Mort pour nous en rémission de nos péchés
Vincent Plauchu – Un chrétien étonné.
« Jésus nous sauve du péché par le (saint) sacrifice de la Croix ». Cet énoncé n’est-il pas le cœur du catéchisme ? Ou, pour le dire autrement : les millions d’animaux sacrifiés au Temple (qui était un véritable abattoir casher) au cours des siècles n’ont pas suffi à calmer la colère de Dieu contre les hommes qui ne respectent pas Ses lois. Pour calmer la fureur de Dieu, il fallait « une victime pure, une victime sainte, une victime sans tache » : son Fils !
Par son sacrifice accepté, Jésus devient « l’Agneau Pascal qui ôte le péché du monde ». Et l’Église et les prêtres de nous seriner que « Jésus est mort pour nous » dans une spiritualité de la culpabilité (en effet : que ne dois-je pas faire, si je ne veux pas être un ingrat, pour quelqu’un qui est mort pour moi ?).
Cette théologie du Sacrifice et du Rachat et cette spiritualité sont bien entendu inacceptables, et tous ceux qui ont abandonné une telle foi ont plutôt fait preuve de santé mentale. On est en plein dans le cœur du sacré tel que démonté par René Girard : le sacrifice d’une victime ressoude la communauté humaine. Il y a un lien étroit entre la violence et le sacré. Mais qui lit René Girard ? Le fait-on lire dans les séminaires ?
Bien entendu, je ne saurais croire à ce salmigondis malsain. Je ne suis pas seulement dans le doute : je rejette catégoriquement et énergiquement cette conception de Dieu. Non : le don de Dieu n’est conditionné par aucun sacrifice. Il est absolument gratuit. Il est urgentissime que l’Église en finisse avec cette conception qui fait de Dieu un pervers sadique désirant le supplice et la mort de son Fils.
Oui, je crois que Jésus est Sauveur, mais s’Il nous sauve, ce n’est pas par son sang, mais par son amour. C’est la Bonne Nouvelle de son amour infini pour nous qui nous sauve de la désespérance et du péché. Oui, je crois que l’amour infini de Dieu pour l’homme est un amour absolument gratuit (sinon ce ne serait pas un amour). Le sacrifice n’a rien à faire dans cette histoire.
Et de nous savoir ainsi aimés nous rend capables d’aimer véritablement à notre tour : cette Bonne Nouvelle nous permet de surmonter notre égoïsme instinctif, et elle nous inspire des actes de charité. Et de plus, elle nous donne d’accéder à la paix intérieure (« Je vous donne ma paix »), et à la vraie joie d’une Espérance au-delà de tout désespoir.
Golias Hebdo n° 917, p. 17.




