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De François d’Assise au pape François
Accueil Opinions & Débats Éditorial De François d’Assise au pape François
ÉditorialOpinions & Débats
Par Lucienne Gouguenheim22 octobre 20260 Commentaire

De François d’Assise au pape François

Juan José Tamayo.

Huit siècles séparent François d’Assise et le pape François. Et pourtant, ils sont en parfaite harmonie et partagent la même vision de l’Église. « Restaure mon Église », tel fut l’appel que reçut François d’Assise, qui se mit aussitôt à l’œuvre pour changer le cap du christianisme sous le signe évangélique de trois choix : en faveur des personnes les plus vulnérables et des communautés démunies en pleine époque féodale, en faveur de la paix à l’époque des croisades et en faveur de notre sœur la Nature à l’heure de la dévastation écologique. Le pape François a fait siens ces trois choix dès le début.

Lorsqu’il a été élu pape, il n’a pas hésité une minute à choisir son nouveau nom : François. Et il ne l’a pas fait à la légère, mais avec la volonté de suivre les traces du « poverello » d’Assise, qu’il a pris pour guide et source d’inspiration. Il a lui-même expliqué pourquoi il avait choisi ce nom dans le discours prononcé trois jours après son élection devant la presse mondiale, en présence de près de six mille personnes dans la salle Paul VI :

« Certains ne savaient pas pourquoi l’évêque de Rome avait voulu s’appeler François. Certains pensaient à François Xavier, à François de Sales, voire à François d’Assise. Je vais vous raconter l’histoire. Lors de l’élection, l’archevêque émérite de São Paulo et également préfet émérite de la Congrégation pour le clergé, le cardinal Claudio Hummes, était à mes côtés : un grand ami, un grand ami ! Lorsque la situation est devenue un peu délicate, il m’a réconforté.

« Lorsque les voix ont atteint les deux tiers, les applaudissements d’usage ont retenti, car le pape venait d’être élu. Et il m’a pris dans ses bras, m’a embrassé et m’a dit : “N’oublie pas les pauvres !” Et ces mots sont restés gravés ici – dit-il en désignant sa tête – : les pauvres, les pauvres. Puis, immédiatement, en pensant aux pauvres, j’ai pensé à François d’Assise. Ensuite, j’ai pensé aux guerres, tandis que le dépouillement se poursuivait, jusqu’à ce que tous les votes soient comptés. Et François est l’homme de la paix. C’est ainsi que ce nom est né dans mon cœur : François d’Assise. Il est pour moi l’homme de la pauvreté, l’homme de la paix, un homme qui aime et prend soin de la création ; à notre époque, nous n’avons pas une si bonne relation avec la création, n’est-ce pas ? C’est l’homme qui nous donne cet esprit de paix, l’homme pauvre… ».

Et, dans la foulée, il a affirmé : « Ah, comme j’aimerais une Église pauvre et pour les pauvres ! », à l’image de Jésus, le Christ Libérateur, car lui, a-t-il poursuivi, « est le centre, la référence fondamentale, le cœur de l’Église, et non le successeur de Pierre ni l’Église. Sans le Christ, ni le pape ni l’Église n’auraient de raison d’être ». François lui-même a insisté sur cette idée : l’Église ne peut pas être centrée sur elle-même, elle doit être une « Église en sortie » et se rendre vers les périphéries géographiques et existentielles, vers le Sud global, là où se concentre la pauvreté structurelle, provoquée par le modèle de mondialisation néolibérale, qui détruit aussi bien le tissu de la vie des majorités populaires que celui de la nature.

Son intention, en choisissant ce nom, était de suivre l’exemple de François. Et c’est ce qu’il a fait. Il a renoncé à vivre dans ce qui était la résidence officielle du pape, au Palais apostolique, et a choisi de s’installer à la résidence de Santa Marta. « Je vis à la Maison de Santa Marta et non au Palais apostolique parce que j’aime être parmi les gens. Je ne peux pas rester seul. » « À un professeur qui m’a posé la question, j’ai répondu que je ne pouvais pas séjourner dans les appartements pontificaux pour des raisons psychiatriques », a plaisanté François face à la curiosité des quelque neuf mille élèves des écoles jésuites d’Italie et d’Albanie qui lui ont rendu visite. Il a demandé que son anneau du pêcheur soit en argent doré plutôt qu’en or massif ; il a troqué le trône doré contre un simple fauteuil blanc. Et ainsi de suite.

