Sœur Mary Lembo, une femme qui lutte contre les abus subis par les religieuses en Afrique
Mathilde de Robien
Le 20 mars 2026, Sœur Mary Lembo a reçu les insignes de chevalière de l’ordre national de la Légion d’honneur, à la Villa Bonaparte, à Rome. Par cette distinction, la France a rendu hommage à l’engagement de cette religieuse pour lutter contre les abus sexuels commis par des prêtres sur des religieuses en Afrique. Depuis plus de dix ans, sœur Mary Lembo, togolaise, religieuse catholique de la Congrégation de Sainte-Catherine d’Alexandrie, psychothérapeute et docteur en psychologie clinique, basée à Rome, enquête au sujet des violences et des abus sexuels commis par des prêtres sur des religieuses en Afrique subsaharienne. Elle a recueilli de nombreux témoignages de victimes et publié une thèse en 2019, ainsi qu’un livre Religieuses abusées en Afrique, faire la vérité (Salvator) en 2022.

Durant la cérémonie de remise des insignes, le Chargé d’affaires de France près le Saint-Siège, Marcel Escure – qui assure l’intérim en l’absence d’ambassadeur depuis le départ de Florence Mangin en décembre dernier – a rendu hommage au courage de la religieuse. Sœur Mary Lembo, actuellement enseignante à l’Université Grégorienne, a entrepris en 2014 des recherches sur le phénomène des abus sexuels commis par le clergé africain sur des religieuses. Malgré ses « doutes » et ses « peurs » d’affronter cette réalité couverte par l’omerta sur le continent africain – comme elle l’a confié lors de la remise des insignes – la psychothérapeute a pu rassembler patiemment les témoignages de neuf femmes victimes dans cinq pays africains.
Un tabou difficile à briser
Il a fallu des années à sœur Lembo pour progresser dans ses recherches et recueillir la parole de victimes à cause du tabou sur les questions sexuelles et l’extrême difficulté pour des religieuses de parler d’abus. Dans l’Église et dans les sociétés africaines, la sexualité n’est pratiquement jamais abordée. Au fil des années, elle constate néanmoins une timide avancée, mais toujours un tabou difficile à briser. Or, selon Sœur Mary Lembo, pour agir, il faut savoir prendre conscience des faits, les nommer et désigner les responsables. La religieuse togolaise plaide pour que les victimes soient placées au centre, pour que la justice réparatrice soit renforcée, ainsi que les formations des prêtres et des religieuses.
Preuve de la difficulté de la tâche : les participantes ont dû être anonymisées pour la publication de la thèse en 2019. Vendredi soir, la religieuse a remercié ces « survivantes » d’avoir osé parler malgré les « représailles » et la « stigmatisation ». Dans son discours, elle a aussi dénoncé les comportements des prêtres « qui se servent de leur autorité pour […] enfouir, créer la confusion […], imposer des contraintes sexuelles ».
En 2021 déjà, le jury du Prix Henri de Lubac – autre récompense accordée par l’ambassade de France près le Saint-Siège – avait attribué une mention spéciale à Mary Lembo pour sa thèse. Ses travaux pionniers s’intitulent « Relations pastorales matures et saines : Maturité affective et sexuelle pour une collaboration entre prêtres et femmes consacrées, témoignage pour le règne de Dieu ».



