Aller au-delà de l’antifascisme
Guillaume Duval.

Face au Rassemblement national et à la montée de l’extrême droite, la gauche a surtout misé jusqu’ici sur la mobilisation de l’imaginaire « antifasciste ». Cet imaginaire des années1920 et 1930 a cependant largement perdu de son efficacité. C’est plutôt en attaquant de front l’extrême droite « moderne » sur la base des crimes qu’elle commet actuellement à la tête de la Russie, des États-Unis, ou encore d’Israël, qu’on peut la faire reculer en France et en Europe.
Presque un siècle est passé depuis l’époque du fascisme et les combats d’avant-guerre ne résonnent plus vraiment chez nos contemporains. Avec la disparition des derniers témoins, cette époque est allée rejoindre le domaine de l’histoire, aux côtés de la Commune de Paris ou de la Révolution française. De plus, les différences de contexte entre alors et aujourd’hui sont massives. Il ne s’est rien produit de comparable récemment au drame de la Première Guerre mondiale, suivie par la révolution russe et le traité de Versailles, qui ont brutalement remodelé l’Europe. Rien de comparable non plus, pour l’instant, aux affrontements de rue qui ont émaillé les années 1920 dans la plupart des pays européens. Rien de comparable, enfin, avec la violence de la crise économique de 1929 à une époque où l’État social était encore balbutiant. Ces différences majeures contribuent à décrédibiliser le discours antifasciste classique.
Est-ce à dire que les extrêmes droites d’aujourd’hui seraient moins dangereuses que celles qui ont ravagé l’Europe au siècle dernier ? Absolument pas. Au contraire même : l’alliance des géants de la tech et de l’extrême droite suprémaciste et masculiniste moderne ouvre des perspectives terrifiantes. Ensemble, ils sont capables de mettre en place des systèmes autoritaires beaucoup plus efficaces que leurs ancêtres des années 1930. À côté du potentiel de nuisance d’une Immigration and Customs Enforcement (ICE) appuyée par l’intelligence artificielle de Palantir Technologies, les moyens d’action de la Gestapo paraîtraient presque artisanaux. Et les conflits que cette même extrême droite est en train d’alimenter un peu partout dans le monde risquent de devenir plus meurtriers encore que ceux d’il y a un siècle, compte tenu des armes de destruction massive disponibles aujourd’hui, et notamment de l’arme nucléaire. Sans oublier le fait que la volonté de cette extrême droite de nous empêcher de combattre la crise écologique risque simplement de précipiter la fin de l’humanité. L’extrême droite d’aujourd’hui est donc en réalité potentiellement plus dangereuse que celle d’hier.
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Illustration : Gregor Wünsch from Leipzig, Deutschland, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons



