J. D. Vance est-il bien catholique ?
Entretien avec Blandine Chelini-Pont, historienne spécialiste des États-Unis. – Propos recueillis par Bernadette Sauvaget.

Né dans une famille baptiste et converti au catholicisme en 2019, le vice-président des États-Unis est le favori des nationalistes chrétiens à travers une alliance entre évangéliques et catholiques ultraconservateurs.
La conversion au catholicisme de Vance n’est pas, semble-t-il, un fait isolé ?
Depuis une bonne quinzaine d’années, il existe, en effet, une vague de conversion au sein de la droite républicaine aux États-Unis, une tendance assez chic d’ailleurs. Newt Gingrich, l’ancien « speaker » de la Chambre des représentants sous Bill Clinton, est le premier converti emblématique de cette vague. C’est lui qui a importé – sans être le seul – la technique du déni de l’adversaire et qui a contribué à mettre en place au parti républicain cette culture de la polarisation où l’adversaire politique est un ennemi ontologique contre qui tous les coups sont permis.
Ce qui veut dire que le catholicisme n’est plus uniquement une religion de migrants ?
Ce phénomène de conversion au catholicisme de l’élite blanche de la côte Est s’observe effectivement sur les campus des universités. De jeunes générations d’étudiants fringants qui entendent mener des carrières politiques mettent en avant leur identité catholique. Chez Vance, il y a eu certainement cette préoccupation sociale et politique. C’est un aspect sociologique qui le dépasse. Ce qui ne veut pas dire que sa conversion ne soit pas sincère !
Comment l’actuel vice-président a-t-il rallié le catholicisme ?
Vance est originaire d’une famille pauvre et dysfonctionnelle des Appalaches, très représentative de la population de cette région du Midwest, une zone sinistrée économiquement. Jeune homme intelligent, porté par une ambition précoce, il a débarqué sur la côte Est après avoir été militaire pendant quatre ans et bénéficié d’une bourse qui lui a permis de fréquenter la prestigieuse université de Yale. Dans son parcours méritocratique, le futur vice-président des États-Unis s’est choisi une religion qui, désormais, compte. Vance a été converti au catholicisme par un dominicain américain, Henry Stephan. Ce religieux appartient à une mouvance théologique qui prône en particulier la fin de la séparation entre les Églises et l’État. Les intellectuels de cette mouvance s’appellent eux-mêmes les « intégralistes ». Vance a été éduqué au catholicisme par ce dominicain intégraliste.
Quelle est la vision politico-religieuse de ces « intégralistes » ?
Comme leur nom l’indique, ces penseurs envisagent la société de manière intégrale, en puisant dans des concepts déjà existants. Ils s’inspirent de la théologie politique d’Augustin d’Hippone. Dans La Cité de Dieu, celui-ci a conceptualisé les deux cités terrestre et spirituelle non séparées, avec à leur tête respectivement le prince-empereur et le pape.
C’est un néo-augustinisme, en somme ?
Effectivement, on peut le dire comme cela. Pour les intégralistes, il ne peut y avoir de séparation entre le spirituel et le temporel, car l’être humain est, par nature, indivisible, vivant dans les deux réalités. Ces « intégralistes », il faut le dire, sont de fait farouchement opposés au concile Vatican II et à ses redéfinitions des relations entre le politique et l’Église catholique.
Vance est qualifié de catholique post-libéral. Qu’est-ce que cela veut dire ?
Les post-libéraux, eux, ont fabriqué une idéologie qui n’est pas aussi claire sur sa nature que l’intégralisme théologique. Ils ne vont pas affirmer de manière simpliste qu’ils veulent un empereur catholique à la tête des États-Unis. Leur angle d’attaque est plutôt de souligner que la société américaine devrait renoncer à ses fondements laïques, que ses pères fondateurs n’ont pas voulu une laïcité à la française, que la constitution américaine, dans son esprit, a été pensée comme une constitution chrétienne, que le libéralisme de gauche est à la racine de tous les maux de la société américaine.
Pour ces gens-là, qui ont une conception politique très césaropapiste, le pape François était un ennemi implacable. Qu’en est-il de Léon XIV ? Ont-ils espéré qu’il infléchirait l’attitude de l’Église catholique ?
Ce n’est pas du tout ce qui se profile. Pour moi, Léon XIV se rendra assez vite aux États-Unis pour préciser ce qui est compatible ou pas avec le catholicisme. Il sera difficile de laisser un tel « cancer » se développer en utilisant l’étiquette catholique.
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