Après l’attaque iranienne, l’axe entre Israël et les États-Unis mis à l’épreuve
Cet article, de Lina Kennouche, Docteur en géopolitique, Université de Lorraine, publié sur le média en ligne The Conversation, nous a semblé une approche claire et synthétique des développements de la guerre au Moyen-Orient pendant la semaine écoulée. En voici des extraits, en particulier son introduction et sa conclusion. Et le lien vers l’article intégral de cinq pages : https://theconversation.com/apres-lattaque-iranienne-laxe-entre-israel-et-les-etats-unis-mis-a-lepreuve-227914?utm_source=pocket-newtab-fr-fr.
« En réponse à la frappe du 1er avril responsable de la mort de 14 personnes, dont un haut commandant de la force Al-Qods, au consulat iranien à Damas, Téhéran a mené une attaque inédite de 300 drones et missiles balistiques visant le territoire israélien. » Ce développement laisse craindre une dégradation de la situation avec un important risque d’escalade si la partie israélienne contre-attaque conformément à la volonté du Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou.
Selon le corps des gardiens de la révolution islamique, les nombreux tirs de saturation du système de défense antimissile israélien et américain embarqués sur les porte-avions en Méditerranée et en mer rouge visaient à ouvrir une brèche pour cibler la plus importante base aérienne israélienne du Néguev. Une réplique que les Iraniens estiment suffisante, considérant désormais l’affaire « comme close ».
Mais le gouvernement Nétanyahou a annoncé des représailles qui pourraient servir de justificatif et d’accélérateur à un embrasement régional. De leur côté, les États-Unis, qui ont joué un rôle actif dans la défense du territoire israélien attaqué pour la première fois depuis 1973 par une puissance étatique régionale, ont toutefois affirmé ne pas vouloir d’une « escalade » ni d’une « guerre étendue avec l’Iran ».
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Dans un contexte où les États-Unis expriment de plus en plus leur réticence à s’aligner sur l’approche israélienne, une riposte iranienne aurait pu faire peser une menace sur Israël que Washington aurait jugée inacceptable. Dans cette configuration, les considérations sur la crise humanitaire qui conduisent à l’effritement du consensus auraient été battues en brèche, laissant de nouveau place à un soutien inconditionnel à Tel-Aviv de la part de Washington.
Cette hypothèse est développée par l’universitaire et analyste américain, ancien responsable de la CIA pour le Proche-Orient, Paul R. Pillar dans un article paru le 5 avril dernier. Selon lui, cette attaque faisait partie d’un plan pour engendrer une escalade des tensions et un possible embrasement régional, visant à sortir Israël de l’impasse. L’analyste explique :
« L’isolement mondial d’Israël en raison de ses actions à Gaza devient indéniable et même le soutien habituel et automatique des États-Unis s’est manifestement assoupli. Pour Nétanyahou personnellement, l’escalade et l’extension de la guerre, dans la mesure où cela signifie également la poursuivre indéfiniment, sont également son seul espoir apparent de conjurer ses difficultés politiques et juridiques. »
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En dépit de la portée structurelle de son alliance avec Israël et de sa volonté de se tenir fermement aux côtés de Tel-Aviv en cas d’agression, Washington ne peut pas totalement se départir de ses préoccupations stratégiques qui se cristallisent autour de la confrontation avec la Russie en Ukraine et de l’affirmation de puissance de la Chine. Après l’attaque directe iranienne, une position de soutien inconditionnel à Israël serait susceptible d’impacter les intérêts américains dès lors qu’elle implique un haut degré d’engagement militaire et renferme le risque d’un enlisement.
Si comme l’affirment les observateurs l’appui à Israël dans le cadre de la guerre qui est menée à Gaza n’est pas de nature à détourner les Américains de leur compétition stratégique avec la Chine, il devient de plus en plus difficile pour les États-Unis de tenir plusieurs priorités stratégiques en même temps.




