Cachemire : une mode qui fait des dégâts en Mongolie

Fabienne Loiseau.
La production croissante de cachemire entraîne surpâturage et désertification en Mongolie. Un désastre écologique aggravé par le dérèglement climatique, que les labels pour une filière durable promus par les marques peinent à résorber.
Il y a 30 ans, le cachemire était réservé aux vêtements très haut de gamme. Aujourd’hui, on peut s’offrir un pull tricoté avec la précieuse fibre à moins de 70 euros chez Uniqlo. Chez C&A, le pull à manches courtes 100 % cachemire est même vendu à 49,99 euros. Mais si le cachemire, réputé pour sa douceur et sa chaleur, se vend désormais partout, il provient essentiellement d’une toute petite zone du globe : la Mongolie-Intérieure, région autonome du nord de la Chine, et la Mongolie.
C’est là, dans les immenses steppes autour du désert de Gobi que broute Capra Hircus, l’espèce de chèvre pourvoyeuse du cachemire. Confrontée à des conditions climatiques extrêmes — le thermomètre descend jusqu’à -40 °C l’hiver —, elle a développé une couche de duvet soyeux sous ses poils. C’est ce duvet qui est récolté au peigne, traité et confectionné en pull.
Cet engouement pour le cachemire a entraîné une augmentation de la production au détriment de l’environnement et des conditions de vie des éleveurs. Ces derniers ont peu à peu délaissé leurs autres activités, « comme la production de lait, de viande ou de laine de mouton ou de yaks, pour se concentrer uniquement sur la production de cachemire », explique à Reporterre Sabine Patricot, responsable secteur élevage et santé animale au sein d’Agronomes et vétérinaires sans frontières (AVSF), association française implantée depuis plus de 20 ans en Mongolie. Les Mongols ont alors agrandi leurs troupeaux de chèvres, souvent en s’endettant.
Dégradation des sols et désertification
Et qui dit plus de chèvres, dit besoin de plus de pâturages. En Mongolie, le nombre de caprins a été multiplié par plus de 5 en 30 ans, dépassant désormais les 27 millions de bêtes, selon les données de l’Office national des statistiques de Mongolie.
De nombreuses études pointent un phénomène de surpâturage, d’autant que les chèvres affectent fortement les prairies : contrairement aux moutons, elles ne coupent pas juste les brins d’herbe quand elles broutent. Elles arrachent la totalité de la plante.
« Dans les zones limitrophes du désert de Gobi, on attribue plus de 80 % de la perte de végétation au cheptel. Et sur l’ensemble du pays, c’est une perte de 12 % de territoire végétalisé qui a été comptabilisée entre 2002 et 2012 », expliquait la Fondation pour la recherche sur la biodiversité dans un article de mars 2019. Ce surpâturage serait responsable, avec le dérèglement climatique, de la dégradation des sols et de la désertification qui touche la région.
Une situation que ne nie pas Fast Retailing, le groupe qui détient Uniqlo, l’un des premiers à avoir proposé des cachemires à relativement petits prix en France. « Le cachemire présente des risques non seulement en termes de bien-être animal sur le site d’élevage, mais aussi en termes d’impact sur la biodiversité, tels que l’utilisation récente de vastes terres et la désertification des prairies de pâturage », reconnaît le groupe japonais. Pour pallier ce désastre écologique, il vante sa politique d’approvisionnement en cachemire « qui stipule le bien-être animal et la bonne gestion des pâturages ».