Mais c’est dans l’encyclique Laudato Si’ que s’exprime le mieux cette harmonie et cette convergence entre les deux François. Sur la sauvegarde de la maison commune. Le titre lui-même est tiré du Cantique des créatures, qui appelle la terre « mère » et « sœur », celle qui nous accueille entre ses mains et avec laquelle nous partageons notre existence : « Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur, la terre, notre mère, qui nous nourrit, nous gouverne et produit divers fruits, des fleurs colorées et de l’herbe. »

Dans cette encyclique, il présente François d’Assise comme l’exemple par excellence de l’« écologie intégrale », patron des écologistes, chrétiens ou non, et modèle d’attention particulière portée à la création et aux pauvres, en tant que mystique et pèlerin ayant vécu en harmonie avec Dieu, son prochain, la nature et lui-même. Il a ainsi démontré que « le souci de la nature, la justice envers les pauvres, l’engagement envers la société et la paix intérieure sont indissociables » (n° 10).

François ne prêchait pas seulement aux hommes, mais aussi aux fleurs, qu’il « invitait, selon les mots de son biographe Thomas de Celano, à louer le Seigneur comme si elles jouissaient du don de la raison ». Il accordait de la valeur à toutes les créatures au-delà des calculs économiques et les appelait « sœurs ». S’inspirant de François d’Assise, le Pape a défendu le langage de la fraternité et de la beauté, et l’a opposé aux attitudes de domination et de consumérisme. « La pauvreté et l’austérité de saint François – affirme-t-il dans *Laudato Si »* – n’étaient pas un ascétisme purement extérieur, mais quelque chose de plus radical : un renoncement à faire de la réalité un simple objet de domination » (n° 11).

Cela nous rappelle que notre sœur la Terre crie de douleur face aux dégâts que nous lui causons par notre utilisation irresponsable et les abus que nous commettons à son égard. Paul de Tarse s’exprime très clairement à ce sujet : « Toute la création gémit jusqu’à ce jour et souffre les douleurs de l’enfantement » (Romains 8, 22) et, avec elle, nous aussi, en particulier les pauvres.

Nous nous prenons pour des propriétaires, des maîtres, des seigneurs féodaux ayant le droit de piller la nature, alors que nous ne sommes que ses habitants, ses hôtes. Nous nous vantons à son égard et la maltraitons, sans prendre conscience que nous sommes nous aussi de la terre (Gn 2, 7) et que « notre propre corps est constitué des éléments de la planète ; c’est son air qui nous donne le souffle, et c’est son eau qui nous vivifie et nous restaure » (Laudato Si », n° 2).

    Le pape François ne s’est pas contenté d’imiter François d’Assise en restant ancré à l’époque où vivait le « frère mineur », mais il a ancré son message dans notre présent

C’est pourquoi, lorsque nous détruisons la terre, nous nous détruisons nous-mêmes. Les maux que nous infligeons à la terre deviennent nos propres maux. Lorsque nous polluons l’air, les rivières, l’atmosphère, les aliments, nous nous polluons nous-mêmes, car nous formons une communauté avec elle, la communauté écohumaine. En un mot, l’écocide est un suicide.

Mais le pape François n’a pas imité François d’Assise en restant ancré à l’époque où vivait le « frère mineur » ; il a plutôt ancré son message dans notre présent. Il s’est montré particulièrement préoccupé par la situation critique de l’Amazonie, victime d’une déforestation effrénée et d’une destruction liée à l’exploitation des ressources naturelles. C’est pourquoi il a convoqué le Synode panamazonien et a averti que « l’avenir de l’humanité et de la Terre est lié à l’avenir de l’Amazonie ; pour la première fois, il apparaît avec tant de clarté que les défis, les conflits et les opportunités émergeant sur un territoire sont le reflet dramatique de la période que traversent actuellement la survie de la planète Terre et la coexistence de toute l’humanité ».

Source : https://www.religiondigital.org/el_blog_de_juan_jose_tamayo/asis-papa-francisco-tamayo_132_1468643.html

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