Embellie des baptêmes : une nouvelle forme d’entrée dans le catholicisme ?
Bernadette Sauvaget.

Sans nier l’ampleur du phénomène, il importe de le restituer dans un contexte plus général de mutations sociologiques de l’appartenance religieuse.
Ces dernières semaines flottait presque une forme de triomphalisme. Caricatural comme la plupart du temps, le dominicain Paul-Adrien proclamait même sans ciller « la fin de l’athéisme » sur les réseaux sociaux où il prêche. On en est loin ! 2025 confirme, en tout cas, la vague de baptêmes d’adultes que l’année précédente avait connue. À la vigile de Pâques, ce sont 10 384 adultes qui ont été baptisés dans l’Hexagone. À ce chiffre, il faut ajouter les 7 400 adolescents âgés de 11 à 17 ans qui, eux aussi, ont demandé le baptême.
Pour le moment, il s’agit plutôt d’une confirmation que d’une embellie salvatrice pour le catholicisme français. En 2024, le chiffre des néophytes avait, de fait, déjà bondi, dépassant alors les 7 000. Ce qui représentait une réelle et tangible augmentation. Au cours de la dernière décennie, le nombre d’adultes demandant le baptême était en effet relativement stable, en moyenne 4 000 personnes chaque année. L’engouement est là et se manifeste à l’égard d’une religion que chacun s’accordait à considérer comme vieillissante. Selon l’étude de la Conférence des évêques de France (CEF), le phénomène touche particulièrement les jeunes générations, 42 % des catéchumènes de 2025 étant âgés de 18 à 25 ans.
À cet afflux s’ajoutent des constatations de terrain également encourageantes pour le catholicisme français. Dans les jours qui ont suivi l’office du mercredi des Cendres, de nombreux évêques et prêtres ont signalé une assistance très fournie à cette cérémonie. Vice-président de la CEF, l’archevêque de Tours, Vincent Jordy, relevait que 80 % de ceux qui assistaient à l’office dans sa cathédrale étaient des jeunes. Habitué à des assistances plus âgées, le prélat n’en revenait pas, à Lourdes, lors de l’assemblée épiscopale de printemps. Selon les mêmes constatations de terrain, le dimanche des Rameaux a, semble-t-il, attiré lui aussi au-delà de l’assistance habituelle.
Est-ce la fin de la crise, voire le début d’un renouveau ? Sans être grincheux ni défaitiste, il faut pourtant tempérer cet enthousiasme en scrutant de près les chiffres. Nous sommes loin, en effet, de la « fin de l’athéisme ». Si l’on veut se référer à une période récente, il y a un quart de siècle, la France demeurait peu ou prou un pays catholique. L’Hexagone comptabilisait alors environ 800 000 naissances chaque année et, grosso modo, la moitié de ces enfants étaient baptisés. Au fil des ans, le nombre de ces « pédobaptêmes » a considérablement chuté. Désormais, à peu près un quart des enfants qui naissent sont baptisés. Ce qui, en soi, n’est déjà pas si mal !
Du seul point de vue des chiffres, l’afflux des catéchumènes est loin de compenser la dégringolade des baptêmes d’enfants. Pour confirmer ce constat, une étude du Pew Research Center publiée en mars montre qu’en France seize adultes quittent le catholicisme – celui dont ils ont hérité familialement – pour un adulte qui le rejoint. Quoi qu’il en soit, le premier enseignement à tirer confirme des tendances lourdes. Religion devenue minoritaire, le catholicisme n’est plus seulement une confession religieuse dont on hérite. C’est de plus en plus une religion que l’on choisit, pratiquée de manière plus visible et plus confessante.
« Les études sociologiques le montrent les unes après les autres, la génération des vingtenaires a un rapport au religieux différent de celui des générations qui l’ont précédée », remarque l’historien Charles Mercier, l’un des observateurs les plus perspicaces du phénomène. À l’été 2024, il a lui-même suivi un groupe de jeunes pèlerins aux JMJ de Lisbonne. Ce qui caractérise ces jeunes générations est une approche plus décontractée, plus inclusive, à la fois sur la laïcité et sur la pluralité religieuse, nettement plus ouverte, par exemple, que celle de leurs aînés sur la question du voile islamique.
Dans cette affaire, chacun veut voir midi à sa porte. Bref, les commentaires vont bon train pour expliquer ce phénomène, certes réel, mais minoritaire. S’agit-il d’une quête de sens ? D’une recherche d’un cadre, voire d’un ordre social ? Est-ce la fin du consumérisme ? De « l’idéologie de Mai 68 », comme le clame la droite religieuse hexagonale ? Est-ce l’angoisse d’un monde et d’un climat qui tournent mal ? Et pourquoi ne pas parler d’un effet pape François ?
À peine élu à la tête de la CEF, le cardinal archevêque de Marseille, Jean-Marc Aveline, a appelé à une certaine humilité. Il disait, en substance, que ces jeunes catéchumènes étaient arrivés par des voies que l’Église catholique n’avait pas elle-même balisées. Et il plaidait qu’il valait mieux « comprendre d’abord ce que ces jeunes venaient chercher ».


