Du fruit… et du bon !
Michel Deheunynck.

Après le « bon pasteur » de dimanche dernier, après le berger et ses moutons, voici, cette fois, le vigneron, sa vigne et le produit de sa vigne, le vin.
Dans l’Évangile et dans le partage à la messe, l’eucharistie, il s’agit, bien sûr d’un vin d’amour, le sang versé de Jésus, crucifié par Pilate, les occupants politiques et les autorités religieuses du sanhédrin
Jésus portait donc du fruit, nous dit Saint-Jean et Il en porterait encore davantage aujourd’hui. On pourrait dire pareil à partir d’une autre image biblique : celle du grain de blé qui meurt pour pouvoir produire. Mais Jésus nous demande de produire nous-mêmes ce fruit, et de le produire en abondance. Il nous compromet ainsi bien au-delà du pain et du vin de la messe, en nous solidarisant avec lui, en donnant à chacune de nos vies, le sens et la fécondité qu’Il a donnés à la sienne.
Et pour nous faire comprendre cela, Il avait l’air d’y tenir à ce signe de la vigne. Parce qu’on retrouve cette image dans plusieurs paraboles : les vignerons homicides qui voulaient s’approprier le vignoble de leur maître ; les deux fils sollicités pour travailler à la vigne : celui qui promet et celui qui fait ; les ouvriers à la vigne embauchés toutes les heures de la journée.
Et Jésus va même encore plus loin en nous disant qu’il est lui-même la vigne, et la vraie. Certains parlent du « vrai » travail. Jésus, lui, nous parle de la « vraie » vigne : celle qui donne du fruit. Mais ce fruit, c’est d’abord un fruit en humanité. Et pour nous y associer, Il nous appelle à demeurer en lui comme le fruit sur la vigne. Mais, qu’est-ce que ça veut dire « demeurer » ? Où demeurons-nous ? On n’habite pas seulement une ville, une maison. On habite aussi nos liens d’amitié. Quand on entre chez quelque un, on ne pénètre pas seulement chez lui. On découvre ce qui fait sa vie, ce à quoi il tient, ce qui est important pour lui. Ainsi, quand Jésus nous dit « demeurez en moi comme moi en vous », Il nous rejoint dans ce qui fait notre vie et le sens que nous cherchons à donner à cette vie même si ce n’est pas toujours très clair, surtout si cela n’est pas toujours très clair… C’est dans cette vie que nous l’accueillons, que nous lui souhaitons la bienvenue, car cette vie qui est la nôtre, c’est sa vie à lui en chacune et chacun de nous. Chez nous, Il est chez lui : voilà notre foi !
Alors, ce fruit de la vigne, ce vin d’amour versé pour nous par Jésus, c’est le vin qu’on partage dans l’amitié, dans la fraternité, dans la solidarité. Ce vin qu’on partage pour arroser les fêtes en espérant que toute la vie, chaque vie, soit une grande fête ! Ce vin qu’on partage aussi pour saluer les avancées, les réussites, les victoires, pas d’abord les victoires sur les autres, mais surtout les victoires sur soi-même, sur nos fatalismes, sur nos résignations, sur nos découragements.
Toutes ces victoires, nous voudrions tant les célébrer avec Jésus. Sûr qu’il trinquerait avec nous ! Mais déjà, dans ce partage qui nous réunit ce matin autour de cette table, nous sommes associés au don qu’Il fait de lui-même, à son sang versé par amour de nous et de tous. Et c’est une façon pour nous de trinquer avec lui, autrement, pour lui exprimer, nous aussi, notre amitié et notre solidarité.
Oui, avec toi, Jésus, nous voulons germer, fleurir avec toi sur cette terre que tu aimes, grandir en humanité et porter du fruit, le fruit d’une vie nouvelle avec toi et avec tous ceux qui cherchent, eux aussi, à donner toujours plus de sens et toujours plus de goût à notre vie et donc, du vin toujours meilleur pour ta vigne !
Source : La périphérie : un boulevard pour l’Évangile (éd. Temps Présent, p.225)



