Le cardinal Battaglia préface un livre sur les identités trans et appelle à « franchir de nouveaux seuils »
Infovaticana.

Préface du cardinal Domenico Battaglia :
Nous reproduisons ci-dessous, traduite en français, la préface écrite par le cardinal Domenico Battaglia pour Persone transgender. Scienze, teologie, pastorali, édité par Damiano Migliorini et Giuseppe Piva, SJ, publié par Queriniana et diffusé intégralement par Outreach.
Il y a un temps pour chaque chose sous le ciel, dit le sage. Et il y a un temps — aujourd’hui plus que jamais — pour s’arrêter et écouter. Pour garder le silence devant l’inconnu, pour consacrer du temps aux histoires, pour accueillir des questions qui semblent plus grandes que les réponses dont nous disposons. C’est le temps dans lequel nous nous trouvons : un temps fragile et complexe, mais aussi fécond, car il nous oblige à ne rien tenir pour acquis. Un temps qui interpelle profondément l’Église, appelée à renouveler son regard sur l’être humain, à franchir de nouveaux seuils sans perdre son âme.
Nous vivons dans un monde changeant, parfois de manière abrupte, qui apporte avec lui de profondes transformations dans l’expérience de l’identité, des relations, du corps et de la conscience. Face à ces changements, la communauté ecclésiale est appelée à marcher dans un esprit d’écoute et de discernement, en restant fidèle à l’Évangile et, en même temps, attentive aux souffrances, aux attentes et aux questions qui surgissent des expériences concrètes de tant de personnes.
Ce volume rassemble des contributions diverses par leur origine, leur perspective et leur contenu. Ce sont des voix provenant du monde de la science, de la psychologie, de l’anthropologie, de la théologie et de la pastorale. Des voix qui ne parlent pas toutes le même langage, mais qui ensemble abordent un thème complexe et délicat, offrant au lecteur une opportunité : celle de s’arrêter. Réfléchir, ne pas fuir, ne pas se hâter de définir, mais rester fidèlement dans la tension de la recherche. Le thème de la dysphorie de genre, des identités transgenres et des expériences de vie qui ne correspondent pas aux modèles traditionnels soulève des questions profondes. Aussi pour l’Église.
Mais précisément pour cela, il exige une écoute encore plus respectueuse et attentive. Un chemin qui ne soit pas de jugement, mais d’accompagnement. Personne n’est exclu du cœur de Dieu. Aucune vie n’est étrangère au mystère du salut. Et chaque personne, chaque histoire — même celles qui semblent lointaines ou difficiles à comprendre — porte en elle la possibilité d’une révélation. La révélation d’un Dieu qui s’approche, qui se laisse toucher, qui habite les blessures, qui ne craint pas la chair fragile des fils de l’homme. Car Il a assumé cette chair, l’a vécue et l’a transfigurée.
Au cœur de ce chemin de transfiguration humaine, l’Évangile reste pour nous lumière et guide, nous invitant à parcourir un chemin de fidélité et de confiance. La fidélité est mouvement dans l’Esprit ; c’est recherche communautaire ; c’est la volonté de rester ancrés dans le Christ tout en traversant des territoires inexplorés. Pour cette raison, il ne s’agit pas d’adopter des positions hâtives, mais de mûrir par le dialogue, la prière et l’approfondissement spirituel et théologique d’un discernement ecclésial large et partagé, qui respecte les personnes et soit enraciné dans la vérité.
Ce livre peut être un outil utile dans ce chemin. Car il offre des perspectives et nous encourage à formuler les bonnes questions. Et, surtout, il nous rappelle qu’avant les idées, il y a les personnes. Des personnes à rencontrer, à écouter et à accompagner. Avec la sagesse de l’Église, avec la force de la charité, avec la beauté de la Parole, avec la tendresse du soin. J’espère que la lecture de ces pages suscitera non tant le consensus que l’attention. Non tant le jugement que le dialogue. Non tant les opinions que la compassion. Car c’est seulement sur ce terrain qu’une véritable pastorale peut grandir, capable de vérité et de tendresse, de cohérence et d’ouverture, de fidélité à l’Évangile et de proximité à la condition humaine.
Au lecteur, je souhaite qu’il se laisse émouvoir. Qu’il entre dans les replis des histoires, des réflexions et des doutes. Et qu’il perçoive que, au cœur de tout cela — au-delà des différences, au-delà des conflits, au-delà des luttes —, demeure le désir d’une Église qui ne cesse jamais d’être mère. Une mère qui accompagne, qui écoute, qui protège. Une mère qui sait, avec humilité et courage, se mettre en chemin avec tous, en gardant et en partageant la vérité qui nous rend libres.


