La crise migratoire de l’été 2026 à Ceuta
Chrétiens de la Méditerranée.

Une crise migratoire sans précédent est survenue dans l’enclave espagnole de Ceuta, sur la côte marocaine de la Méditerranée, à la fin du mois de juillet 2026. Nous avons cherché à réunir quelques éléments d’information sur ce sujet qui est sensible sur le plan politique. Il n’en reste pas moins significatif d’une détresse persistante qui pousse des réfugiés en grand nombre vers les rives européennes de la Méditerranée.
Dans le quotidien « La Croix »
– Dès le 3 août 2026, Jean-Baptiste François y pose la question : « Crise migratoire à Ceuta, pourquoi le Maroc a laissé faire ». Il rappelle l’équipement de pointe et la diligence des services de renseignement marocains, qui avaient tous les moyens de suivre les préparatifs du débarquement en masse de migrants à Ceuta. Il note aussi que les services de police marocains ont voulu éviter les importantes pertes humaines qui auraient eu lieu si les migrants avaient été arrêtés par la force des armes. Cela aurait encore davantage terni l’image du Royaume, déjà mise à mal par « le spectacle d’une jeunesse désespérée, sans avenir, prête à tous les risques pour rejoindre l’Europe. Et cela, le jour du 27e anniversaire de l’accession du roi Mohammed VI au trône. »
Mais il y a aussi à l’arrière-plan un message que le Maroc veut faire passer à l’Espagne et derrière elle à l’Union européenne (UE), à propos de plusieurs points de friction. D’abord l’aide qu’apporte l’UE au Maroc dans sa répression de l’immigration clandestine est bien inférieure à celle qu’elle accorde dans le même but à la Turquie. Ensuite il est possible que le Maroc se soit ému du rapprochement de l’Espagne avec l’Algérie, marqué par une visite à Alger du Premier ministre espagnol. Et enfin, il y a la perspective de la prochaine assemblée générale des Nations-Unies, où le Maroc va devoir défendre son annexion des anciennes possessions de l’Espagne au Maghreb, dont l’ancien Sahara espagnol.
Le journal note que l’occasion se présente ainsi aux adversaires occidentaux de Pedro Sanchez, Israël et les États-Unis, d’une certaine revanche sur ses critiques de la colonisation israélienne en Palestine. Israël réplique en sommant l’Espagne de « s’expliquer devant le monde sur la raison pour laquelle elle continue de maintenir des enclaves coloniales en Afrique ». Et Donald Trump dénonce la « mauvaise gestion » d’une « politique très libérale » [face aux migrants], qualifiant les événements de Ceuta d’« invasion ».
– Le 24 août 2026, Vinciane Joly fait le point sur la situation des migrants encore présents à cette date sur le territoire espagnol : Ceuta, l’Espagne transfère vers la Péninsule 500 mineurs, principalement des jeunes filles. Ils sont plusieurs milliers à être restés, certains en attente d’une réponse à leur demande d’asile, et le gouvernement espagnol prévoit l’installation de centres pour en accueillir 1 800.
Mais « l’avenir de ces mineurs non accompagnés (au moins 2 500, selon le dernier décompte) constitue une pomme de discorde entre le gouvernement de Pedro Sanchez et les régions dirigées par le Parti populaire, principale formation conservatrice, parfois avec le soutien du parti d’extrême droite Vox, qui s’opposent à leur accueil. »
La droite espagnole a obtenu le soutien de la Commission européenne qui déclare exiger le renvoi au Maroc de tous les migrants en situation irrégulière. Bien que Ceuta ne soit pas intégré à l’espace Schengen de libre circulation européenne, plusieurs États de l’UE ont émis des critiques acerbes contre la gestion de la crise par le gouvernement espagnol.
Madrid a pourtant décidé d’accueillir dans la péninsule un contingent de mineurs, principalement des filles, « livrées à elles-mêmes », exposées aux violences, certaines ayant juste onze ans, la plupart ayant fui des conditions de vie insupportables au Maroc et excluant d’y retourner.
