pour chaque génération après lui.
Robert Ageneau (directeur, avec Serge Couderc, de la collection Sens & Conscience)
[1] Yves St-Arnaud, L’art de croire. À la recherche d’une croyance saine, Karthala, 2025, 200 p., 23 €. Pour tout contact avec l’auteur : ystarnaud@icloud.com [2] L’auteur a publié en 2010 Je crois sans Dieu. Parcours d’un psychologue en quête de sens (Bellarmin) et en 2015, avec Jocelyn Giroux, L’hypothèse Dieu. Débat avec les croyants (Liber). [3] Marià Corbí, Vers une spiritualité laïque. Sans croyances, sans religions et sans dieux, traduit de l’espagnol par Teresa Guardans, Paris, Karthala, 2025, 264 p., 26 ; Pierre-Marie de Valmoras, Dieu, une construction de l’esprit. Entre orthodoxie religieuse et athéisme, Paris, Karthala, 2025, 116 p., 19 €.


