Être heureux
José Arregi.
Qu’est-ce qu’être heureux ? Ce n’est pas facile à dire, car il y a beaucoup de façons, même apparemment contradictoires, de l’être. Ce n’est pas déborder de joie, ce n’est pas manquer de problèmes, ce n’est pas être exempt de douleurs ni même d’angoisses. Cela ne consiste pas dans la réalisation de tous nos désirs, à moins que nous ayons appris à ne rien désirer ou à désirer dans le détachement. Être heureux, c’est vivre en paix, vivre en harmonie, se sentir bien vis à vis de soi-même, de tous les autres et de toutes choses. Être en paix vis à vis de tout, envers et contre tout.
Pour être heureux, il n’est pas nécessaire de posséder un bonheur complet. Ni même un courage sans faille ni un(e) partenaire(e) parfait(e), ni une famille parfaite, ni une santé parfaite. Nous sommes des êtres inachevés et, même dans le meilleur des cas, notre bonheur est inachevé. D’ailleurs, qui pourrait être tout à fait heureux tant que tout le monde ne le sera pas ? Qui pourrait être entièrement heureux tant qu’il y aura des gens au chômage, des femmes maltraitées, des pays affamés, des frontières fermées, des réfugiés répudiés, des guerres atroces, des salaires de misère, des profits abusifs ? Qui pourra être heureux s’il n’est pas sensible au manque de bonheur d’autrui ?
Être en bonne santé et avoir un minimum de moyens financiers peuvent nous aider à être heureux. Pour l’immense majorité, c’est même une condition indispensable. Mais il ne faut pas penser que le bonheur soit fonction de la santé, du succès ou de la richesse. Le plus souvent, c’est plutôt le contraire qui se produit : plus on en a, plus on en veut. Et plus on en veut, plus on est malheureux. Inévitablement. N’est pas heureux celui qui a tout ce qu’il veut, mais bien plutôt celui qui se contente de ce qu’il a et de ce qu’il est.
Et si tu n’as rien, si tu as mal partout, si tu as perdu ton travail ou si tu n’en as pas trouvé, si tu es dans le trou noir d’une dépression, si tu ne veux que mourir… alors je ne sais que te dire. Mais prends soin de toi, laisse-toi te soigner. Ne désespère pas, je t’en supplie. Respire, respire encore. Au fond de toi habitent la lumière et la Présence. Je me tais et je m’assieds à côté de toi.
Et toi, qui que tu sois, permets-moi de te dire et de te souhaiter du fond du cœur : sois heureux, vis en paix avec toi-même et avec tout le monde, en paix avec toutes choses, bénis ta vie chaque jour, le matin et le soir, envers et contre tout. Envers et contre tout ? Oui, envers et contre tout.
Source : Vœux transmis par Jacques Musset, extraits de Éclats d’humanité, Temps présent, 2019, p.92.