Les dernières nouvelles sur « France Info »
– « L’Espagne écarte une action directe marocaine dans la crise migratoire à Ceuta, mais dénonce une désinformation liée à Israël et la Russie ». Le 01/09/2026, franceinfo avec AFP.
L’article témoigne d’abord de la volonté aussi bien de l’Espagne que du Maroc de ne pas voir s’envenimer leurs relations après cette crise migratoire. « Le Maroc, néanmoins, a peut-être utilisé la crise pour ses velléités de souveraineté sur Ceuta et Melilla, souligne [le quotidien espagnol] El Pais. En une poignée de jours, Rabat a en effet revendiqué trois fois l’identité marocaine de Ceuta, note Mediapart. »
Cependant, la crise est sans doute le fait de menées malveillantes à l’encontre de l’Espagne et spécialement de son actuel premier ministre, Pedro Sanchez. Un arrêt de la Cour suprême espagnole, en date du 8 juillet, interdit les renvois sommaires de personnes migrantes cherchant à atteindre Ceuta ou Melilla et interceptées en mer. Cette décision a été l’objet d’interprétations fallacieuses sur les réseaux sociaux sans que leurs origines aient pu être identifiées.
Pour Pedro Sachez, il a derrière cela « une internationale d’ultradroite ». Cette « internationale », selon les mots du chef du gouvernement, « utilise toujours la migration non seulement pour attaquer l’Espagne, mais aussi pour attaquer l’Europe et la diviser ». Ces attaques font suite à un vaste programme de régularisation de personnes sans-papiers lancé cette année en Espagne.
– « Un mois après les nombreuses arrivées à Ceuta, des femmes migrantes isolées et exposées au risque de violences sexuelles ». 01/09/2026
Un reportage du média public espagnol RTVE actualise les données transmises par La Croix le 24 août et témoigne : « La solidarité entre les habitants a permis à des centaines de femmes et de jeunes filles migrantes, qui erraient dans les rues après avoir traversé à la nage depuis le Maroc il y a un mois, de trouver refuge. » Des bénévoles ont mis en place des moyens d’hébergement sur place, tout en critiquant l’action insuffisante du gouvernement local et de celui de Madrid. Des migrants doivent en particulier quitter des installations scolaires qu’ils utilisaient, car elles doivent être remises en service pour la rentrée.
De nombreux entretiens viennent préciser la situation, en particulier rectifiant à la hausse les estimations du nombre des mineurs, surtout des filles, restés à Ceuta, et des femmes accompagnées d’enfants, vivant encore souvent dans la rue.
Le reportage est écrit par Rodrigo Garcia Melero (RTVE), initialement publié le mardi 1er septembre 2026 à 7h04. Traduit et édité pour franceinfo par Alice Kouri.
Un article du média en ligne québécois Alter
Signé par Isabel Cortés et daté du 16 août 2026, ce long article de quatre pages a l’intérêt de mettre en relation l’arrêt de la Cour suprême espagnole sur l’accueil des migrants venant par la mer avec le droit international du sauvetage en mer. Celui-ci comporte l’obligation de porter secours à toute personne au péril de la mer. D’où son titre : « Le droit international se noie en Méditerranée », https://alter.quebec/le-droit-international-se-noie-en-mediterranee/
Voici sa conclusion : « Selon l’Organisation internationale pour les migrations, la Méditerranée demeure la route migratoire la plus meurtrière du monde. Nulle personne ne confie ses enfants à un bateau gonflable en pensant qu’il s’agira d’une excursion pleine d’aventures en pleine mer.
À une époque où les frontières occupent de plus en plus de place dans les discours politiques et de moins en moins dans les conversations sur les droits de la personne, la question que les territoires continuent de ne pas résoudre demeure : jusqu’où sommes-nous disposés à protéger celles et ceux que la mer a déjà mis en danger ? »



