L’imposture théologico-politique
Pascal Janin.
L ’utilisation des religions dans les conflits n’est pas une nouveauté, ni pour les juifs, ni pour les chrétiens, ni pour les musulmans1.
Ce qui interroge c’est une résurgence massive de discours religieux dans le domaine politique. Ce n’est pas la première fois que les trois monothéismes justifient leur violence par des citations de la Bible ou du Coran et l’on est, malheureusement, à peine surpris de voir une séance de prière évangélique dans le bureau ovale autour de Trum qui envisage la guerre en Iran comme une mission divine quand d’autres, musulmans, parlent de Djihad ou de réalisation de la promesse divine comme les juifs. Quelle différence ?
Léon XIV a, quant à lui, été clair en affirmant que Dieu ne justifie aucune guerre et qu’il ne voulait pas polémiquer avec le président des USA mais simplement rappeler l’Évangile. Mais cette apologie de la religion dépasse les discours guerriers. Rappelons le discours de Sarkozy au Latran sur les instituteurs et les prêtres, celui de Macron aux Bernardins sur l’espérance des croyants, les propos de Sonia Mabrouk sur le bon sacré (chrétien) critique d’une instrumentalisation du texte sacré, opposé au mauvais (musulman) et les théories de la philosophe Chantal Chouffe sur l’apport des religions dans la conflictualité révolutionnaire2 !

Comme le rappelle Géraldine Muhlmann dans le livre dont nous vous proposons la lecture, certains philosophes connus encouragent, face au désenchantement de la sécularisation, un retour à la religion qui, seule serait capable, d’apporter une espérance. C’est oublier un peu vite que la liberté d’une société laïque a été gagnée de haute lutte contre les religions et ses abus ! C’est aussi oublier que les croyances servent encore aujourd’hui à justifier les pires violences et les génocides. C’est encore oublier que l’Évangile est une Bonne Nouvelle qui ne se fonde pas sur les malheurs d’un monde qui cherche de nouvelles modalités du vivre ensemble. C’est une heureuse annonce à un monde que Dieu aime et à qui il propose un style de vie plus humain selon le rêve de Dieu. L’annonce évangélique n’est pas une thérapie pour une société tourmentée. Elle est, pour parler comme le théologien Jean-Baptiste Metz, un aiguillon qui nous pousse à inventer un monde autre sans rêver d’un autre monde ou d’un arrière-monde.
- Cf. Philippe Buc, Guerre sainte, martyre et terreurs – les formes chrétiennes de la violence en Occident, Gallimard 2015 et Michaël Prior, Bible et colonialisme – L’Harmattan 2003.
- Géraldine Muhlmann, L’imposture théologico-politique, Les belles lettres 2022, p 54-74
Source : Golias-Hebdo n°911 (Éditorial).



