On demande des prophètes…
Christine Pedotti.

Depuis maintenant sept mois, un homme tout de blanc vêtu, travailleur, intelligent, cultivé, attentif au monde, habité par l’Évangile, attaché à la paix, soucieux des plus vulnérables, a pris la tête de l’Église catholique.
Sur le papier, il n’y a rien à lui reprocher. Les textes qui sont produits par lui-même ou son administration sont empreints de sagesse évangélique et fermes sur les questions brûlantes, comme l’accueil des personnes migrantes, les inégalités entre le Nord et le Sud, les problèmes climatiques et environnementaux, la recherche juste de la paix. Sans le moindre doute, le pape Léon XIV se situe dans la continuité du pape François. Il n’a renoncé à rien et continue même à nommer des femmes à des postes d’importance à la Curie, c’est dire…
Et pourtant, on ne l’entend pas. Certes, les papes ne sont pas comme les chefs d’État, qui ont cent jours en début de mandat pour faire bouger les lignes. Léon, élu à 69 ans en excellente forme, a de nombreuses années devant lui. Sans doute, le Vatican et son chef peuvent-ils refuser de contribuer au vacarme général dans un monde qui va de plus en plus mal. Tout cela, nous pouvons le comprendre, et même l’approuver. Mais être un homme sage, doux, bon, réservé, à la parole mesurée suffit-il face aux véhéments, aux tonitruants, aux fiers-à-bras vindicatifs, menteurs pathologiques et rusés manipulateurs qui font la une de nos journaux ?
Dans un monde dans lequel le désordre croît en proportion des appétits des forts, la dimension religieuse est de plus en plus souvent invoquée pour justifier l’injustifiable. Le patriarche russe, Kirill, oligarque choyé par le pouvoir, bénit joyeusement les canons et légitime la guerre contre l’Ukraine, tandis que le vice-président américain, J. D. Vance, prétend trouver chez saint Augustin des arguments contre les migrants illégaux.
Pendant ce temps, le Premier ministre israélien, Netanyahou, va chercher dans la Bible le contour des frontières d’Israël. On se prend à regretter le temps où l’on ne s’inquiétait que des prêches islamistes radicaux. Désormais, le christianisme et la Bible sont aussi la proie de personnages fort mal intentionnés. Ces marchands de fariboles religieuses sont de nouveaux marchands du Temple. Allons, pape Léon ! Il est temps de les chasser à voix forte et le fouet à la main ; ça aussi, c’est évangélique.



