Vœux à nos voisins
Patrice Dunois-Canette.

Journaux paroissiaux, sites, mails, tracts… Si collectivement, comme communauté chrétienne paroissiale, ou « maison chrétienne », nous imaginions adresser nos vœux à nos voisins pour l’année nouvelle, que voudrions-nous leur dire ? Qu’est-ce que ces vœux diraient de nos rapports à nos voisins ? Qu’est-ce qu’ils diraient de ce que nous attendons de nos voisins, aimerions apprendre d’eux et par eux ? Et qu’est-ce qu’ils diraient de nous, voudraient dire de nous, souhaiteraient dire de nous qui puise retenir ? Brouillon, essai… l’exercice vaut sans doute d’être tenté.
Nous nous connaissons ou pas. Nous vivons proches. Nous appartenons aux mêmes associations. Nous sommes amis. Nos enfants vont dans les mêmes écoles. Nos ados échangent… Nous faisons nos courses dans les mêmes magasins. Nous habitons le même (village) (ville) (quartier) que vous. Nous nous réunissons le dimanche à l’église devant laquelle vous passez, ou régulièrement chez l’un ou l’autre, reçus par une communauté de religieuses ou de religieux ou identifiés comme communauté de proximité. Nous échangeons aussi en réseau sur lesquels se greffent des affinités qui sont peuvent être des formes d’appartenance.
Nous n’ignorons pas que vous pensez avoir besoin de transcendance, qu’on lui donne pour nom : dépassement de soi, amour, vérité, raison, justice, spiritualité. Nous savons que Dieu vous semble lointain, possible, mais pas certain. Nous n’ignorons pas que vous pouvez voir Dieu comme un poids dont vous cherchez à vous décharger pour alléger vos parcours d’existence, que majoritairement vous conduisez votre vie sans Dieu. Voire une hypothèse inutile.
Nous nous reconnaissons proches quand de confession juive vous affirmez que YHWH, Dieu un, est l’Auteur de l’univers et tout ce qu’il contient, qu’il crée le monde continuellement, qu’il est celui à qui vous parlez… quand musulman vous invoquez Allah (الله) l’Être Suprême et Créateur de l’univers, l’unique divinité, le maître du jour du Jugement Dernier.
Nous nous reconnaissons proches quand vous insistez sur les valeurs humaines universelles et la responsabilité individuelle et collective dans la construction d’un monde meilleur pour tous, quand vous affirmez ces convictions chevillées à la raison.
Catholiques, nous sommes comptables de l’image brouillée ou négative que vous pouvez avoir de l’Église dont nous nous réclamons. Nous ne nous tournons donc pas vers vous en ces débuts d’année nouvelle pour que vous nous épargniez vos questions, vos interpellations, vos reproches. Elles sont légitimes. Elles doivent pouvoir se dire. Nous devons les entendre. Nous voulons les entendre.
Non. Nous nous adressons à vous au moment où nous entrons dans une nouvelle année pour vous adresser quelques vœux.
D’abord que vous soyez croyants juifs, musulmans, que vous apparteniez à d’autres Églises chrétiennes ou partagiez des convictions autres que religieuses, nous tenons à vous assurer que croire en Dieu, pour nous, c’est croire au monde et croire au monde c’est croire en Dieu.
Dieu ne cesse, croyons-nous, d’ouvrir notre présent, de donner à nos existences individuelles et sociales des possibilités nouvelles.
Dans la faiblesse de Jésus élevé à la puissance créatrice, transformé lui-même par sa vie et ses rencontres est affirmé, du moins le croyons-nous avec joie, notre avenir, votre avenir, notre avenir commun. Celui-ci ouvre nos rêves et aspirations d’avoir et d’être. Le Dieu, auquel nous croyons – il est légitime de penser que c’est une folie ou une consolation confondante- est pour tout vous dire, pour nous, un Dieu amoureux du monde. Un Dieu qui bénie quelques soient leurs choix et configurations de leur vie relationnelle tous les femmes et les hommes, les couples, hétérosexuels ou de même sexe, toutes les familles, toutes les formes de famille qu’évoquent la parentalité, la coparentalité, la monoparentalité ou encore l’homoparentalité…
La vertu d’espérance n’est pas une vertu moribonde. Elle se vit pour les chrétiens sous le regard de la foi en un Dieu fait homme pour que l’homme devienne Dieu. Elle se pense dans une dynamique de l’existence d’une transcendance religieuse. Elle est aussi dans une perspective séculière un « élan » qui habite en chacun. Elle est une vertu. Elle se rapproche d’une sorte de sainteté morale qui n’appartient à personne et peut être partagée par tous. Elle doit se penser comme une responsabilité, une manière de vive la vie humaine généreuse, accueillante, une attente des jours à venir comme de jours inattendus, inespérés, nouveaux.
Mille et un vœux donc de réparations, de recommencements, de nouveaux départs, d’accomplissements, de « mieux », de moments de bonheur donnés, offerts, accueillis.
Devant les incertitudes, les doutes, les peurs, envers et contre tout, ayons foi et confiance en la vie. Vivons notre vie. Partageons la vie.
Ensuite nous faisons le vœu que vous nous disiez ce qui compte à vos yeux, quels sont vos joies, vos bonheurs, vos attentes, vos espoirs, ce qui fait que vous vous tenez debout et permettez ainsi à l’autre de se tenir debout, solidaire, fraternel. Ce que vous imaginez, voulez pour que des jours meilleurs soient possibles.
Comme vous, nous aimerions que se multiplient les espaces dont nous avons besoin pour souffler, reprendre souffle, trouver un peu de chaleur… les espaces où on peut parler de tout, de ce qui fait mal, de ce qui rend heureux, du sens que l’on cherche à donner à sa vie, de la qualité de présence, à soi et à ce qui nous entoure que l’on voudrait… les espaces où il est possible de nous ouvrir à toux ceux qui cherchent appui, réconfort, confiance…
Nous avons besoin des uns et des autres pour inventer, animer ou réanimer ces espaces.
Nous faisons le vœu que dans notre (village) (ville) (quartier) (réseaux), nous puissions tous, toutes, vous et nous, mieux vivre, vivre plus heureux, construire ensemble, nous découvrir plus proches.
Prenez bien soin de vous, votre vie a du prix.
Belles fêtes de nouvelle année 2026 à tous.



