0uvrons, délions, allons
Michel Deheunynck.

Jn 11, 1-45
« Déliez-le et laissez-le aller ! » Dimanche dernier, c’était une guérison et ce dimanche, une résurrection ! Comme dans notre première lecture, du prophète Ézéchiel. Pour les croyants de l’Ancienne Alliance, la foi, elle passait par là. Mais pour nous, elle passe surtout par un compagnonnage avec Dieu qui, en Jésus, s’est fait si proche de nous, fragile comme nous. Dans cet épisode, nous le voyons ému jusqu’aux larmes. Mais qui veut aussi marcher avec nous, avancer avec nous, aller plus loin avec nous.
En lisant ce texte, on peut penser à des personnes qu’on connaît et qui ont perdu un être cher par accident, tumeur, maladie dégénérative ou autre et qui peuvent s’identifier à ces deux femmes pleurant leur frère et à tous les amis qui les soutiennent dans leur douleur.
Mais on peut se demander aussi pourquoi nous présenter ainsi Jésus capable d’ouvrir un tombeau et d’en faire sortir un corps alors qu’Il a tant de moyens de faire ressurgir la vie autrement en nous et autour de nous. Nous savons bien que le projet et l’action de Jésus sont toujours de susciter un dépassement, un renouveau de la vie par la conversion patiente de nos cœurs et notre volonté de susciter toujours un plus de vie. Et nous savons aussi que Dieu respecte trop cette vie qu’Il nous a confiée et la mort qui en fait partie pour venir la bousculer ainsi. La vie avec Lui, elle est dans nos cœurs, notre conscience individuelle et collective, notre histoire, notre recherche de croyants. Cette vie, nous la reconnaissons pleinement dans ce qui la fait grandir et fructifier. Bien plus que dans un événement spectaculaire comme celui de ce récit.
Mais nous savons aussi que pour que ces épisodes évangéliques soient signifiants pour nous aujourd’hui, il faut les lire, les interpréter avec nos grilles de lecture à nous. Alors, on peut se dire que la résurrection comme ouverture à une vie nouvelle suppose de laisser mourir une vie ancienne. On aurait, comme Marthe et Marie, bien des raisons de nous lamenter sur notre vie, notre monde, tout ce qui ne va pas bien, tout ce qui meurt. Et se dire que l’on n’y peut rien « Il sent déjà, le vieux monde ! » Et, devant le tombeau, une pierre si grosse que bien des efforts pour la déplacer seraient vains…
Et pourtant, à l’appel de Jésus, on la retire, cette grosse pierre. Et les bandelettes ! C’est un appel à ouvrir un autre, un nouveau chemin de vie, en faisant bouger tout ce qui était trop bien en place… Jésus appelle à faire basculer tout ce qui écrase, tout ce qui étouffe la vie. A ouvrir ce qui était fermé. Il appelle toutes celles et ceux qui sont comme momifiés dans leur vie étriquée, calfeutrée, pour s’approprier une vie neuve, ouverte, une vie pleine, authentique. Et c’est un appel pour nous à mettre en œuvre cette force de résurrection avec nos initiatives, nos rencontres, nos recherches, nos projets. À nous d’ouvrir des tombeaux, délier des bandelettes. À nous de la faire et de la vivre cette résurrection !
Et puis, on a vu aussi que Jésus se faisait attendre. Il hésite avant d’aller à Béthanie. D’autant qu’Il est comme interdit de séjour en Judée. Mais ses sentiments pour Lazare et ses sœurs sont les plus forts. C’est vrai qu’ils s’aimaient ceux-là ! « Si Tu avais été là, mon frère ne serait pas mort ! » « Si Tu avais été là, il aurait eu une raison de vivre ! ». Lazare a peut-être même cru que Jésus ne l’aimait plus… Il projetait tant de lui-même sur Jésus, un transfert comme on dit en psychologie. Alors Jésus revient à lui. Il reprend le chemin de son histoire et de sa vie avec lui, le chemin de la résurrection.
Alors, que cet appel à la résurrection de tout ce qui meurt dans notre vie, cet appel que nous allons entendre à Pâques, soit un appel à toujours franchir avec confiance chaque étape de notre histoire personnelle et collective. Et surtout que jamais, aucune de ces étapes ne soit la dernière !
Source : La périphérie : un boulevard pour l’évangile ? (Éditions Temps Présent).




