VENEZUELA – Au nom de la démocratie (pardon… du pétrole)
Álvaro Verzi Rangel [4]

Le monde a assisté à l’épisode le plus récent de la violation systématique du droit international par l’administration de Donald Trump depuis ses débuts. Sans le moindre argument, des forces militaires des États-Unis ont bombardé la capitale du Venezuela et d’autres villes du pays, ont enlevé le président Nicolás Maduro et son épouse, Cilia Flores et les ont conduits vers une destination inconnue.
Dans ce contexte sinistre et odieux, où la légalité internationale a été bafouée, aucune justification ne peut être retenue. Donald Trump, célébrant cette opération militaire contre le gouvernement du Venezuela, a déclaré « nous dominons l’Occident » et indiqué que c’est aussi un message à d’autres gouvernements de l’hémisphère occidental, et qu’ils doivent se soumettre aux intérêts de son pays selon la doctrine Monroe [1] et en tant qu’État dominant de l’hémisphère.
Alors qu’il graciait l’ex-président du Honduras, Juna Orlando Hernández, condamné aux États-Unis à 45 ans de prison pour la contrebande de 300 tonnes de cocaïne, Trump a simplement répété que la façon dont il a été poursuivi pénalement a été « injuste ». Il a ajouté que lui a soutenu Nasry Asfura, le candidat à la présidence du même parti qu’Hernández, qu’il a déclaré gagnant et que cela prouvait que la majorité dans ce pays n’était pas opposée à cette grâce.
Il a affirmé que, en réalité, les candidats latino-américains qui ont été soutenus par lui, Trump, ont gagné non seulement au Honduras, mais au Chili et précédemment en Argentine. « Tout va très bien », a-t-il dit.
Trump a déclaré dans un long entretien sur l’opération militaire contre le Venezuela « il faudra faire quelque chose » aussi pour ce qui est des cartels de la drogue au Mexique. Il a ajouté que « avec la présidente Claudia Sheinbaum nous sommes amis, c’est une femme bien, mais ce sont les cartels qui gouvernent au Mexique. Ce n’est pas elle qui gouverne au Mexique »… « Elle a très peur des cartels… je lui ai demandé à plusieurs reprises si elle aimerait que nous attrapions les cartels et elle a répondu que non. Il va falloir faire quelque chose avec le Mexique ».
Trump a placé l’opération belliciste sous le signe de la résurrection de la Doctrine Monroe – ou ce qui s’appelle maintenant en son honneur la doctrine « Donroe ». C’est dans ce contexte qu’il a été question des autres pays de la région. « Cuba c’est un sujet dont nous devrons parler parce que Cuba est maintenant une nation en échec… nous voulons aider le peuple de Cuba de la même manière », a répondu Trump à la question sur tout ce que cela suppose pour cette île. Son secrétaire d’État, Marco Rubio, cubano-états-unien, ne pouvait pas manquer d’intervenir. Il a ajouté « Cuba est un désastre et il a déclaré que l’opération au Venezuela prouve que Trump est disposé à accompagner ses paroles par des actes « Si je vivais à La Havane, je serais inquiet » a-t-il dit, menaçant [2]. À l’inverse, Jeffrey Sachs, économiste états-unien, connu pour son travail sur le développement soutenable et son combat contre la pauvreté, a déclaré qu’à la tête d’un État militaire qui ne respecte pas la Constitution et où tout est décidé par décret, Trump est en train de démanteler totalement les institutions internationales créées après la Seconde Guerre mondiale, ce qui rend le monde terriblement chaotique et dangereux aujourd’hui.
Quelle sera la suite ? Le Groenland et le Canal de Panama ? Cuba, le Nicaragua, le Mexique, la Colombie, le Brésil, s’est-il demandé.
Lors d’une conférence de presse, questionné sur la Colombie, il a répété le message, envoyé récemment (par Trump), que le pays continue à permettre la culture de la coca et le trafic de cocaïne qu’il « envoie aux États-Unis » et il a répété la phrase dite à l’intention du président Gustavo Petro, « il doit faire attention à ses fesses ».
La question se pose pour ce qui est de la capture à l’aube de ce samedi d’un président qu’il accuse de narcotrafic tandis qu’il y a peu de temps il a décidé de gracier un ex-chef d’État latino-américain, Juan Orlando Hernández, du Honduras, qui purgeait une longue peine de prison après avoir été déclaré coupable de narcotrafic, lors d’un jugement aux États-Unis. Suivant la ligne de son « supérieur », le président de la France, Emmanuel Macron, a déclaré que « le peuple vénézuélien ne peut que « se réjouir » de la fin de la dictature de Maduro et a souhaité une « transition pacifique » du pouvoir.
Peu de temps auparavant, Jean-Noël Barrot, son ministre des affaires étrangères, avait affirmé que l’opération militaire qui a mené à l’enlèvement de Maduro « enfreint le principe du non-usage de la force, fondamental selon le droit international ».
Macron a souhaité aussi une transition qui soit « respectueuse de la volonté du peuple vénézuélien et qu’elle soit menée « le plus rapidement possible » par le candidat de l’opposition aux élections présidentielles de 2024, Edmundo González Urrutia [3], ce qui a été rejeté et condamné énergiquement par le gouvernement bolivarien. Quelques heures plus tôt, Barrot a condamné l’attaque du Pentagone et affirmé que ce type d’action sape les fondements du droit international « avec des conséquences graves pour la sécurité mondiale et qui n’épargneront personne ».
« L’opération militaire, qui a mené à la capture de Nicolás Maduro, viole le principe du non-usage de la force qui sous-tend le droit international. La France réitère qu’aucune solution durable ne peut s’imposer de l’extérieur et que seuls les peuples souverains décident de leur avenir », a-t-il affirmé.
Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a déclaré que « le Royaume-Uni a plaidé depuis longtemps pour une transition du pouvoir au Venezuela. Nous considérions Maduro comme un président illégitime et nous ne verserons pas une larme sur la fin de son régime ». Il a dit « Je peux affirmer clairement que nous n’y avons pas participé. Et, comme vous le savez, je dis toujours et crois que nous devons tous respecter le droit international ».
L’Union européenne (UE) a appelé à respecter les normes internationales et à réaffirmer son engagement pour une transition démocratique et pacifique. La responsable de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas, a écrit sur son compte X qu’elle s’est entretenue avec le secrétaire d’État des États-Unis, Marco Rubio, et lui a rappelé que les États européens remettent en cause la légitimité démocratique de Nicolás Maduro, mais que, « quelles que soient les circonstances, les principes du droit international doivent être respectés ainsi que la Charte des Nations Unies. Nous appelons à la retenue », a-t-elle écrit.
Antonio Costa, président du Conseil européen, qui représente les 27 États membres, a déclaré qu’il suit de près l’évolution de la situation « avec une grande inquiétude » et a appelé à « une désescalade » dans le conflit déclenché par la Maison-Blanche. Dans le même sens, le ministère des Affaires étrangères de l’Allemagne a indiqué qu’il « suit de très près la situation et observe avec une grande inquiétude les dernières informations », concernant l’agression que le gouvernement de Donald Trump a perpétrée contre Caracas, tandis que la Suisse a appelé à la modération et au respect du droit international, a déclaré le ministre des Affaires étrangères du pays.
L’ex-présidente du parti d’extrême droite français, le Rassemblement National, Marine Le Pen, a condamné les bombardements sur le Venezuela qui ont été suivis de l’enlèvement du chef d’État bolivarien et a affirmé que la souveraineté des états est « inviolable et sacrée », dans un message sur X. Sans défendre le gouvernement de Maduro, Le Pen a affirmé qu’il y a « une raison fondamentale pour s’opposer au changement de régime que les États-Unis viennent d’imposer au Venezuela. La souveraineté des états n’est jamais négociable, indépendamment de leur taille, de leur pouvoir ou du continent auxquels ils appartiennent ».
L’universitaire portugais, Boaventura de Sousa Santos, a déclaré : « Je n’ai pas de mots suffisamment forts pour exprimer mon indignation et mon rejet face à la nouvelle initiative impérialiste de changement de régime que les États-Unis ont lancé hier à l’aube contre le Venezuela. Le monde a oublié que, il y a vingt ans de cela, un mensonge monstrueux a servi aux moyens de communication, otages de la propagande impérialiste, pour justifier l’invasion de l’Irak. Le mensonge, prouvé plus tard, était qu’existaient des armes de destruction massive en Irak ».
Aujourd’hui le mensonge est différent, mais non moins trompeur et monstrueux : la lutte contre le narcoterrorisme. Nous savons que, de même que pour l’Irak, la Syrie, la Libye et l’Afghanistan, l’objectif est toujours le même : piller les richesses des pays envahis. Il est à déplorer que les grands pays latino-américains qui sont encore gouvernés avec une certaine dignité et un amour de la souveraineté (le Brésil, la Colombie et le Mexique) ne se soient pas mobilisés activement pour mettre fin à cette invasion. Nous savons qu’ils sont entourés par des laquais de Washington (le Pérou, l’Argentine, le Chili, la Bolivie et l’Équateur, sans compter Le Salvador), mais malgré tout la réponse aurait dû être plus énergique », a-t-il ajouté.
Boaventura a ajouté qu’« ils doivent savoir qu’aujourd’hui c’est le Venezuela, et que demain ce sera eux. Quelle que soit notre position sur les problèmes que posait le gouvernement du président Nicolás Maduro, ce sont les Vénézuéliens qui doivent les résoudre. Notre couardise retombera sur nous avec fracas ».
Source (espagnol) : https://estrategia.la/2026/01/04/en-nombre-de-la-democracia-perdon-del-petroleo/.
Source française : https://www.alterinfos.org/spip.php?article9935 Traduction de Françoise Couëdel.
Notes :
[1] Ensemble de principes de politique étrangère énoncés par le président des États-Unis J. Monroe dans son message annuel au Congrès, le 2 décembre 1823. Cette doctrine devait préserver le continent nord-américain et l’Amérique latine contre de nouvelles interventions colonisatrices européennes. Le continent américain serait protégé par les États-Unis, qui déclaraient en outre se désintéresser des affaires européennes (isolationnisme) – NdlT. [2] « Comme le Venezuela est le principal fournisseur […] de pétrole » à Cuba, la situation économique va « devenir un peu compliquée », reconnaît auprès de l’AFP Axel Alfonso. Et à partir de 2000, le pays a pu compter sur un accord de coopération signé avec le Venezuela du président Hugo Chávez (1999-2013), prévoyant un approvisionnement en pétrole contre l’envoi de médecins et de professeurs. Caracas a encore livré au cours du dernier trimestre de 2025, entre 30 000 et 35 000 barils par jour, soit l’équivalent de 50 % du déficit pétrolier de l’île, a précisé à l’AFP Jorge Piñón, chercheur à l’Université du Texas –NdlT. [3] Exilé en Espagne – NdlT. [4] Sociologue et analyste international, codirecteur de l’Observatoire en Communication et analyste senior du Centre latino-américain d’Analyse stratégique (CLAE www.estrategia.la)



